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Jean-François Copé: « il faut laisser les exploitants agricoles mettre en commun leurs moyens »

llll Parmi les outsiders de la primaire de la droite et de centre, le député Jean-François Copé, qui a été ministre et président de l’UMP, est sensible aux questions agricoles qui concernent de près sa circonscription de Seine-et-Marne. Son programme en faveur de l’agriculture met en avant la dé-transposition des normes et la baisse des charges.

© ACTUAGRI

>> L’une des mesures principales de votre programme pour l’agriculture concerne la dé-transposition des normes. Vous proposez même une ordonnance à ce sujet. Pourquoi est-ce particulièrement important pour le monde agricole?
On s’énerve beaucoup sur l’Europe en France, mais quand on y regarde de plus près, on se rend compte que l’essentiel des problèmes ne vient pas du côté européen mais du côté français. Quand l’Allemagne transpose une directive agricole, elle le fait toujours au bénéfice des agriculteurs allemands. Ce n’est pas le cas en France, il n’y a qu’à regarder ce qui se passe aujourd’hui avec l’arrêté phyto, sujet sur lequel Mme Royal a semble-t-il perdu la raison…
Aujourd’hui, le Gouvernement socialiste multiplie les contraintes au nom d’une écologie devenue plus idéologique qu’autre chose. Les agriculteurs sont éco-responsables, on le sait très bien ! Et pourtant, ils croulent sous les contraintes en permanence, contraintes qu’ils reçoivent généralement sous forme de notification par une administration qui leur donne des délais très rapides pour mettre aux normes, faire des travaux supplémentaires, et derrière recevoir les inspecteurs et les contrôles. Et c’est ce qui étouffe une profession par ailleurs sinistrée par une conjoncture extrêmement difficile. Je traverse la France depuis des années, je rencontre des agriculteurs, j’ai reçu le message comme tout le monde, et ce que j’entends, c’est que les décisions qui ont été prises jusqu’à aujourd’hui ne suffisent pas. Je pense que la seule solution, c’est une nouvelle donne qui doit passer par un contrat où chacun voit son intérêt. Et l’intérêt de l’Etat, c’est que l’agriculture se développe le plus possible, fasse des bénéfices, créé de l’emploi sur les territoires, dans le cadre des principes majeurs du respect de l’environnement… C’est pourquoi je m’engage à détransposer toutes les directives contraires aux intérêts des agriculteurs français et à les retransposer à la moyenne allemande.

>> Cela serait-il suffisant pour résoudre la crise agricole ?
Aux normes s’ajoute le coût du travail, qui est très élevé, c’est la raison pour laquelle je souhaite que l’on baisse les charges sociales et qu’on les transfère à la TVA. Je me bats de la même manière pour que les négociations soient plus équilibrées avec les grandes surfaces. Si l’on entre un peu plus dans le détail, on voit bien que, face à la crise laitière notamment, les mesures qui ont été prises permettent de passer les mois qui viennent, mais qu’elles ne résolvent pas le problème structurel lié à la fin des quotas que la gauche n’a pas suffisamment anticipée. C’est ce qui aujourd’hui met beaucoup de nos producteurs dans une situation de fragilité, notamment vis-à-vis des entreprises et de la grande distribution. Il faut aussi se rendre compte que nous avons un problème de restructuration de nos propres organisations. Et c’est d’abord un sujet de taille d’exploitation : je plaide pour une offre agricole la plus diversifiée possible, avec des exploitations spécialisées, mais qu’on laisse aussi des agriculteurs se regrouper. Cela existe déjà, mais pas en nombre suffisant. On a tout intérêt à laisser les exploitants agricoles mettre en commun leurs moyens, organiser les choses et se moderniser.

>> L’entreprise agricole fait donc partie des secteurs économiques que vous souhaitez libérer ?
Exactement. Je pense que dans ce domaine-là, nous avons quelque chose d’extraordinaire, un savoir-faire qui est en train de se perdre car beaucoup de jeunes ne reprennent pas le flambeau de leurs aînés. La mise en commun des moyens, mais aussi la concertation, ne sont jamais suffisamment encouragées. Chaque option doit être ouverte dans un esprit pragmatique et respectueux.
Il y a dans le secteur agricole une dimension humaine qui est majeure, c’est à nous de veiller à ce qu’elle demeure, à condition qu’elle ne se traduise pas par l’écrasement de l’exploitant mais plutôt par sa valorisation.

>> Avez-vous une vision concernant la future PAC ?
Compte tenu du rétrécissement des budgets, il faut impérativement faire comprendre à nos partenaires européens que nous ne pourrons pas considérer l’agriculture comme un bien comme les autres. L’alimentation, c’est la vie, on n’est pas en train de se battre autour d’une marque de voiture !
Notre indépendance vis-à-vis des autres continents en dépend. Si on n’en tient pas compte, on risque de porter atteinte, de manière vitale, à notre agriculture européenne, au bénéfice d’une agriculture extra-européenne qui n’aura pas des normes aussi rigoureuses. Les zones rurales constituent souvent un sujet de second plan.

>> Quelles sont vos propositions pour ces territoires ?
Je veux que l’on mette le paquet sur la ruralité. J’ai une expérience dans ce domaine, je suis l’élu d’une circonscription qui comprend une ville, Meaux, mais aussi de très nombreux villages, qui dans la Brie vivent beaucoup de la céréaliculture et de l’agriculture d’une façon générale. Nous avons pris la mesure de ce que voulait dire le mot « désertification » : les services publics ont fermé, on a une grande difficulté à installer les services médicaux… Mon idée est de créer une agence pour la revitalisation de la ruralité. Cette agence sera dotée d’un fonds public extrêmement important pour investir dans trois domaines que sont les services à la personne, le numérique et les transports. Le but est qu’autour des exploitations agricoles se rétablisse une qualité de vie permettant à des gens qui ont choisi de vivre dans la ruralité d’accéder aux services. Il s’agit, avec ce projet, de réduire le décalage entre le taux de pauvreté des départements strictement ruraux et des départements plus urbains.

>> Justement, vous qui êtes élu dans un territoire à la fois agricole et très proche de la ville, pensez-vous que l’on puisse réconcilier ces territoires et rapprocher consommateurs et agriculteurs ?
Mon idée, c’est surtout qu’il y ait une parole politique forte à l’endroit des agriculteurs, aujourd’hui hélas très limitée. La presse généraliste ne s’intéresse à ces questions que quand il y a une crise grave, alors que c’est l’inverse qu’il faudrait faire. Il faut rappeler que les agriculteurs sont d’abord des entrepreneurs, des gens qui aiment leur métier et qui veulent l’exercer en arrêtant d’être montrés du doigt et culpabilisés. Le message est donc d’abord un message de considération. Ensuite, il faut des actions pour leur faciliter la vie. C’est pour cela que j’exigerai du ministre de l’Agriculture - qui aura le pas sur le ministre de l’Ecologie, je le dis tout de suite - un dispositif pour détransposer les normes, excessives.

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