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Flavien Mariette
Foncier : “je me suis fait porter”

Flavien Mariette s’est associé en GAEC avec ses parents en reprenant une exploitation agricole de 20 ha et 360 000 l de quota. Avec le système de portage proposé par sa banque, il remet à plus tard l’achat des terres.

© AD

“L’argent que je n’ai pas mis dans les terres m’a permis d’acheter ma maison”, résume Flavien Mariette, 26 ans, jeune éleveur laitier installé depuis
le 1er janvier 2013 à  Saint-Mard de Réno, dans le Perche Ornais.
Les 20 ha de terres avec 360 000 l de quota qui lui ont permis de  s’installer en GAEC avec ses parents, le jeune éleveur ne les a en effet pas acquises en son nom propre. C’est sa banque, le Crédit Mutuel, qui a fait l’investissement, au travers de sa filiale Volney Bocage et du nouveau dispositif “StarTerre-Agri” qu’elle a mis en place. Un mécanisme où la banque s’engage à louer le foncier investi au jeune installé bénéficiant des aides à l’installation, pour un bail à long préavis de 25 ans. Le jeune agriculteur peut se porter acquéreur des terres à partir de cinq ans d’exercice, avec possibilité de minoration de la plus value liée à la hausse du prix des terres, dans la limite de douze ans.

Lever les réticences
Flavien a été l’un des premiers à entrer dans ce dispositif. “J’ai essuyé quelques plâtres, s’amuse-t-il avec le recul. Lorsque la ferme à reprendre s’est libérée, StarTerre-Agri n’existait pas encore. Nous avions monté un dossier, auprès de la SAFER. Nous étions prioritaires dans le cadre d’un agrandissement avec installation d’un jeune agriculteur”. Un emprunt de plus à mettre au compteur de la société qui n’a jamais réellement cessé d’investir. Mais entre-temps, les éleveurs entendent parler de StarTerre et décident d’entrer dans le dispositif. “Cela a d’abord fait un peu peur au propriétaire, qui voulait être assuré que ses terres allaient bien rester aux mains d’un agriculteur, se rappelle Denis Mariette, le père de Flavien. Mais surtout, il a fallu refaire passer le dossier devant la SAFER. Cette fois, c’est la banque qui devait se porter acquéreur et il n’était pas certain que nous restions prioritaires”. Après encore trois mois d’incertitudes et quelques sueurs froides, la SAFER, a finalement bien compris que l’opération servait bien l’installation d’un jeune avec toutes les garanties.

Miser sur le lait
Avec l’installation de Flavien et 360 000 l de quota supplémentaire, le GAEC prend une nouvelle orientation, résolument plus tourné vers le lait. “Un choix à contre-courant de ce qui se passe dans le Perche où la tendance est aux céréales, admet Flavien. Je n’ai pas fait le choix de la facilité, mais j’aime l’élevage. J’apprends plus au contact des animaux, qu’à celui des plantes. Cela  aurait été dommage de ne pas reprendre le bel outil que mes parents ont mis en place. En faisant la mise aux normes du bâtiment en 2 000, ils avaient déjà prévu une certaine flexibilité. C’est assez facilement que j’ai pu greffer 30 vaches de plus au troupeau”. 

Anticiper l’avenir
Installation de sa compagne, salariat, investissements, besoins en main-d’oeuvre ... Flavien Mariette pense déjà à la suite et au départ de ses parents. “Dix ans c’est long et c’est court à la fois.” D’ici là, de nouveaux aménagements sont déjà prévus, avec l’installation de la traite robotisée d’ici un an ou deux, “pour limiter l’astreinte, les besoins en main d’oeuvre, et améliorer la gestion d’un “grand troupeau”. Dès le printemps, les éleveurs vont convertir l’aire paillée du bâtiment en un système avec logettes, pour gagner encore en temps de travail et en place.  A plus long terme (10-15 ans) les génisses réparties actuellement sur deux autres sites, devraient être rapatriées aux côtés des vaches laitières. “En élevage, il faut toujours évoluer et se remettre en question, je crois que c’est difficile de se mettre en rythme de croisière, suppose Flavien. Aujourd’hui, la grande inconnue, c’est la PAC et l’après-quota. Nous livrons Lactalis. Notre système conserve encore une certaine souplesse pour produire plus, mais tout sera une question de prix”. 


Jean-Paul Forveille,  responsable marché agricole, Crédit Mutuel

“Vivifier l’économie du territoire”

“Les coûts de reprise sont importants en élevage. Il y a déjà  les bâtiments, le cheptel et lorsqu’il faut y ajouter l’achat du foncier, certains dossiers     d’installation ne passent plus financièrement. Ces     installations “perdues” sont chaque fois préjudiciables à la vitalité des territoires et des filières d’élevage en particulier. De par sa         localisation, la caisse Maine-Anjou-Basse-Normandie est naturellement très     concernées par ces     questions, et c’est avec la volonté de vivifier l’économie du territoire que nous avons mis sur pied StarTerre-Agri. C’est dans nos valeurs de banque mutualiste de     dynamiser l’activité     économique. La banque a un intérêt partagé à évoluer dans un territoire qui se porte bien.

Reconnaissance
Aujourd’hui, le dispositif commence à être connu et reconnu, notamment par la SAFER. Il doit être repris par d’autres caisses du Crédit Mutuel. Notre         stratégie n’est pas de devenir un propriétaire foncier. On espère qu’après 15 ans de fonctionnement, les ventes permettront d’équilibrer les nouveaux achats et que nous n’aurons plus besoin de mobiliser des fonds propres. Le dispositif est bien bordé, nous refusons les dossiers qui participeraient à l’inflation des terres, et le bail est toujours signés avec le jeune agriculteur en personne”.

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