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Session de la Chambre d'agriculture de l'Orne
Grandes cultures : les prix se normalisent, pas les charges

Le 19 juin 2026 à Alençon, la session de la Chambre d'agriculture de l'Orne a consacré un point à la conjoncture des grandes cultures. À partir des données comptables de 7 800 exploitations normandes, Michel Lafont, conseiller économie, veille et prospective de la Chambre d'agriculture de Normandie, a dressé le constat de marges revenues au niveau de 2020, sur fond de charges durablement élevées.

Lors de la session du 19 juin, Michel Laffont a dressé un état des lieux économique des exploitations spécialisées en grandes cultures à partir des données Cerfrance.
Lors de la session du 19 juin, Michel Laffont a dressé un état des lieux économique des exploitations spécialisées en grandes cultures à partir des données Cerfrance.
© LM

"Trois ans après l'envolée des cours provoquée par les tensions internationales, les exploitations spécialisées en grandes cultures retrouvent des niveaux de rentabilité comparables à ceux de 2020."

C'est le constat dressé par Michel Lafont, du service économie, veille et prospective de la Chambre régionale d'agriculture de Normandie, lors de la session, vendredi 19 juin 2026. Si les prix des céréales se sont normalisés, les charges, elles, se sont durablement installées à des niveaux plus élevés.

Des productions végétales

Sur la période 2020-2024, les productions végétales représentent en moyenne 1,98 milliard d'euros, soit 39 % du produit agricole normand.

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La situation est toutefois contrastée selon les départements. Les productions végétales représentent 77 % du produit agricole dans l'Eure et 68 % en Seine-Maritime, contre seulement 28 % dans l'Orne, où l'élevage conserve une place importante.

Des assolements qui évoluent

Depuis 2010, les surfaces fourragères ont reculé de près de 93 000 hectares (-7,7 %) en Normandie. Dans le même temps, les autres cultures ont gagné plus de 43 000 hectares.

Si les surfaces fourragères restent relativement stables, certaines productions se développent fortement. "Les surfaces en lin, betteraves ont progressé de plus de 63 000 hectares en quatorze ans. Les pommes de terre gagnent plus de 50 %, alors que les protéagineux ont perdu plus de la moitié de leurs surfaces."

Charges

Entre 2020 et 2024, le produit des exploitations spécialisées a progressé de 44 000 €. Mais cette amélioration a été largement absorbée par la hausse des charges opérationnelles (+ 30 000 €) et des charges de structure (+ 17 600 €). L'excédent brut d'exploitation recule de 5 700 € sur la période, soit une baisse de 9 %. "Autre retour à la normale : les marges du blé tendre et de l'orge d'hiver reviennent à des niveaux comparables à ceux de 2020, mettant fin à la parenthèse exceptionnelle ouverte en 2022."

Une forte sensibilité aux aléas

Les systèmes spécialisés en céréales, oléagineux et protéagineux apparaissent parmi les plus sensibles aux fluctuations économiques.

"Une variation de seulement 5 % du produit agricole peut entraîner, selon les années, une variation du revenu allant jusqu'à 90 %."

Pour Michel Lafont, cette volatilité devrait rester forte sous l'effet combiné du climat, des marchés, de l'évolution des coûts et des contraintes techniques. L'eau constitue notamment un enjeu croissant pour les terres les plus séchantes.

Des résultats plus contrastés dans l'Orne

Les données portant sur près de 200 exploitations spécialisées de l'Orne mettent en évidence une forte hétérogénéité des résultats. Les terres plus séchantes et un climat plus continental rendent les systèmes plus sensibles aux aléas. 

"En 2024, le revenu courant médian atteint -12 054 € par exploitant. Les 10 % d'exploitations les plus performantes dégagent près de 30 000 € de résultat, tandis que les 10 % les plus en difficulté enregistrent des pertes supérieures à 66 000 €." Face à cette volatilité, Michel Lafont estime que la gestion du risque, la diversification des activités et la recherche de systèmes plus résilients constitueront des enjeux majeurs pour les années à venir. 

Au cours des échanges, plusieurs élus ont souligné les difficultés rencontrées dans certaines zones intermédiaires et les limites de systèmes de plus en plus spécialisés. Interrogé sur les pistes d'évolutions, Michel Laffont a rappelé : "La simplification des systèmes et le recul progressif de l'élevage a parfois conduit à perdre en résilience. Il est important de renforcer à nouveau les complémentarités entre cultures et élevage."

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