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Le meilleur pastis du monde pris dans un embouteillage

La micro-distillerie C'est Nous trace son bonhomme de chemin depuis dix ans. Pour franchir la marche suivante, la Région Normandie pourrait lui accorder une subvention. Son président Hervé Morin lui a rendu visite à Colombelles, près de Caen.

C'est une belle histoire comme on les aime : deux jeunes partis de rien qui lancent leur petite entreprise de production d'un produit sympa. Une story, comme on dit, qui commence par une rencontre outre-Manche entre Julie Le Roux, Caennaise, et Dave Granville, Anglais de la région d'Oxford. Elle est sommelière, il est passionné de gin, le cocktail prend. La suite s'écrit en Normandie, à partir de 2016 quand ils créent leur micro-distillerie artisanale C'est Nous, produisant du gin. Dix ans plus tard, leur activité est développée et solide avec un chiffre d'affaire de 450 000 € et 25 000 bouteilles produites en 2025 à Colombelles, près de Caen, dans une ancienne maison d'habitation transformée en ateliers, boutique et espace événementiel.

"On pourrait augmenter notre production de 10 % mais on ne peut pas répondre à la demande"

Ces trentenaires ont même osé élaborer un pastis en Normandie, à partir de l'eau-de-vie de pomme. Couronnement : à Londres, leur création reçoit le titre de meilleur pastis du monde lors des World Drinks Awards 2025. Une médaille, ça fait vendre, les commandes s'affolent.

Mais les ventes plafonnent car la production rencontre... un bouchon ! "On pourrait augmenter notre production de 10 % mais on ne peut pas répondre à la demande", explique Julie quand elle fait découvrir l'atelier de conditionnement à Hervé Morin venu visiter l'entreprise, mardi 18 juillet. Le poste embouteillage-étiquetage est en effet très rapidement embrassé du regard. "C'est pas trop mécanisé votre affaire, j'ai vu mieux..." ironise le président de Région Normandie. Le goulot d'étranglement est là : l'embouteillage se fait à la main et l'étiquetage tout comme. Aujourd'hui, le conditionnement d'un lot de 1 500 bouteilles consomme 2,5 jours de travail aux deux entrepreneurs et à leur salarié à mi-temps. "Nous souhaitons investir dans une ligne complète pour gagner 4 à 5 semaines de travail par personne et par an". Cette ligne d'embouteillage-étiquetage coûte près de 40 000 € et nos deux chefs d'entreprise observent, depuis le début, une gestion prudente de leurs investissements.

Des bouteilles en Nouvelle-Zélande

"Votre savoir-faire est mieux employé à créer de la valeur sur les recettes et le produit plutôt qu'à passer tout ce temps à embouteiller... Et là on peut vous aider, justifie Hervé Morin. Cela fait partie des investissements que la Région finance chez beaucoup d'artisans qui vont d'ailleurs souvent à l'export". Julie et David vendent 5 à 7 % de leur production à l'étranger. Des caisses partent aux antipodes : en Nouvelle-Zélande, les All Blacks sont peut-être clients des quelques centaines de bouteilles product of Normandie qui y sont exportées chaque année. Un quart est vendu en direct au consommateur tandis que cavistes, hôtels et distributeurs prennent l'essentiel.

Pour l'achat de cette ligne d'embouteillage, les entrepreneurs peuvent donc présenter une demande de subvention Normandie Entreprise Industrie, composée de fonds européen Feader et régional. Elle vise à renforcer la compétitivité des entreprises de transformation des produits agricoles ou alimentaires. Cette subvention pouvant atteindre 30 % de la dépense à partir d'un seuil de 30 000 € s'adresse aux TPE-PME. La Région en a déjà versé pour 7,2 millions depuis 2024.

En revanche, mardi 18 août lors de cette visite de la distillerie, rien n'a été versé dans aucun verre ! Il n'était que 16 h 30 : on a ravi le titre de meilleur pastis du monde aux méridionaux, mais pas encore leurs habitudes.

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