[TEMOIGNAGE] Eleveur à Combray (Calvados), et touché par la tuberculose bovine, Daniel Courval craint un retour fort de la maladie
Onze foyers de tuberculose bovine ont été déclarés officiellement dans le Calvados et l'Orne. Daniel Courval, à la retraite, mais toujours actif pour aider son fils, Romain, fait partie des fermes touchées. Il témoigne.
La multiplication des cas pourrait être imputée à une immunodépression du cheptel français. Avez-vous été touché par la Fièvre catarrhale ovine (FCO) ?
Le passage de la FCO a fait monter la température chez beaucoup d'animaux. On en a eu, comme tout le monde. On a eu des avortements, deux précisément. On avait vacciné tous les jeunes, hormis un lot de vaches qui n'était pas encore rentrée au moment de la campagne. En janvier, quand j'ai voulu les vacciner, il n'y avait plus de doses. Sur les veaux, en revanche, on n'a pas eu de problèmatique importante. On pense depuis longtemps qu'il y a des animaux porteurs sains dans la zone, qui ne déclarent jamais la maladie. Mais au moment d'un stress ou d'un problème sanitaire qui affaiblit l'immunité, la maladie peut se déclencher.
Que pensez-vous des tests mis à disposition des éleveurs ?
Ils restent très aléatoires. Une bête récemment infectée ne réagit pas encore, tandis qu'une bête très atteinte peut ne plus réagir non plus, faute de réponse immunitaire. Il existe donc une "fenêtre" entre les deux. Sur douze animaux jugés douteux, on a des âges très variés : une de 18 mois, une autre de 9 ans. Pourtant, on n'a pas acheté d'animaux récemment, à part un taureau qui était en train de saillir, et dont on ne verra pas les veaux.
Selon vous, la contamination n'a pas pu se faire entre bovins.
Non, nos bêtes ne sont pas en contact avec les fermes voisines. Aucun de nos prés ne touche ceux d'autres agriculteurs avec des bovins.
Vous avez des suspicions sur la faune sauvage ?
Même dans les élevages qui avaient réussi à repartir, la crainte d'un retour de la maladie reste forte. [...] La gestion de la faune est en débat. Nous demandons une forte régulation, notamment des blaireaux et des sangliers, dans les zones fortement touchées. Il est également important d'expertiser les chevreuils, renards, ragondins...
De quoi êtes-vous le plus inquiet ?
Cela pose évidemment la question du repeuplement. Si la bactérie est présente dans les prairies, les bâtiments peuvent être désinfectés, mais pas les sols. Chez nous, les animaux buvaient dans un ruisseau qui traverse toute l'exploitation. L'humidité en fond de vallée peut favoriser la propagation. En Côte-d'Or, ils ont connu les mêmes difficultés. Ils ont mis en place des doubles clôtures électrifiées et limité la faune, mais atteindre le "risque zéro" reste très compliqué.
Et sur le plan écono- mique ?
Les indemnisations varient, mais ne couvrent pas réellement les pertes. L'expertise pose aussi problème : certaines vaches pleines n'ont pas été prises en compte dans le calcul de la perte de production. Résultat : des pertes mal évaluées. [...] Malgré tout, il y a un point positif : beaucoup de jeunes souhaitent s'installer. Mais il manque en Normandie une vraie structuration des exploitations d'élevage (échanges de parcelles par exemple), notamment avec la Safer et les collectivités, pour limiter les contacts entre troupeaux et minimiser les risques de contamination de bon nombre de maladies.