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L'actualité des JA : parole d'installé
Du courage et de la détermination

Benoît Nodet vient de passer le cap de sa première année d’installation. Une année particulièrement intense pour ce jeune agriculteur. Et ce n’est pas fini.

Benoît Nodet, à l’heure de son installation, a pu compter sur l’appui sans faille de ses parents.
Benoît Nodet, à l’heure de son installation, a pu compter sur l’appui sans faille de ses parents.
© FC / l'Eure agricole

A l’heure du café, dans la cuisine de l’exploitation, les parents de Benoît Nodet témoignent du courage et de la détermination de leur fils à vouloir reprendre le flambeau. Au-delà de cette légitime fierté de parents toujours là “pour prêter la main”, Benoît a su s’appuyer sur ce soutien sans condition pour s’investir totalement dans le challenge difficile de cette installation.

Repenser tout l’outil de production

Depuis le 1er avril 2008, Benoît Nodet a donc repris l’exploitation de polyculture élevage de Perriers sur Andelle. Constituée de 85 hectares de cultures de vente (blé, orge colza) et d’un atelier lait de 45 vaches en Prim’holstein, l’exploitation proposait un bon compromis pour un jeune qui se lance. Seulement, l’atelier lait avait besoin d’être totalement revu. Installés depuis 1971, les parents de Benoît avaient su améliorer “au coup par coup” l’outil mais il arrivait aujourd’hui aux limites de son fonctionnement. D’autant que des contraintes nouvelles s’imposaient comme, par exemple, la mise en conformité des bâtiments d’élevage. Bref, Benoît Nodet a rapidement compris qu’il fallait revoir l’ensemble de cet atelier. En tenant compte aussi d’une contrainte supplémentaire. “Le corps de ferme n’a pas de possibilité de développement avec très peu de terrain autour...” explique Benoît. De fait,  ce manque d’espace se conjugue aussi avec une pression urbaine qui complique les choses. Perriers sur Andelle est, certes, un petit village rural mais qui subit (le mot n’est pas trop fort) l’influence de la capitale haut normande. Des maisons individuelles fleurissent partout avec les difficultés que l’on connait entre “rurbains” et agriculteurs. “A l’heure de l’ensilage, ce n’est pas simple ici...” soupire la mère de Benoît. 

L’hydrocurage installé

Dans ce contexte, Benoît Nodet a compris qu’il ne pouvait engager que l’optimisation du site existant de son exploitation. La remise aux normes a ainsi débuté pour le jeune installé le 5 mai 2008, “une période où l’on a commencé à faire de la casse !”. En repensant totalement l’atelier lait, Benoît a dû faire tomber ce que le père avait construit pendant toutes ses années. “Ce ne fut pas facile au début d’accepter ces choix mais, aujourd’hui, vu ce qu’il a fait, c’est bien !” D’ailleurs, les parents ont soutenu le fils en participant activement aux travaux qu’ils ont réalisé seuls. “Nous en avons déplacé de la terre, nous en avons étendu du béton et ce n’est pas fini !” explique Benoît. En fait, si le bâtiment principal a peu bougé (la salle de traite 2 X 5 est restée identique avec, seulement, l’apport du décrochage automatique), le premier vrai investissement a été celui de la construction d’une nurserie. Un bâtiment tunnel entièrement monté par le jeune agriculteur et qui peut recevoir une trentaine de veaux avec  un Dal pour l’alimentation. “Cette nurserie est opérationnelle depuis le 10 janvier et je peux vous dire que j’apprécie !” Notamment en temps de travail puisqu’il ne consacre plus que 3/4 d’heure par jour à ces jeunes élèves... Parallèlement, Benoît Nodet a fait  un autre choix technique (à notre connaissance unique dans l’Eure), l’hydrocurage. Il s’agit d’un procédé de chasse d’eau pour évacuer les déjections sur les aires d’exercice des bâtiments d’élevage. Ce système se substitue au raclage traditionnel par rabot porté par tracteur ou chaîne automatisée. 

Il faut préciser aussi que cette technique s’inscrit dans une filière globale intégrant la production des déjections et des autres effluents de l’élevage à la gestion même des différents co-produits qui en sont issus.

“Dans la mesure où nous n’avions pas de possibilité de nous étendre autour de l’exploitation, il fallait trouver un système qui corresponde aux contraintes spécifiques de l’exploitation.. Je suis ici dans une logique d’atelier hors sol” précise encore le jeune agriculteur de Perriers. 

Le travail de mise en place de cet hydrocurage a imposé des heures et des heures de travail pour Benoît. Mais le résultat est à la hauteur des espérances. “C’est un circuit fermé puisqu’une fois lâchée, l’eau entraine les déjections dans des bassins de rétention installés en bout de mon atelier. Même si cela m’a demandé un très gros travail en terme de surface bétonnée à réaliser, au quotidien, mon travail autour du curage est plus que réduit. Dans la mesure où je suis seul, c’est un gain de temps appréciable.”

Cette remise aux normes globale (avec ce nouveau système) n’a pas encore été réceptionnée.

 Afin de pérenniser l’exploitation

“J’ai encore beaucoup, beaucoup de finitions à réaliser mais j’y vois beaucoup plus clair aujourd’hui.” Et surtout, le jeune éleveur apprécie que son troupeau puisse se retrouver enfin dans son atelier. “Pendant six mois, les bêtes ont été mal loties mais nous n’avions pas vraiment le choix...”

Benoît Nodet sait que la route est encore longue pour optimiser son exploitation. Il sait aussi que l’outil mis en place doit permettre d’améliorer les résultats de son atelier lait. “A condition toutefois que les prix agricoles suivent et ce n’est pas vraiment le cas en ce moment...” Une inquiétude exprimée ici et qui n’est malheureusement pas la seule... “La pression foncière vécue ici ne favorise pas vraiment l’installation. Non seulement les habitations fleurissent et nous entourent avec les difficultés que l’on sait mais il y a aussi les projets routiers à l’exemple des déviations. L’emprise sur les terres agricoles ne nous arrange pas. Nous avons d’ailleurs déjà connu directement cette situation. Et les conditions dans lesquelles nous l’avons vécue sont déplorables. J’ai eu l’impression, à ce moment là, que nous ne comptions pour personne !”

 

Retrouvez d'autres photos concernant cet article et

l'ensemble de l'actualité des JA de l'Eure

dans notre édition papier de l'Eure agricole

du 2 avril 2009

page  18-19-20-22

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