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Nicolas Sarkozy : « les agriculteurs sont des entrepreneurs, pas des fonctionnaires »

llll Ancien président de la République et candidat à la primaire de la droite, Nicolas Sarkozy fait valoir l’expérience de son mandat à la tête de l’Etat pour assurer aux agriculteurs des négociations européennes et internationales qui leurs soient favorables. Sur le plan national, le président des Républicains propose une baisse et des exonérations de charges sociales, le renforcement de l’Observatoire des prix et des marges et la suppression des normes excessives.

© Actuagri

>> Quelle place accorder à l’agriculture dans une société de plus en plus urbaine ?
L'agriculture et l'agroalimentaire français sont stratégiques pour relancer l'économie et préserver l'emploi dans nos territoires ruraux. Nous allons devoir accroître de 60% la production mondiale d'ici 2050. Nous devons préserver notre sécurité alimentaire, garantir le renouvellement des générations en agriculture et renforcer nos exportations agroalimentaires françaises. Je souhaite que le Ministre chargé de l’Agriculture soit également en charge de l’Agroalimentaire, de l’Alimentation et de la Consommation, afin de renforcer la cohérence de nos  politiques «de la fourche à la fourchette ». L’agriculture française doit aujourd’hui faire face à une succession de crises.

>> Quelles sont vos propositions pour redonner de la compétitivité à ce secteur économique ?
La souffrance actuelle des paysans est profonde. Elle résulte d’une crise des prix agricoles qui ne rémunèrent plus justement nos agriculteurs, et d’un défaut structurel de compétitivité qui s'est aggravé depuis 2012 face à nos partenaires européens. Je le dis avec gravité, nous avons une obligation morale à l’égard de nos agriculteurs. Nous ne pouvons laisser le Gouvernement sacrifier lentement notre agriculture au cœur de l’identité de nos territoires. Les agriculteurs en ont assez d'être montrés du doigt et veulent pouvoir vivre du fruit de leur travail. Le gouvernement a considérablement alourdi, depuis 2012, les contraintes fiscales et réglementaires qui pèsent sur l’agriculture et l’agroalimentaire à l'exemple de l'augmentation du forfait social, de la création du « compte pénibilité », de la suppression de la TVA compétitivité et de la défiscalisation des heures supplémentaires. A l’image du reste de l’économie française, mon projet est de libérer l'entreprise agricole des contraintes excessives administratives, environnementales et fiscales qui pèsent sur elle. Je souhaite une exonération totale des charges au niveau du SMIC, qui diminuerait pour s'annuler progressivement à 1,6 SMIC. Cette mesure sera couplée à la transformation du fameux Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi, tellement complexe que la plupart des petits chefs d'entreprise le qualifient d'usine à gaz, en une véritable baisse de charges, permanente, gravée dans le marbre, intégralement ciblée sur les bas salaires. Voilà pourquoi je souhaite doubler le montant des sommes aujourd'hui dédiées au CICE. Il ne s'agira donc pas moins de 34 milliards d'euros.La loi de modernisation de l’économie votée en 2008 a joué en défaveur des agriculteurs qui, en amont de la chaîne alimentaire, peinent à obtenir une juste rémunération de leur production.


>> Envisagez-vous des mesures pour rééquilibrer les relations entre les différents maillons de la filière ?
La loi de modernisation de l’économie de 2008 a permis de supprimer les marges arrières, qui participaient d’une position dominante de la grande distribution dans les négociations tarifaires. La difficulté principale vient de la grande concentration du réseau de distribution français, notamment en raison du maintien des seuils d’urbanisme commercial. Je souhaite assouplir ces conditions règlementaires pour lutter contre les oligopoles organisés dans la distribution alimentaire française. Par ailleurs, nous avons créé en 2010 l’Observatoire des prix et des marges afin d’améliorer la transparence au sein des filières agroalimentaires. Je souhaite renforcer les compétences de cet observatoire pour lui permettre de faire respecter les accords de filière. Il faut enfin se donner les moyens pour faire respecter les accords pris avec la distribution et l'ensemble de la filière. Ce n'est pas d'un appel d’un Ministre dont les agriculteurs ont besoin mais d'un engagement plein et entier au plus haut niveau de l’État pour faire respecter les accords de filière.

>> L’expérience de votre précédent mandat sera-t-elle un atout ?
En 2008, dans le cadre des négociations à l'OMC, je suis personnellement intervenu pour éviter un accord qui aurait sacrifié l'élevage français. Mon initiative au sein du G20 en faveur de la régulation des marchés de matières agricoles et du renforcement de la gouvernance alimentaire mondiale a permis de mieux coordonner les pays en situation de crise alimentaire. Mon engagement personnel pour préserver le budget de la PAC a permis de garantir un résultat favorable des négociations. Mon expérience constitue un atout indéniable pour préparer les prochaines négociations communautaires et commerciales. Je souhaite qu’elle soit mise à profit d’un profond changement de la PAC pour mieux préserver notre souveraineté.

>> Justement, quelle est votre ambition pour la future PAC ?
Vous savez j’ai l’expérience des négociations PAC… Je n’aurai pas besoin d’une période probatoire, et je n’accepterai pas le démantèlement de la PAC. La première priorité stratégique de l’Europe, c’est l’indépendance alimentaire et la sécurité alimentaire. Nous avons besoin d’une PAC organisée autour de deux piliers, la compétitivité des entreprises agricoles, car les agriculteurs sont des entrepreneurs, pas des fonctionnaires : ils ne tendent pas la main vers des subventions mais veulent être payés avec des prix. La deuxième chose, c’est que je souhaite continuer à aider les régions à fort handicap, notamment les régions de montagne. Pour la première fois dans l’Europe, il n’y a pas un Français au cabinet du commissaire européen à l’agriculture, ce qui en dit long sur le peu d’implication du gouvernement français à défendre l’agriculture. Je souhaite préparer un nouveau projet de réforme de la PAC pour 2020, avec l'objectif d’une véritable simplification des contraintes réglementaires qui pèsent sur l'agriculture et l'agroalimentaire à l'échelle européenne. Il conviendra d’engager dès 2017 une démarche conjointe avec l’Allemagne. Cette réforme doit permettre de renforcer la compétitivité des filières agroalimentaires par une véritable organisation économique des filières agroalimentaires et le développement des outils de gestion des risques en agriculture. Enfin, je souhaite que nous puissions engager un soutien puissant dans le domaine de la recherche et l'innovation en matière agricole et agroalimentaire. Elle doit permettre de développer une agriculture de précision pour produire plus tout en préservant l’environnement
accords de filière.

>> Un moyen de rendre compatible suppression des normes et  préservation de l’environnement ?
Je pense que les agriculteurs sont les premiers à prendre soin du territoire, et les premiers à être exposés par leur santé à l’ensemble des pesticides ou des produits dont ils ont besoin pour assurer leur production. Ce que je veux, c’est que dorénavant les normes qui pèsent sur les épaules des agriculteurs français ne soient pas plus importantes que celles qui pèsent sur les épaules de leurs concurrents européens. Et pour l’agriculture extérieure à l’Europe, je souhaite une taxe carbone, car je ne veux pas que l’on impose à des agriculteurs des règles, mais que l’on accepte d’importer en Europe des produits qui ne répondent à aucune de ces règles.

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