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Après 29 jours d’hospitalisation
Marc revit et fait sa rééducation en allant voir ses vaches

Agriculteur à Loucelles, ancien président de la FDSEA du Calvados et ancien vice-président de la Safer Normandie, Marc Buon est passé par la case Covid-19. Après 29 jours d’hospitalisation, dont 9 plongés dans un coma artificiel, il revit. Sa femme Sophie, sa fille Julie, ses parents et ses amis aussi.

Si Marc et Julie ont accepté de témoigner, c’est pour rendre hommage au personnel hospitalier, mais aussi à des fins pédagogiques : « ne joue pas avec ta santé ».

Au départ une angine ?

Marc. « Ça a commencé mi-mars avec un mal de gorge. Je suis allé voir mon pote médecin. On a pensé angine. Au cours de la semaine, et parce que ça ne le faisait pas, on a changé d’antibiotique. Le samedi, j’ai semé de la féverole, mais le soir ce n’était pas bon. Le lendemain, dimanche 22 je suis allé me faire détecter au CHU de Caen. L’info sur la Covid-19 commençait à circuler. Coup de fil du CHU le mardi. On m’a annoncé : voilà, vous êtes positif. Ça n’a pas été un gros moment d’inquiétude. Je n’étais pas stressé. Je ne l’ai d’ailleurs jamais vraiment été ».  
Julie. « Tu étais plutôt fatigué. Tu as beaucoup dormi ».

Le traitement Raoult

Marc. « Au départ, le service spécialisé du CHU m’appelait toutes les 48 heures, puis tous les jours. Au fur et à mesure, je déclinais. J’ai suivi le traitement Raoult, mais j’ai plongé le dimanche 29 mars. Ma femme a appelé notre médecin de famille qui nous a dirigés vers le 15. Le 15 nous a dirigés vers les urgences de l’hôpital de Bayeux. C’est assez violent. Tu rentres et clac, tu te retrouves tout seul. Je n’ai revu les miens que 29 jours plus tard ».
Julie. « On était plutôt rassuré qu’il entre aux urgences parce qu’il déclinait très vite. Il avait perdu la notion du goût. Un exemple tout bête avec une glace à la vanille, il la trouvait trop sucrée alors que, pour maman et moi, elle était tout à fait normale, tout à fait basique ».

Ecrire aux miens

Marc. « Le 30 mars, j’ai passé un scanner. Les poumons étaient atteints. J’étais rincé. Avant que
l’anesthésiste ne m’endorme, je lui ai dit texto que je pensais que je n’allais pas revenir. Alors j’ai demandé un crayon et du papier pour écrire aux miens. Je parle beaucoup, mais ne dis pas forcément les choses importantes au bon moment. A priori, on m’a amené du papier et un crayon, mais je ne m’en souviens plus. J’ai été endormi sans que je puisse écrire. Je n’en étais plus capable physiquement. C’était le 2 avril ».
Julie. « Le 4 avril, les reins commençaient à être attaqués. Un tas de problèmes se profilait. L’équipe médicale a alors décidé de l’endormir pour privilégier les organes vitaux par rapport aux muscles. C’est une maladie très agressive qui fait son chemin sournoisement. Papa a été endormi vers 7 h 30. Maman a reçu un coup de fil du médecin qui lui a expliqué la situation ».

J’ai plongé deux fois

Marc. « J’ai été endormi pendant 9 jours. J’étais tranquille, mais ça a été terrible pour les autres, famille et amis. Pour ma femme, ma fille, ma sœur, mon frère et mes parents : compliqué. Pendant ce coma artificiel, j’ai plongé deux fois. Le médecin se donnait 24 ou 48 heures pour se prononcer. Il ne savait pas si j’allais m’en sortir ».
Julie. « Les deux fois où il a failli partir, on l’a compris. On a subi, pas le choix. On transmettait l’information aux amis et à la famille en essayant de protéger mes grands-parents d’autant plus que radio campagne, avec son florilège de fausses informations, commençait à émettre. Ils étaient complètement stressés. Et puis, il a fallu gérer la ferme au quotidien et particulièrement son volet administratif. Comment déclarer la naissance d’un veau sur Pilot Elevage quand tu n’as pas les codes d’accès ? Heureusement, la solidarité a joué. Des aides précieuses sont venues à notre secours ».
Marc. « Un grand merci à tous ceux qui ont participé à la continuité et au suivi de l’exploitation et, en particulier, à mon frère Serge qui a dû faire face à cette situation si particulière.»

J’ai perdu quinze kilos

Marc. « Je me suis réveillé avec un tuyau dans la gorge et branché de partout en me demandant qui avait foutu ce bordel. J’ai perdu 15 kg, mais plutôt du muscle que de la graisse. Quand on m’a réautorisé à boire, je n’avais pas la force de porter le bec verseur à hauteur de la bouche. Même à la paille, ça ne le faisait pas. Mais toute l’équipe médicale est là pour te porter vers le haut. Je tiens à saluer les médecins, les kinés, les infirmières, les aides-soignantes... Ils ont tous été remarquables.
Peu à peu, j’ai repris du poil de la bête. Avec un édredon sous le bras, j’ai réussi à boire tout seul. Ensuite, on m’a assis une première fois pendant 3/4 d’heure sur une chaise à l’aide d’un treuil. Je leur ai dit : « pas rassurant votre truc, on dirait un abattoir ».  Tout s’est toujours déroulé dans l’humour. Le lendemain, le kiné, aidé de deux personnes, est venu me lever pour faire quelques pas. Je suis resté 9 jours en service chirurgie réservé au Covid ».

Deux cents mètres au début

Marc. « On regarde comment tout cela évolue. Puis, un jour, on m’a annoncé que l’on m’avait trouvé une maison de repos avec rééducation derrière. Peu pour moi. Ma rééducation, je préférais la faire en allant voir mes vaches. Et puis je n’étais pas tout seul. J’avais Julie et Sophie à mes côtés. Le premier jour j’ai fait 200 mètres : 100 mètres aller, 100 mètres retour. J’étais rincé. Aujourd’hui, j’enquille 2 à 3 km, tranquillement évidemment.
Pour reprendre une activité professionnelle, ce sera cependant compliqué. Je fonctionne comme une batterie, quand il n’y a plus de jus, tout s’arrête. L’autre jour, avec mon père et ma fille, j’ai bricolé sur un pont dans un herbage. Au retour, mon père qui a pourtant 84 ans marchait plus vite que moi ».
Julie. « On n’avait pas le droit de visite à l’hôpital alors, aujourd’hui, on rattrape le temps perdu. Papa, je le promène tous les matins en voiture pour qu’il aille a ses rendez-vous. Ce qui a été pénible et ça, je ne le souhaite à personne, ce sont les fake-news. Certains en rajoutent, d’autres sont peut-être malveillants. On en a entendu des vertes et des pas mûres, même qu’il était mort ! Mais Jésus, il est ressuscité. Hein ma cloche ! »

Marc Buon s’est réveillé le 11 avril, la veille de Pâques. Il est rentré chez lui le lundi 27 avril.

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