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Conversion
Une expérience qui démarre pour ce couple d’éleveurs manchois

L’orientation vers la bio.

Marie-Pierre et Thierry Saillard se sont installés respectivement en 1988 et 2001. Ils ont commencé une réflexion sur l’agriculture biologique l'été 2009, et ont finalement engagé l’exploitation en mode de production bio en avril 2010.

Une démarche assez rapide, mais toutefois réfléchie
et cohérente

“Avant de passer en bio, nous avions 370 000 litres de quota à produire et un peu de diversification (veaux gras en label, et bœufs). L’embauche d'un salarié à mi-temps, nous permet de dégager du temps pour nos 3 enfants et de prendre un peu de vacances. L’organisation est assez complexe et il nous semblait devoir toujours faire plus pour gagner la même chose.
La crise du lait a déclenché, à notre niveau, la recherche d’une voie différente pour diminuer la vulnérabilité économique de l’exploitation. Il y a eu quelques appréhensions par rapport à la bio, mais ça ne semble finalement pas plus compliqué à gérer qu’avant et on est récompensé par des prix nettement plus élevés (après la période de conversion).
De plus, on a pris conscience que la structure de l’exploitation était assez bien adaptée à un passage en bio : 50 % de la surface est groupée autour des bâtiments d’élevage (construits en 2007) ; ce qui assure l’accès au pâturage même avec quelques vaches de plus, et les terres sont peu séchantes. Le système biologique, avec moins de lait produit par hectare, va finalement  simplifier la conduite de l’élevage (moins de veaux, suppression des bœufs.)
Le souci du respect de l’environnement est aussi une autre source de motivation : c’est agréable d’être en capacité de produire sans l’aide des produits phytos”.
Mais pas question pour autant de partir à l’aventure sans préparation : après avoir rencontré des conseillers spécialisés l'été 2009, Thierry a réalisé quelques journées de formation sur l’agriculture biologique (1 stage “conversion”, 3 jours avec un groupe d’agriculteurs eux-mêmes en conversion, et 2 jours sur les plantes indicatrices en prairie). “Nous avons également fait réaliser une étude par la Chambre d’agriculture pour simuler les changements sur le plan technique et économique. Il reste encore à s’approprier les techniques alternatives en soin de troupeau (homéopathie, phytothérapie). On le fera tous les deux avec l’appui d’agriculteurs bio ou en formation”.

Les changements à opérer
“Sur le plan du sol et des cultures, il nous faudra agrandir la surface fourragère afin de diminuer le chargement de 1,7 à 1,35 UGB/ha. Nous pensons augmenter le nombre de vaches laitières de 67 à 70 ou 75 afin de produire notre quota.
D’autre part, nous avons travaillé assez finement l’aspect rotation avec le conseiller bio car il semble que ce soit bien la clé du maintien de la fertilité des sols. Cela nous a permis de réaliser un assolement prévisionnel pour chaque parcelle”.

Plus d’herbe, moins de maïs
Sur cette première année 2010, 18 ha de prairies temporaires ont été implantées sur les éteules de maïs, dont près de la moitié ne resteront qu’1 ou 2 ans pour mettre en route la rotation (cette implantation a été réalisée sous couvert d’avoine pour limiter le salissement). La surface de maïs quant à elle, va passer de 20 ha à 8 ha afin d’organiser la rotation avec les prairies et les céréales-protéagineux, et surtout envisager plus sereinement les pratiques de désherbage mécanique. D’autre part quelques hectares de colza fourrager seront mis en place pour renforcer la valeur des pâturages en fin de saison.
Dans la majorité des cas, le passage vers le mode de production bio nécessite l’agrandissement de la surface prairies temporaires. L’Earl Saillard n’échappe pas à cette règle : 15 à 20 ha de prairies seront spécialisés en fauche dominante, avec des mélanges d’espèces à base de luzerne, fétuque élevée, dactyle.

Moins d’animaux
pour un maximum d’autonomie

“Suite à l’arrêt de la production de bœufs, et malgré les 5 à 10 vaches supplémentaires, le troupeau va diminuer de 25 à 30 UGB. Nous maintiendrons toutefois une production de 20 à 25 veaux gras puisque la demande existe en bio. Ils seront issus de veaux nés sur l’exploitation, ce qui représentera un atout sur le plan sanitaire”.
Les prévisions ont été réalisées avec des performances laitières modérées : 5 500 litres bruts par vache (6 000 à 6 500 l CL) afin de sécuriser le projet, même si le potentiel bio est probablement supérieur.
Le système de logettes en bâtiment devrait permettre l’autonomie en paille avec les 8 ha de céréales.
La surface en maïs permettra une distribution d’environ 5 kg de matière sèche en hiver, ce qui engendre une importation modérée de concentré azoté sur l’exploitation. Les céréales ou mélanges céréales/protéagineux seront entièrement autoconsommés (350 quintaux).

Peu d'investissements
Sur le plan des investissements, rien de trop important : il faut prévoir une faucheuse à fléau (type Tarub), et l’aménagement d’une dizaine de places supplémentaires au cornadis. Le matériel spécifique de désherbage mécanique est disponible à proximité : une houe rotative en Cuma et une bineuse qui peut être louée à un agriculteur voisin. Il faudra aussi envisager à moyen terme le renouvellement du matériel de fenaison car la surface en fauche sur prairie va devenir importante.

Prévisions économiques
Les prévisions économiques (tableau 1) montrent en croisière (après la phase de conversion), des résultats qui rassurent le couple d’agriculteurs : l’excédent brut d’exploitation avoisine les 70 000 € tout en restant prudent sur l’évolution de certains postes de charges comme les frais d’élevage et vétérinaires qui ont été maintenus élevés (les élevages bio se distinguent notamment par des coûts inférieurs de 30 % sur ces postes). Ceci sur la base d’un prix hypothétique de vente du lait de 380 €/1 000 l qui est inférieur à celui perçu actuellement par les éleveurs biologiques. Les charges liées au salarié sont également maintenues dans le projet.

Ces résultats permettent de satisfaire les prélèvements et de faire face aux remboursements d’emprunts qui resteront assez modérés.
Le changement de système doit conduire à une structure différente du compte d’entreprise, par rapport à la situation de départ : baisse sensible des charges opérationnelles (- 25 %), sous l’influence d’une moindre utilisation des intrants, alors que la diminution de production limite le produit d’exploitation, mais avec une compensation : la plus-value du lait bio et les aides à la conversion.

Confiants en l’avenir
Même si l’aventure ne fait que commencer, Marie-Pierre et Thierry sont confiants : “l’exploitation a un certain nombre d’atouts pour opérer le changement. Nous avons cultivé notre motivation au cours de la construction de notre projet, nous rassurant lors de visites chez les agriculteurs bio, et en trouvant les solutions sur les points qui nous souciaient le plus (organisation parcellaire et rotation). Cette motivation aujourd’hui nous permet d’être à l’aise dans la démarche”.

L’exploitation en quelques repères
(Situation initiale)


- Exploitation située en Sud Manche proche de Granville, mais en vallée bocagère.
- 2,5 UTH : le couple + un salarié à mi-temps + un apprenti.
- 95 ha de SAU, avec 70 ha assez bien groupés autour du siège. 10 ha en bord de rivière.
- Référence laitière de 368 000 l, avec un troupeau de 67 VL (60 % Prim’Holstein, 40 % Normande).
- Atelier veaux gras Label valorisant 54 000 l de lait.
- Surface labourable : 55 ha.
- Surface accessible aux VL : 44 ha.
- EBE moyen des 4 dernières années : 62 500 €.

 

Une conversion du troupeau différenciée par  rapport à celle du parcellaire


- La démarche la plus courante, c’est une conversion simultanée du troupeau et du parcellaire pendant les 2 premières années. Les produits étant valorisés dans le circuit bio, à partir du début de la 3e année.
Dans le cas de notre Earl, la conversion des terres commence en avril 2010 et dure 2 ans, mais la conversion du troupeau débutera en 2e année (15 avril 2011), pour une durée de 6 mois. Les livraisons de lait en circuit bio pourront ainsi démarrer le 15 octobre 2011.
Cette démarche est permise dans le cadre du cahier des charges autorisant les animaux en phase de conversion à consommer des fourrages de 2e année de conversion (C2). Ce choix demande toutefois une gestion des reports de stocks rigoureuse : les fourrages produits en année 1 sont autorisés dans l’alimentation du troupeau avec un maximum de 20 % s’il proviennent des prairies. Seuls les protéagineux grains produits en année 1 sont autorisés dans cette phase de conversion non simultanée. Cette stratégie n’est donc quasiment réalisable qu’en débutant la conversion au printemps

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