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Histoire
Un conseil municipal en noir et blanc

Pour fêter le centenaire de l’association des maires de France, le village d’Hébécrevon (50) s’est démarqué. Partie d’archives, la mairie a réorganisé un conseil municipal de 1907. Les chapeaux melons étaient de sortie.

Les costumes trois pièces, nœuds papillons, chapeaux melons, porte plume et encriers sont réunis à la mairie d’Hébrécrevon. C’était samedi 20 octobre 2007 ou plutôt 1907. Ce n’est pas le maire actuel, Gilles Quinquennel qui invite. Ce dernier endosse le rôle d’Aimable Terrée, le premier magistrat de l’époque. D’autres anciens du village jouent les conseillers municipaux de 1907, avec parmi eux Paul, le petit-fils d’Aimable Terrée. La tradition est respectée. Les femmes sont également exclues des instances municipales. Pas de droit de vote pour elle et donc un débat entre hommes. Seul anachronisme : la sonorisation. Le micro fait résonner le XXIe siècle.

Les délibérations de 1907 archivées
L’ordre du jour du conseil municipal de 1907 est chargé : indemnité du cantonnier vicinal, travaux d’entretien, et réfection de la route de Viesrie. En 100 ans, les problématiques de la vie communale ont peu évolué. L’indemnité du cantonnier a ainsi été réévaluée, passant de 550 à 600 francs par an. “Nous avons également décidé de demander de classer la voie de la Viesrie en chemin rural. Enfin, nous avons voté des travaux de lucarne de fenêtre, ou d’enduits à l’école. Ce genre de décisions, nous les prenons encore aujourd’hui. C’est un élément pédagogique pour expliquer comment fonctionne un conseil municipal, avec des débats, des votes et des décisions qui s’appliquent. Désormais avec les lois de décentralisation, nous avons beaucoup plus de compétences et des équipes renforcées. Les outils et les moyens ont changé, mais l’esprit reste le même, le fonctionnement du conseil municipal aussi”, explique Gilles Quinquennel. Selon les archives, des intérêts privés se mélangeaient parfois aux intérêts collectifs. “Dans le compte-rendu de 1907, le maire est intervenu puisqu’un conseiller municipal souhaitait que son chemin soit entretenu comme celui de la Viesrie. Le maire a rappelé l’intérêt collectif”. Un argument qui reste encore d’actualité ?9 conseillers sur 11 étaient agriculteurs
En 1907, la vie rurale influençait le fonctionnement de la municipalité. “Presque tous les emplois étaient liés au foncier”. Au début du siècle, 9 conseillers municipaux sur 12 étaient agriculteurs. En 2007, ils ne sont plus que 5 (dont 3 actifs) sur 15. “Comparé à d’autres communes, ce ratio s’avère correct. De nombreux villages n’en ont plus du tout. Leur disparition est dommageable pour un conseil municipal. Ils apportent une maîtrise concrète et pratique de la problématique rurale et du foncier. Notre commune de 1200 hectares a besoin d’une connaissance de terrain, des chemins ou des champs”. Les élections municipales approchent. L’appel est lancé !

V. Motin

Aimable Terrée

Maire et agriculteur en 1907 : il savait lire !

 

 Paul Terrée, petit-fils d’Aimable Terrée, a joué le rôle d’un conseiller municipal de l’époque. Seul trace du mandat de son grand-père : sa ceinture de maire. Le premier magistrat de 1907 exploitait 40 hectares en fermage. “Dont 30 en labour. Il n’y avait qu’une dizaine de vaches”.  Avec 40 hectares à exploiter en 1907, Aimable Terrée n’était donc pas dans la catégorie des petits agriculteurs. Selon Gilles Quiquennel, les maires de l’époque avaient  souvent une autorité naturelle : “les débats étaient aussi plus courts...” Un sentiment sans doute renforcé par l’instruction d’Aimable Terrée. “Il savait lire et écrire. Mon grand père est allé au lycée. C’était un homme de lettres”, précise Paul Terrée. Ce dernier notait tout : ventes d’animaux, d’œufs ou de grain. “On retrouve son écriture dans les archives de la mairie. Tout ce qu’il écrivait, il le recopiait pour l’avoir en double”. Depuis, des dizaines de maires et de nombreuses photocopieuses lui ont succédé. 

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