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Lait
Transformateur: le chaînon bloquant

Nous n’accepterons pas qu’une entreprise n’applique pas la hausse”. Réunis jeudi 2 mai en section lait, les éleveurs de la FRSEA de Basse-Normandie ont demandé aux industriels de communiquer, avant la fin de la semaine, leur engagement dans le dispositif.

© Cidil

“C’est bien engagé, mais aujourd’hui, rien n’est encore totalement acté. J’espère que nous n’aurons pas à porter un nouveau coup d’estocade”, interpellait Jean Turmel, président de la section lait de la FRSEA, jeudi 2 mai, lors d’une réunion dédiée à la filière régionale. Il s’exprimait au sujet de la hausse de 25 € des 1000 litres, négociée au niveau national avec le médiateur du ministère de l’Agriculture. Une hausse qui doit compenser le manque-à-gagner des producteurs pour la période hivernale. Elle doit être payée trois mois de suite, sur les paies d’avril à juin. Jusqu’ici tout va bien, et les producteurs qui réclamaient 30 €, ne seraient pas loin du compte. C’est même un franc succès, si l’on regarde du côté de la grande distribution. Rarement prompte à défendre les producteurs, elle s’est pourtant massivement ralliée au dispositif, en s’engageant à payer le lait entre 2 et 3 cts plus cher. Avec de telles annonces, les producteurs auraient de quoi rester sur leur  petit nuage de lait. Sauf que les gros-faiseurs, Lactalis et Sodiaal en tête, n’ont toujours pas dit s’ils allaient jouer le jeu de la négociation nationale.  Lactalis aurait encore besoin d’avoir des retours de ses équipes commerciales et  Sodiaal dit simplement vouloir attendre.

La hausse doit aller aux producteurs
Ce retard à l’allumage est inacceptable, selon la FRSEA, qui attend un positionnement de la part des industriels avant la fin de la semaine (semaine 19). “Les transformateurs doivent communiquer clairement et très rapidement leurs engagements d’une hausse du prix du lait de 25 €/1000 litres pour les mois d’avril, de mai et de juin. Les producteurs de lait de la FRSEA de Basse-Normandie n’accepteront pas qu’une entreprise n’applique pas la hausse proposée par le médiateur”.

Trésor de guerre
“On sent bien que les gros-faiseurs freinent des quatre fers pour appliquer cette hausse, remarque Sébastien Amand, éleveur dans la Manche, et président de l'Union nationale des éleveurs livrant à Lactalis (UNELL). “Pourtant, avec une bonne valorisation des exportations cet hiver, et des prix bas payés aux producteurs, les entreprises se sont constituées un trésor de guerre”, grimace un producteur. “Dans la région, les échos que nous avons montrent que les transformateurs sont à flot du point de vue de la trésorerie, avance Dominique Guillemine, responsable de la section lait de la FDSEA de l’Orne. En Basse-Normandie, nous n’avons pas trop de canards boiteux du côté des industriels, et la hausse de 25 € doit aller intégralement aux producteurs. Ils  pourront difficilement invoquer la hausse de leurs charges”. Certains industriels ont en effet glissé qu’il était souhaitable que les 25 € soient partagés entre producteurs et transformateurs.  

Les “petits” montrent l’exemple
En Basse Normandie, certains groupements, n’ont pas attendu le positionnement des “gros” pour annoncer que la hausse de 25 € serait effective.  Les Maîtres laitiers, la coopérative d’Isigny, et même Danone, se seraient déjà prononcés dans ce sens. Du côté d’Agrial, les producteurs devraient recevoir les 25 € de supplément sur la paie du mois d’avril. Mais l’entreprise n’aurait toujours pas décidé si cela ne serait qu’une simple avance de trésorerie ou une rémunération “en dur”. Cela devrait dépendre de ce que feront les leaders.
Pouvoirs publics, syndicats, indicateurs de prix, interprofession,  organisations de producteurs et entreprises ... Au delà des enjeux à court et moyen-terme, ces négociations sonnent comme un premier test dans la nouvelle gouvernance laitière qui est en train de se construire, à quelques années de l’arrêt des quotas laitiers. Logique du partenariat ou logique du rapport de force ? La balle est dans le camp des industriels.

340 €/1 000 litres en 2013 ?
Baisse de la production en Europe, mais aussi sécheresse en Nouvelle-Zélande et croissance de la demande chinoise. Tous les indicateurs de marché sont au vert pour que les prix s’orientent à la hausse pour le deuxième semestre de 2013. “Si les entreprises suivent les indicateurs de prix interprofessionnels et si le prix du lait allemand évolue comme il doit évoluer, la paie laitière de 2013 pourrait s’élever à 340 €/1 000 litres en moyenne nationale”, annonce Charlotte Bardoux, chargée de mission sur la filière laitière à la FRSEA de Basse-Normandie.

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