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Tourisme rural
Un enjeu patrimonial plus qu’une activité rémunératrice

Claudine et Rémi Regnault, agriculteurs et exploitants d’un gîte de séjour à Tribehou (50), ne décrocheront jamais la martingale avec leur activité touristique de diversification. Au terme des annuités cependant, subsistera un capital patrimonial et une valeur marchande.

Les Gîtes de La Terrette(1) sont nés à la fin des années 1980. Claudine Regnault reprend une exploitation pour épouser aussi la profession de son mari, producteur de lait à Tribehou (50), au cœur des marais de Carentan. Dans l’affaire, elle devient propriétaire d’une maison d’habitation, située à quelques kilomètres du siège de l’exploitation. Mais comment rembourser les annuités d’emprunt avec seulement 110 000 litres de lait ? "On fera un gîte et je proposerai des balades en bateau", lâche Rémi. 29 places aujourd’hui Bien que lancée à 2 heures du matin, cette proposition n’a pas été prise à la légère. De chantiers en chantiers et quelques 15 ans plus tard, le gîte est devenu pluriel pour s’appeler "Les Gîtes de la Terrette". 19 places à ma droite, 10 à ma gauche, entre : deux salles communes avec cuisine. On y accueille aujourd’hui des groupes (scolaires, Centres d’Aide par le Travail, IME...), une clientèle familiale ainsi que des randonneurs. Il a fallu se mettre aux normes des établissements recevant du public (changement de literie, règles de sécurité draconiennes...). Un investissement de 180 000 e pour la seule partie salle et sécurité. Parallèlement, le remboursement du capital (plus intérêts) s’élève à 20 000 e/an. Côté charges, il faut y ajouter 10 000 e (électricité, eau, assurances, chauffage, heures de ménage...). 30 000 e de chiffre d’affaires 20 000 e d’annuités plus 10 000 e de charges à comparer aux 30 000 e de chiffre d’affaires que "Les Gîtes de la Terrette" ont réalisés en 2005. Une opération blanche, voire négative si l’on comptabilise les heures de travail et d’astreinte qu’alignent Claudine et Rémi Regnault. Mais le moral est bon du côté de La Cour, non du lieu dit. Même si l’activité n’est pas rémunératrice à première vue, il restera au bout du bout un capital immobilier. Rassurant au moment de raccrocher les gants même si le gouvernement vient d’annoncer une rallonge des retraites agricoles. Par ailleurs, le gîte en a encore sous le pied. Si la fréquentation est correcte (23 semaines d’occupation en 2005), Claudine est persuadée qu’elle peut développer l’activité notamment en travaillant un peu plus la cible scolaire. La collaboration nouée avec le CIEC (Centre d’Initiative à l’Eco Citoyenneté) a déjà porté ses fruits et ne demande qu’à se muscler. "Je pourrai également vendre l’animation ferme pédagogique, pense-t-elle. Même s’il est impossible de mesurer tout le temps que je consacre à cette activité touristique, il est clair qu’elle peut constituer un temps plein tout en louant les services d’une femme de ménage". Et la ferme dans tout cela Et quid de l’exploitation, 140 ha dont 50 % en marais ? Rémi avec son bateau et ses responsabilités (il est maire de sa commune) avoue y passer peu de temps. Notre couple d’éleveurs , parents de 4 enfants, a embauché un salarié à plein temps et fait appel à de la main-d’œuvre ponctuelle. Il y a aussi le coup de main des fistons qui pourraient revenir un jour sur l’exploitation. C’est d’ailleurs presque calculé pour. Ni le troupeau laitier, ni l’activité touristique ne sont exploitées à 100 %. Mais le potentiel est là et ne demande qu’a s’exprimer si les ressources humaines répondent présent. Quant à leur retraite, ce n’est sans doute pas dans leur gîte trop grand que Rémi et Claudine la passeront. Et pourquoi pas sur un bateau, dans les marais ? Th. Guillemot (1) : Claudine et Rémi Regnault 601, La Cour 50620 Tribehou Tél/fax. 02 33 55 18 07. Email : la-rosee-du-soleil@wanadoo.frDans les Marais de Carentan : Rémi vous mène en bateau "La Rosée du Soleil" n’a jamais fait que tutoyer la mer. Arrimée à l’embarcadère de la Taute à St-Hilaire-Petitville (son port d’attache près de Carentan), elle tourne résolument le dos à la Manche et préfère louvoyer dans les terres. Des terres aménagées de mains d’hommes (des prisonniers russes notamment, le saviez-vous ?) qui en ont fait un marais. Ce marais, ce fut le moteur de l’économie locale pendant des décennies. On y a "marné" (fabriqué des briques de tourbe) alors que d’autres y pêchaient. Pas pour leurs loisirs, c’était simplement leur métier. Mais le marais d’alors, c’était avant tout l’internet d’aujourd’hui : un formidable réseau de communication. Puis vinrent le chemin de fer, les routes (...) qui vont défonctionnaliser et désociabiliser cet espace naturel. Un temps seulement. Le temps que ce marais retrouve d’autres repères. La poussée écologique en a fait une aire protégée. Les pratiques agricoles s’y sont adaptées. Les chasseurs y ont "gabionné". Désormais, la cigogne et le martin-pêcheur cohabitent avec leurs lointains cousins: le canard "décathlon" grâce aux "shaddocks" pompeurs d’eau. Toute cette histoire, c’est le capitaine Rémi qui vous la conte. Il est aussi agriculteur et ne manque ni d’humour, ni d’amour pour son marais. Laissez-vous emporter! Th. G.
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