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Production de jeune bovin
Une forte volatilité du produit

L’analyse des cotations des broutards et des jeunes bovins sur plusieurs années souligne la très forte volatilité du produit dans les exploitations d’engraissement. De plus, avec une fluctuation importante des cours des intrants et le découplage total des primes, il est naturel que les engraisseurs et leur organisation recherchent aujourd’hui des garanties de prix et des solutions pour baisser les coûts de production.

Quand deux producteurs de viande se rencontrent et parlent de leur métier, ils abordent tout de suite le prix de la viande. Pour les engraisseurs de taurillons, les prix de la viande, tout comme ceux des broutards, sont une préoccupation constante. Au regard du graphique présenté ci-contre, c’est bien naturel.

Le différentiel “vente - achat” varie du simple ou double
Le graphique illustre l’évolution du différentiel “vente - achat” par taurillon charolais depuis 2005. Il s’agit de la différence entre le prix de vente d’un taurillon de 420 kg carcasse classé U et le prix d’un broutard charolais de 300 kg vif classé U acheté 310 jours avant. Ce différentiel est aussi appelé “produit”. Avant le découplage, il s’appréciait avant et après les aides couplées. Cette approche correspond à une approche bilan de lot. Le temps de présence retenu correspond à une croissance moyenne de 1 350 g/jour.
Les prix sont ceux des cotations annuelles FranceAgrimer. Pour s’approcher au mieux de la réalité, 10 centimes d’euro du kg de carcasse sont retirés des cotations pour tenir compte des frais divers de commercialisation et d’éventuelle saisie ou mortalité et 30 € sont ajoutés au prix du broutard pour tenir compte des frais d’allottement et d’approche.
Hors prime, si depuis 2005 le différentiel vente/achat s’établit en moyenne autour de 600 €, nous observons une forte variabilité. En 2007, année de crise, il était en moyenne hors prime de  475 €. En 2008 et 2009, années fastes, il atteignait en moyenne 670 €.
Ces valeurs annuelles moyennes cachent aussi une forte variabilité.
Au plus fort de la crise de l’été 2007, le produit hors prime est descendu à 350 € par JB. Les taurillons U cotaient 3,05 € du kg de carcasse et les broutards de 300 kg qui avaient été achetés à l’automne 2006, étaient mis en place à près de 900 €.
A l’opposé, les broutards rentrés sur le premier semestre 2008 étaient mis en place autour de 700 € et les jeunes bovins finis étaient correctement revendus sur l’hiver 2008/2009 avec des cotations de l’ordre de 3,50 € par kg carcasse. Le produit hors prime s’établissait alors autour de 760 € ; soit un produit journalier de l’ordre de 2,45 €.
Cette illustration fait aussi ressortir une variabilité saisonnière du produit. En règle générale, celui-ci est légèrement plus faible pour les sorties de milieu d’année. C’est le reflet des cotations annuelles des taurillons.

Le découplage total des aides change la donne
Cette présentation illustre aussi l’importance des évolutions du soutien au revenu des producteurs. Avant 2006, année 1 du découplage, la volatilité du produit était elle aussi importante.
Entre 2000 et 2005, le produit sur des taurillons de race à viande avait aussi varié du simple au double, mais sur cette période, il y avait, avec les PSBM et les PAB, une aide de 230 à 290 € par animal. Celle-ci permettait d’amortir les variations de produit,
surtout en période de crise.  D’ailleurs, en 2005, le calcul fait à partir des cotations affiche un produit hors prime faible (530 € par JB ou 1.70 € par jour), mais un produit avec prime de l’ordre de 760 € par JB ou de 2.40 € par jour de présence. Entre 2006 et 2009, avec le découplage partiel (PAB culture) ou total (PSBM), le volume d’aide attaché à l’animal n’était plus que de 50 €. Depuis 2010, avec le Bilan de santé, plus aucune aide n’est couplée. Pour les engraisseurs, l’intérêt économique de la production de taurillons est donc maintenant directement lié aux conditions commerciales.
Devant de telles variations du produit par bovin et après le découplage total des aides des engraisseurs, il n’est pas étonnant que le débat sur la contractualisation en viande bovine soit d’actualité.
Si l’on ajoute à cela la volatilité des cours des céréales observée depuis quelques années, celle du coût de l’énergie, des engrais, des matières azotées… autant de charges qui influencent le coût de production, il est compréhensible que les producteurs et surtout les futurs producteurs s’interrogent.
La recherche de garanties de produit dans des contrats qui associent les éleveurs, leur organisation de producteurs et l’aval de la filière est une réponse à ces interrogations.

Une baisse indispensable des coûts de production
Cependant, cette volonté de garantir le produit ne doit pas faire oublier que d’autres leviers existent pour assurer la pérennité des ateliers d’engraissement. Citons le maintien de bonnes performances techniques et la baisse des coûts de production. Dans les élevages, les marges de manœuvre sur les coûts de production sont parfois importantes.
Le tout premier poste est le coût alimentaire. Sa maîtrise passe par des rendements maïs et céréales corrects avec des coûts opérationnels bien maîtrisés : choix d’itinéraires raisonnés, prise en compte des effluents d’élevage, mise en place d’une rotation performante. Le poste concentré peut aussi être optimisé en recherchant des concentrés ou coproduits au meilleur rapport qualité/prix. Les autres postes de charges doivent aussi faire l’objet d’économies et plus particulièrement les charges liées à la mécanisation.
L’analyse des coûts de production dans les exploitations qui ont des ateliers d’engraissement n’est pas facile. Il est complexe de cerner le volume exact de production et de procéder aux affectations de charges quand l’atelier viande n’est pas la production unique de l’exploitation.
Cependant, avec le découplage total des primes pour les bovins d’engraissement et la conjoncture difficile, cet exercice est devenu indispensable pour repérer les points faibles des élevages, y remédier et assurer ainsi la pérennité de la production.
Jean-Claude DORENLOR
Chambre d’Agriculture 50
jdorenlor@manche.chambagri.fr

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