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Prix du lait
Un accord débloque la crise

Producteurs et transformateurs ont abouti à un compromis sur un prix du lait. Il va baisser de 25 euros pour 1 000 litres en novembre et décembre, de 45 euros en janvier et février 2009, et de 55 euros en mars. La forte dégradation du marché des produits industriels a guidé les tractations.

5 heures de négociations, émaillées de nombreuses suspensions de séances, mais finalement, un accord a été trouvé, débloquant une crise qui s’enkystait depuis cet été. Les trois familles de l’interprofession laitière (producteurs de lait, coopératives et industriels), le Cniel, ont abouti à un compromis le 1er décembre sur un prix du lait pour ces cinq prochains mois, après l’échec des tractations fin octobre. La mobilisation massive des éleveurs sur le terrain, bloquant des laiteries dans toute la France, avait contraint les transformateurs à revenir à la table des négociations. Et le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer, avait réclamé quelques jours plus tôt de « tout faire » pour dénouer la crise. A l’issue de la réunion, c’est « un accord qui ne satisfait pleinement personne, mais qui est bénéfique pour tous », a commenté le président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) et du Cniel, Henri Brichart. « C’est le sens des responsabilités qui a prévalu. Cet accord doit permettre de préserver les intérêts des uns et des autres car notre avenir est commun, et permettre à l’interprofession de bien travailler (voir encadré, ndlr) », souligne-t-il.
27 euros rendus début 2009
Que dit cet accord ? Une baisse du prix du lait de 25 euros pour 1 000 litres a été décidée en novembre et décembre 2008. Puis, pour le premier trimestre 2009, il est proposé une baisse de 45 euros en janvier et février, et de 55 euros en mars. Des évolutions calculées par rapport aux mêmes mois de l’année précédente. Celles du prix du premier trimestre 2009 « résultent de l’impact du marché et d’un ajustement de + 27 euros », précise la FNPL. En effet, les producteurs avaient accepté pour le deuxième trimestre 2008 que 27 euros par 1 000 litres soient retirés de la recommandation nationale, qui existait encore à l’époque. Ces 27 euros sont donc redonnés aux éleveurs sur les trois premiers mois de 2009.
« L’aggravation exceptionnelle des cours des produits industriels (poudre de lait et beurre, ndlr) », que la FNPL impute à « la dérégulation des marchés voulue par l’Union européenne » ainsi que la France « dans une moindre mesure », indique son président, « conduit à un ajustement à la baisse du prix du lait à la production », souligne la FNPL. Néanmoins, elle explique que cette baisse « tient compte de la forte hausse des charges des exploitations laitières ». Ces dernières (aliment du bétail, fertilisation, énergie) ont bondi d’environ 20 % cette année, détériorant le revenu des éleveurs. Dans un communiqué, le Cniel ajoute aussi que la situation difficile des produits industriels « rend indispensable une meilleure tenue des marchés des produits de grande consommation ».

Plus de 300 euros en France
Selon l’Office de l’Elevage, l’accord débouche sur un prix de base moyen national de 316 euros pour 1 000 litres en novembre et 309 en décembre 2008, puis 333 euros en janvier 2009, 327 en février et 301 en mars. En Allemagne, les prévisions de prix sur la même période sont de 260 à 300 euros selon les régions. « Ce qui a guidé la FNPL pour aboutir à un accord, c’est la conjoncture très dégradée, explique Henri Brichart. C’est un accord à la baisse mais il va préserver un prix du lait en France jusqu’en mars qui sera le meilleur d’Europe. Dans tous les autres pays, il est inférieur à 300 euros. »
Par ailleurs, tenant compte de l’exposition des entreprises fortement orientées sur les produits industriels, le Cniel propose de réactiver une flexibilité de 10 tranches de - 1,5 euro chacune. Explication : en fonction de leur mix-produits, notamment de la part du lait qu’elles transforment en produits industriels, les entreprises peuvent demander cette flexibilité. A partir d’une part de 20 %, dix tranches sont ensuite retenues. A chaque tranche est attachée une baisse de prix supplémentaire de 1,5 euro. Ainsi, une entreprise se situant dans la septième tranche, va pouvoir appliquer au prix moyen fixé sur le mois une baisse supplémentaire de 10,50 euros (soit 7 ? 1,50 euro).

Plan de filière
Finalement, les transformateurs auront nettement revu leurs prétentions car ils demandaient initialement une baisse de - 40 à - 70 euros pour 1 000 litres fin 2008, et de -100 à -120 euros pour le premier trimestre 2009. Les producteurs ont aussi obtenu l’engagement du groupe Entremont Alliance de rentrer dans cet accord au plus tard le 1er janvier 2009. Enfin, la FNPL a acquis l’engagement des industriels de lever leurs référés déposés devant la justice contre les actions de protestation organisées par les éleveurs ces dernières semaines.
En outre, cet accord permet à l’interprofession de bâtir un plan de filière articulé autour de trois axes : la mise en place à partir du 1er avril 2009 d’« un nouveau système d’indicateurs, destiné à éclairer les acteurs économiques sur l’évolution des marchés et des prix », précise le Cniel ; la création d’un observatoire des volumes pour aboutir à une adéquation optimale entre l’offre et la demande de lait ; et enfin, l’engagement d’« une réflexion pour défendre et améliorer la valorisation du lait » français.


Le ministère attend du Cniel un nouveau dispositif

Michel Barnier, le ministre de l’Agriculture, invite les familles de l’interprofession laitière « à travailler ensemble à des propositions concrètes sur les modalités de contractualisation, qui permettront de garantir pour les producteurs, sur la durée, des volumes et des prix déterminés sur la base d’indicateurs fiables », indique un communiqué du ministère. L’accord du 1er décembre permet en effet un retour du travail au sein de l’interprofession, ses familles devant mettre en place un nouveau système de fixation du prix du lait à partir du 1er avril 2009.
« La volatilité des prix sur le marché du lait nécessite de rester actif et attentif aux évolutions du secteur », souligne aussi le ministre. Pour Michel Barnier, l’accord obtenu sur le bilan de santé de la PAC fin novembre entre les 27 Etats membres « confirme cette volonté politique » en maintenant les outils d’intervention et en inscrivant deux rendez-vous en 2010 et 2012 « pour faire un bilan économique du secteur », et pour évaluer l’impact de la réduction des quotas en Europe. Ces derniers doivent être totalement supprimés d’ici à 2015.

Jean Turmel, responsable “Lait” de la FRSEA de Basse-Normandie.

L’accord du 1er décembre est la conclusion, mi-figue mi-raisin, d’un long combat syndical. Jamais le prix du lait n’aura été fixé dans de pareilles circonstances : la volatilité des marchés a certainement été plus rapide et avec une amplitude  plus importante que ce que les experts pouvaient envisager. La réaction de Jean Turmel, responsable “Lait” de la FRSEA de Basse-Normandie.

Etiez-vous pour la recherche d’un accord même s’il n’était pas pleinement satisfaisant pour un producteur de lait ?
Un accord, quand il est respecté, n’est jamais totalement  mauvais. Il sera toujours plus constructif que la spirale à la baisse et la véritable désorganisation qui étaient en train de se mettre en place. J’ai soutenu la recherche d’un accord mais je déplore néanmoins que les entreprises laitières aient dénoncé un outil dont ils ont forgé les pièces principales, avec la FNPL, au fur et à mesure de l’histoire de MODALPRIX.

Pourquoi un accord aujourd’hui ?
L’important était tout de même de sauvegarder une cohésion dans l’interprofession et de trouver une solution pour fixer le prix pour la fin de campagne. L’autre impératif était de nous donner du temps pour bâtir un nouveau mécanisme qui soit fiable, accepté par tous et applicable au 1er avril prochain.

Un commentaire sur la stratégie des autres syndicats ?
Je ne parlerai pas de stratégie mais plutôt de réclamations. J’ai perçu une volonté de la Confédération Paysanne de rejoindre les positions de la FNPL sur la nécessité de maîtriser les volumes et de réguler les marchés. J’ai entendu les revendications farfelues de la Coordination Rurale. Elles étaient déconnectées de la réalité et révèlent une méconnaissance de la filière laitière. Demander 400 €/1 000l, la suppression des pénalités et appeler à la grève du lait est tout simplement déraisonnable. Il est impossible de construire une filière sur des fondements aussi peu fiables.

Doit-on comprendre que la période est à l’accalmie ?
Je ne le crois pas pour une bonne raison : nous devons être vigilants sur le dossier ENTREMONT. Cette entreprise cherche à solutionner son défaut de performance en actionnant le levier “fournisseurs” : soit par un prix du lait à la baisse, soit par l’éventuel abandon de collecte. C’est le syndrome NAZART qui revient, un an et demi après. J’ai entendu le Président de la Fédération Régionale des producteurs de l’Ouest s’engager à veiller au grain sur ce dossier là et je l’en félicite.

En conclusion ?
C’est un accord de raison. S’il ne nous satisfait pas, il permettra peut-être de construire un système durable. L’équilibre de la filière repose sur les engagements des entreprises et le soutien des Pouvoirs Publics. Pour notre part, nous aurons mis toutes les chances de réussite de notre côté.
Propos recueillis par N. Marie

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