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Les céréaliers en colère montent à Paris
Un défilé maîtrisé qui prône la régulation

Les Normands sont montés en nombre à la capitale. Le cortège comptait 170 tracteurs et 300 agriculteurs de l’Eure, de l’Orne, de Seine-Maritime, du Calvados mais aussi de la Manche.

Jean-Pierre Prévost (section grandes cultures de la FRSEA) : “agréablement surpris par le soutien des Parisiens”
Comment s’est déroulé votre trajet ?

Nous sommes partis à six tracteurs de l’Orne, à 3 heures.  Le cortège s’est ensuite gonflé, nous avons rejoint nos collègues de l’Eure. Nous sommes arrivés à Paris à 12 heures. Nous avons pris du retard. La journée sera très longue, nous ne serons pas chez nous avant 1 heure du matin.

Les manifestations produisent-elles encore des effets sur les pouvoirs publics ?
Oui, elles ont leur rôle. Les manifestations servent de prise de conscience de nos élus. Aujourd’hui, nous sommes à Paris, car le président de la République nous avait promis un comité de suivi des céréales, puisque les prix devaient être durablement élevés. Il s’est mis en place tardivement. On doit nous donner des réponses à la fin de l’année. C’est trop tard.

Au volant de votre tracteur, comment ressentez-vous la mobilisation des céréaliers ?
Les prévisions semblent dépassées. Les agriculteurs se sont vraiment mobilisés. Le circuit de 7,5 kilomètres a été complètement bloqué. Quand les premiers sortaient du cortège, les derniers n’y étaient pas encore entrés.
Je suis agréablement surpris par la réaction des Parisiens. Tout le monde nous regarde, nous soutient, nous prend en photo. Même dans les bouchons sur le périphérique, les gens n’ont montré aucune agressivité. Ils prenaient des photos avec leurs portables.

Pour le grand public et peut-être les pouvoirs publics, les céréaliers peuvent être perçus comme des agriculteurs assez aisés. Est-ce facile de convaincre de vos contraintes économiques ?
Oui souvent le céréalier n’est pas le plus à plaindre. Mais depuis un an, les trésoreries deviennent catastrophiques. On n’ose même plus regarder le prix de l’orge.

Quelles mesures urgentes attendez-vous ?
Au salon de l’agriculture, Nicolas Sarkozy souhaitait freiner les contraintes environnementales. On attend. L’intervention européenne a été supprimée. Nous en payons aujourd’hui le prix. Comme pour toutes les productions, nous réclamons simplement de la régulation.

Régis Chopin (président de la Fdsea 27 )
“L’Eure représente 12 à 13 % du total des tracteurs de la manifestation. Le contexte actuel incite à la mobilisation. Dans l’Eure, nous avons invité toutes les productions, car cette crise s’avère extrêmement brutale. Il y a aujourd’hui urgence. Le marché doit aujourd’hui être désengorgé. A partir de juillet, les quotas d’intervention n’existeront plus en orge et en maïs. En blé, nous terminons la campagne avec 3,5 millions de tonnes de report. Et l’intervention se limite désormais à 3 millions de tonnes. C’est trop peu comparé aux 140 millions de tonnes de blé produits en Europe”.

Alexandre Quillet (installé à Ganaches-en-Vexin 27 et président du syndicat betteravier de l’Eure )
“Je représente les betteraviers, mais je défends surtout mon gagne pain : toutes les grandes cultures! Je suis là pour montrer au gouvernement français, aux citoyens et aux consommateurs que tous les secteurs agricoles traversent une crise très grave.
J’attends une réaction de notre pays pour prolonger l’histoire agricole de la France. Nous ne sommes pas là pour nous plaindre comme les agriculteurs ont eu la coutume de le faire lors des précédentes décennies. Je veux simplement vivre de mon métier et faire vivre ceux qui m’entourent. Seule l’unité de la nation permettra de changer la mentalité libérale du microcosme politique européen”.

Paul Vico (installé à Cheux 14)
“Je suis inquiet. L’évolution de la Pac à 27 ne présage rien de bon. Je manifeste aujourd’hui pour que nos responsables aient du poids lors des négociations à Bruxelles. 10 000 agriculteurs avec leurs tracteurs dans les rues de la capitale, c’est un spectacle rare. J’espère également que notre gouvernement prendra conscience de la crise agricole. Barnier prédisait des cours des céréales durablement hauts. Il s’est planté, nous en sommes les victimes.”

Benoît Lefèvre (installé à Garcelles-Secqueville 14)
“On nous a fait miroiter des prix hauts. Les marchés ne sont pas maintenus, contrairement aux contraintes environnementales. Avant les élections, Nicolas Sarkozy a signé le pacte écologique de Nicolas Hulot les yeux fermés. Il parlait de reconquête de l’environnement. C’était un effet de mode. Ensuite, il a changé d’avis au salon de l’agriculture. Je souhaite simplement des mesures de bon sens, avec un sens écologique, un sens économique et un sens agronomique. Aujourd’hui, chaque département a ses règles. Dans certains cas, nous ne pouvons pas labourer avant le 15 décembre quand d’autres l’autorisent dès le 1er novembre. Depuis des années, la simplification administrative est évoquée. Soyons pragmatiques”.

Frédéric Bouet (installé à Esquay-sur-Seulles 14 )
“Je souhaite une vraie politique de prix. Le gouvernement doit faire pression sur la grande distribution. OK c’est un fort lobby. Cependant, notre survie en dépend. En deux ans, le blé a perdu 100 €. Les consommateurs n’ont absolument pas profité de cette baisse. Nous, les agriculteurs, le vivons très mal. Avec mon associé, nous clôturons notre exercice comptable le 30 juin. Nous savons qu’il sera déficitaire. Notre Gaec n’a pas de revenu à distribuer. Pour l’instant, notre exploitation est en vie, c’est tout…”

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