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Haro aux cervidés de Luc Besson dans l’Orne

Le 6 septembre, les riverains de Luc Besson, le réalisateur du Grand Bleu, à la Trinité-des-Laitiers (61), ont exposé leurs doléances et exprimé leur ras-le-bol. Les cervidés causent de plus en plus de dégâts dans les parcelles des agriculteurs. Il est temps qu’une solution tombe.

© JP

C’est quoi le problème ?
Les cervidés. L’histoire commence quand Luc Besson achète une propriété à la Trinité-des-Laitiers dans l’Orne, assortie d’un parc d’une centaine d’hectares. Le réalisateur interdit la chasse dans ses bois. Les animaux prolifèrent, mangent et vont chercher de la nourriture ailleurs quand les vivres sont épuisés. « La population est trop dense sur un même endroit», relate Gilbert Legros, agriculteur à la retraite et président de la société de chasse du Sap-André. « Il y a cent fois trop d’animaux, non seulement à la Trinité et à Cisai, et maintenant jusqu’à Croisilles où, pour la première fois depuis plus de soixante-dix ans, sept cerfs se sont sédentarisés », enchaîne Remi Bunel, retraité. « Cinq biches mangent comme une vache», dit encore Denis Masurier, agriculteur au Sap-André. « Et elles prennent mieux que nos vaches », ironise Stéphane Duval, agriculteur à le Trinité-des-Laitiers.
Les agriculteurs racontent que les gens viennent, depuis trois ou quatre ans, écouter le brame du cerf. Ou encore, que l’hiver, les biches se promènent dans les corps de ferme aux alentours de 20 h. « C’est joli », reconnaît le groupe.

Combien ça coûte ?
Les cerfs vont se remplir la panse dans les champs des agriculteurs du coin. « Cinq ou six fermes ont été massacrées », lâche Gibert Legros. La Fédération départementale des chasseurs de l’Orne estime à 100000 euros les dégâts causés par le gibier dans la région. « Les animaux cherchent la tranquillité, ils vont dans des coins de parcelles qu’on ne voit pas et piétinent des surfaces immenses. Les épis sont vides, les grains tombés au sol relèvent. Cela entraîne plein de conséquences », liste Rémi Bunel. Et quand l’expert passe pour estimer les dégâts, tout n’est pas pris en compte. Il rembourse les pertes à la valeur au champ. Problème : les hectares de maïs consommés par les cerfs, normalement destinés à l’alimentation des bovins, doivent être achetés à l’extérieur par les agriculteurs. Un manque à gagner. Et Stéphane Lecaché d’ajouter : « on nous demande d'être irréprochables sur la qualité de nos produits (lait, viande, céréales), mais nos fourrages récoltés sont souillés par les dégâts des cervidés, et cela occasionne des pertes financières sur les exploitations ».

Quid de la chasse ?
La fédération des chasseurs attribue un plan de chasse, des bagues sont distribuées par espèce autorisant la mise à mort de l’animal. Si une personne veut chasser, en plus d’être titulaire d’un permis, elle doit acheter des bagues. « Celle pour un cerf coûte 180 euros à l’unité. Pour une biche, il faut compter 170 euros », détaille Gilbert Legros. « Historiquement, l’agriculteur régule le gibier. Là, on nous l’interdit à cause du lobby des chasseurs », lance encore Rémi Bunel. Les agriculteurs en colère dénoncent un « loisir juteux », duquel ils se sentent évincés. Mais ils reconnaissent que, face au réalisateur du Grand bleu, la fédération marche sur des œufs.

Qu’est-ce qui a été fait ?
Il y a deux ans, la colère a commencé son ascension. Une première réunion a été organisée. « La préfète de l’époque est venue sur place », raconte Stéphane Lecaché. Des battues d’effarouchement ont été organisées, avec l’accord du cinéaste. « Le plan de chasse 2017-2018 pour le massif de Saint-Evroult, attribué en février, autorise une dizaine de bagues supplémentaires pour les riverains de Luc Besson », relate Jean-Pierre Prévost, élu à la Chambre d’agriculture de l’Orne.

Qu’aimeraient les agriculteurs ?
Une solution efficace. « Réduire le cheptel par des quotas d’abattage, ou attribuer des bagues indifférenciées. Ou encore donner le droit d’abattre les femelles, car ce sont elles qui reproduisent », énonce Stéphane Lecaché. Stéphane Duval propose, lui, « d’attraper les animaux et de les emmener ailleurs ».

Quoi de neuf ?
Le 6 septembre, la fédération de chasse de l’Orne, le Conseil départemental de l’Orne, la Direction départementale des territoires (DDT), une trentaine d’agriculteurs, les Lieutenants de Louveterie et les élus locaux se sont réunis pour faire le point. Ensuite, tous, sauf les agriculteurs, se sont retrouvés le 21 septembre en groupe de travail. Les riverains et les agriculteurs seront invités quand « des actions seront mises en place. Nous avons des pistes en vue, annonce Jean-Pierre Prévost. Mais je ne peux rien dire. Nous devons d’abord rencontrer Luc Besson et engager le dialogue. » Que les agriculteurs patientent encore…

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