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Olivier Bourassin, directeur Filière Céréales d’AGRIAL
Triticale : une céréale intéressante mais dont il faut gérer le développement

“Le triticale nous intéresse mais il faut gérer son développement”. L’analyse d’Olivier Bourassin, directeur Filière Céréales d’AGRIAL

 En Bretagne, le pourcentage de triticale est un peu plus important qu’en Basse-Normandie mais on assiste cependant dans notre région à une légère augmentation des surfaces. 
 En Bretagne, le pourcentage de triticale est un peu plus important qu’en Basse-Normandie mais on assiste cependant dans notre région à une légère augmentation des surfaces. 
© TG

Que représente en volume le triticale à l’échelon de votre coopérative ?
Cela reste très modeste. Nous collectons environ 9 000 tonnes par an. A titre de comparaison, le blé pèse 495 000 tonnes (récolte 2008). En Bretagne, le pourcentage de triticale est un peu plus important qu’en Basse-Normandie mais on assiste cependant dans notre région à une légère augmentation des surfaces. 

Une augmentation qui selon vous doit être maîtrisée. Pourquoi ?
Un développement tous azimuts nous poserait des problèmes de logistique. Il nous faut au préalable maîtriser nos capacités de stockage et conforter les circuits de commercialisation.

A propos de commercialisation justement, comment qualifier le marché du triticale ?
Il s’agit d’un marché erratique. Le triticale a longtemps constitué une céréale d’autoconsommation. Les agriculteurs ne nous livraient que les surplus. Miser sur un développement signifie donc garantir aux fabricants d’aliments une régularité d’approvisionnement tout au long de l’année.

A l’instar de votre circuit Briouze (61)/Fougères (35) ?
Nous avons effectivement marié l’intérêt agronomique du triticale, le bassin de production de Briouze avec la proximité de notre usine d’aliments du bétail de Fougères. Les volumes de production sont assurés, la logistique est bien huilée, ce qui nous permet de proposer une contractualisation.

Quelles sont les limites du triticale ?
En dehors de la problèmatique de la sécurisation de l’approvisionnement, on peut remarquer qu’il est peu utilisé par les formulateurs à cause de ses contraintes techniques que l’on peut comparer à celles du pois. Signalons aussi sa sensibilité aux mycotoxines et sa tendance à germer sur pieds.

Princiaples caractéristiques du triticale

 

Qualité
- Poids spécifique : celui du triticale est inférieur de 4 points en moyenne par rapport au blé. Ce critère doit être pris en compte uniquement  lorsque le triticale est commercialisé. Agrilac, Polego, Seconzac, SW Talentro et Tremplin possèdent de très bons PS. A l’inverse, Bellac, ColLegial, Floirac, Matinal, Ragtac et Trilogie présentent de faibles PS.
- Teneur en protéines : elle est généralement équivalente au blé lorsque la fertilisation azotée n’est pas limitante. Les besoins en azote sont voisins de 2.8 kg N/ha. Comme sur blé, il est conseillé de fractionner et de limiter dès que possible les apports précoces avant le stade épi 1 cm. Outre les gains de rendement et de teneur en protéines, le fractionnement de l’azote limite les risques de verse sur cette espèce assez sensible.

Germination sur épis
C’est un des gros points faibles du triticale du fait de l’origine de l’espèce (croisement entre des espèces sensibles blé dur, seigle notamment). Il existe des différences entre variétés : Bilbao, Trilogie, Wilfried et Trimour sont notées particulièrement sensibles (note 1 au CTPS), en revanche Grandval (7) et Rotego (6) sont moins sensibles. Mais attention, le risque est important sur les autres variétés. La mise en place  du triticale dans les zones tardives est donc risquée.

Implantation : “un impératif : semer clair !”
Depuis plusieurs années, la gamme de précocité s’est profondément élargie et le choix de la date de semis devra s’adapter à ces nouvelles caractéristiques. A l’exception des variétés précoces, il est préférable de semer tôt.
La maîtrise des densités de semis est impérative pour atteindre le potentiel et limiter les risques de verse et d’oïdium sur cette espèce sensible. Les densités trop élevées sont préjudiciables au rendement. Elles ne doivent pas dépasser 85% des préconisations du blé tendre.

Lutte contre la verse
Le triticale est une espèce assez sensible à la verse, il doit être généralement protégé. La lutte contre la verse commence par la maîtrise impérative des densités de semis et par le choix variétal. Amarillo, Matinal, Protinac, Seconzac, Tremplin, Trimour et Triskell sont très sensibles. A l’inverse Bellac, Dinaro, Floirac, Grandval et Kortego sont peu sensibles.
Outre les pertes de rendement, la verse accentue les risques de germination sur pied.

Lutte contre les maladies
Le triticale est peu concerné par les maladies du pied (piétin verse et piétin échaudage) et la lutte contre ces 2 dernières est inutile. Dans les situations à risque pietin verse, éviter toutefois de cultiver Amarillo, Protinac et Carnac (notes CTPS respectivement égales à 3, 3 et 2).
La principale difficulté concerne la lutte contre l’oïdium, en particulier sur les variétés sensibles : Bienvenu, Floirac, Maximal, Seconzac, Tremplin, Trilogie, Trimour.
La maîtrise de la rouille brune doit être suivie avec attention sur les variétés sensibles, Bellac en particulier. Une intervention est nécessaire dés que les premières pustules apparaissent.
Enfin, la prise en compte de la lutte contre la fusariose se réalise de la même manière que sur le blé. En cas de risque fusariose, la protection fongicide est impérative.

Antoine BRAY
ARVALIS Institut du végétal

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