Aller au contenu principal
E-mailPrintFont SizeFacebookTwitter

Ensilage d’herbe
Un fourrage à redécouvrir

Utilisé dans une exploitation sur cinq en Normandie, l’ensilage d’herbe a une place importante dans les rations des vaches laitières sans pour autant bénéficier de suffisamment d’attention. Pourtant les intérêts techniques et économiques de ce fourrage sont nombreux. Il nécessite pour sa bonne réalisation de la technicité de la part de l’éleveur afin de pouvoir être valorisé correctement par les vaches laitières.

L’étude des constats d’alimentation relevés par les contrôles laitiers de Normandie indique  que quasiment tous les éleveurs, qui utilisent le maïs en hiver, ne l’utilisent pas en plat unique. 96 % font appel à d’autres fourrages pour sécuriser leurs rations (paille de céréales, luzerne, paille de colza, ration sèche …). 20 % des exploitations utilisent de l’ensilage d’herbe dans la ration des vaches laitières en complément du maïs (Colloque maïs de Vire 2008). L’ensilage d’herbe trouve sa justification grâce à la sécurisation métabolique qu’il procure. Il permet aussi de valoriser les surfaces en herbe “obligatoire” de nombreuses exploitations normandes.
L’obligation, dans le cadre de la 4e directive nitrate, de semer des couverts hivernaux peut aussi redonner une place à l’ensilage de couverts hivernaux (RGI, RGH, ou associations graminées légumineuses) à condition de le faire sur des sols avec suffisamment de réserve en eau et de ne pas récolter le couvert trop tardivement pour ne pas pénaliser le maïs.

Prévenir l’acidose en ration maïs
Le maïs seul ne présente pas les caractéristiques de fibrosité suffisante pour faire suffisamment mastiquer et saliver les vaches. Le maïs est estimé entre 40 et 60 minutes par kg de MS. Mais les concentrés nécessaires pour l’équilibrer sont à 10 minutes par kg de MS. Le couple maïs-concentrés a souvent des caractéristiques à risque.
L’ensilage d’herbe présente des caractéristiques nettement plus favorables avec 100 minutes par kg de MS. Il nécessite moins de concentrés surtout azotés pour être équilibré. Il redonne ainsi des caractéristiques de fibrosité plus favorable à la ration.
Les maïs normands sont riches en amidon. La teneur moyenne en amidon est de 333 g/kg MS en moyenne sur 5 ans soit 50 g de plus que la référence INRA 2007. On constate même qu’un maïs sur trois a une teneur en amidon supérieure à 360 g/kg de MS. La ration avec du maïs comme fourrage unique et un correcteur présente des risques d’excès d’amidon dans la moitié des cas. Les éleveurs doivent apporter un autre fourrage pour diluer cet excès d’amidon. L’ensilage d’herbe permet mieux que d’autres fourrages de sécuriser du point de vue métabolique la ration (tableau 1).
L’apport d’ensilage d’herbe peut aussi amener d’autres intérêts en fonction de sa composition (diversification des sources azotées, pouvoir tampon si présence de légumineuses, ….) comptant pour la sécurisation métabolique de la ration.
Peu d’essais ont mesuré l’effet de l’incorporation d‘une proportion plus importante d’ensilage d’herbe. Les observations en élevage montrent que les résultats peuvent être tout aussi satisfaisant. On remarque tout de même que plus la quantité d’ensilage d’herbe est importante, plus il faut que sa qualité soit bonne (bonne valeur alimentaire, taux de matière sèche pas trop important pour ne pas dégrader la valeur d’encombrement).

Autant de lait...
Plusieurs essais ont montré les effets des rations mixtes sur les performances laitières. On ne constate pas de baisse de performance (tableau 2).
Sur une période longue, on ne constate pas d’effet du régime sur la production laitière, ni sur le TB. Il faut tout de même noter que les démarrages en lactation sont généralement légèrement moins hauts avec le régime mixte (-1,2 kg/VL).
Des essais réalisés pendant plusieurs années à la ferme de la Blanche Maison ont confirmé ces résultats pour les vaches normandes. L’ingestion est pénalisée par l’apport d’1/3 d’ensilage d’herbe dans la ration des vaches laitières, mais les performances zootechniques ne sont pas affectées à condition de compenser légèrement en concentré le différentiel énergétique (tableau 3). Cet effet négatif sur l’ingestion est d’autant plus marqué avec des ensilages humides et mal conservés.

... à moindre coût
Le tableau 1 illustre qu’une ration à base d’ensilage de maïs incorporant 3 kg MS d’ensilage d’herbe est plus économique qu’une ration à base d’ensilage de maïs seul. Les performances techniques sont proches. Le coût est moindre (- 2 € par 1 000 litres) avec un ensilage d’herbe de qualité. L’intérêt de l’ensilage d’herbe paraît donc évident, d’autant plus qu’il permet souvent d’améliorer nettement la valorisation et la gestion du pâturage. Il reste à maîtriser la mise en œuvre technique de ce fourrage.

Une maîtrise technique nécessaire pour gérer les butyriques
L’ensilage d’herbe ne présente pas que des avantages. Il présente aussi des risques. Les risques liés aux butyriques sont connus. Ils ne sont pas incontournables. Des précautions avant pendant et après la récolte peuvent permettre de limiter la contamination par les butyriques.
Le hersage des parcelles, le fanage, l’ajout de conservateur permettent d’obtenir un silo peu contaminé. Le tri au silo des parties altérées du silo, améliore nettement le résultat. Enfin tout ce qui concourent à la propreté des animaux et au branchement d’une mamelle propre et sèche limite aussi fortement la contamination du lait.
On peut proposer le cadre de décision suivant pour décider de l’utilisation ou non de l’ensilage d’herbe dans la ration des vaches laitières. Une analyse de recherche de spore butyrique est indispensable pour décider de son utilisation. Le coût de l’analyse (34 € HT au LANO) est facilement amorti par la valorisation du fourrage.

Une maîtrise technique nécessaire pour gérer la valeur alimentaire
Un autre risque est d’être déçu par les valeurs alimentaires de l’ensilage d’herbe. La variabilité est effectivement grande dans les valeurs des fourrages analysés (encadré). Cette variabilité est certes liée aux conditions météorologiques au moment de la récolte, mais elle est surtout liée à la qualité de la flore et au stade de la récolte. La gestion des prairies doit tenir compte de l’objectif de qualité de l’ensilage d’herbe pour tenter d’optimiser le résultat.
Enfin, l’ensilage d’herbe a un encombrement supérieur au maïs. Il limitera l’ingestion de la ration. Cet effet est d’autant plus grand que l’ensilage d’herbe est humide. Il convient donc de récolter un ensilage suffisamment sec. Un objectif de 30 % de MS minimum est recommandé. Un pré-fanage long ou un fanage sont nécessaires. De plus, l’altération de l’ensilage dans le silo, le rendra moins appétant. Il est important d’écarter les parties altérées pour ne pas amplifier la diminution de l’ingestion.
Les effets positifs de l’ensilage d’herbe ne sont visibles que si on en distribue suffisamment. Il ne faut pas non plus en distribuer trop au risque de déconcentrer la ration du point de vue énergétique. Les repères d’au moins 3 kg de MS et pas plus d’1/3 de la ration sont à suivre. Seuls les ensilages d’herbe de très bonne qualité peuvent être distribués dans des quantités plus importantes.
Faire des analyses
Il faut savoir quel fourrage on distribue. L’appréciation à l’œil ne suffit pas. En plus de l’analyse des spores butyriques si
l’ensilage est destiné à des vaches laitières, une analyse de valeur alimentaire doit permettre
de savoir comment le distribuer, c’est-à-dire en quelle quantité et avec quelle correction.

Etienne DOLIGEZ
Contrôle laitier du Calvados
Pour le groupe d’alimentation des Chambres d’agriculture
et des contrôles laitiers
de Normandie

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Agriculteur Normand.

Les plus lus

Une bouteille de cidre par semaine éloigne la crise et sauve le verger
Il suffirait que chaque foyer normand achète une bouteille de cidre par semaine pour sauver la filière cidricole malmenée par la…
« C’est inadmissible que l’on n’arrive pas à être reçu par les ministres de l’Agriculture et des Finances »
Au moment où la filière vitivinicole cherche à négocier des aides avec le gouvernement pour sa survie, la filière cidricole…
Accepter un peu d’inflation alimentaire
« Nous sommes des besogneux. On nous demande de la montée en gamme et du local avec de plus en plus de contraintes et nous…
Agneau du Gaec Le vent des marais
Un nouvel abattoir en vue ?
Fin 2018, l’abattoir de Beuvillers fermait définitivement ses portes. Un abattoir de plus qui, en stoppant son activité, a eu…
Ludovic Blin Président de la section laitière régionale de la FRSEA Normandie “ Et maintenant ? ”
A l’heure où le déconfinement s’organise progressivement sur le territoire français, le secteur laitier dresse un premier bilan…
En attendant les JO, Éric Delaunay tire les corvidés
Dans le département, la pression corvidés se fait sentir. Pour y remédier, le tir est autorisé, même en période de confinement. À…
Publicité