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Une reconversion malgré elle

Josiane Hertault, agricultrice à St-Nicolas-des-Bois (61) a été victime d’un accident du travail en 2010. Étant impossible pour elle de continuer à exercer son métier à plein temps, cette passionnée d’agriculture s’est reconvertie comme assistante familiale en 2011

© ED

Josiane Hertault s’est installée seule en 1995. Cette fille d’agriculteurs est une passionnée d’élevage et principalement des « bêtes à cornes ». Elle exploitait, depuis la crise de l’ESB (1996 et 2001), une ferme avec un quota de 270 000 litres de lait, une vingtaine de vaches allaitantes et sortait 70 taurillons chaque année. En 2010, suite à un accident du travail  avec une vache allaitante, Josiane Hertault se retrouve bloquée du dos. S’enchaîne alors une année galère rythmée de sciatiques, lumbagos ainsi que des traitements très lourds.

Contrainte à la reconversion
Opérée en 2011, Josiane Hertault a alors arrêté sa production de lait
et diminué sa surface agricole. Elle n’a gardé que ses vaches allaitantes. « Je ne me voyais pas arrêter complètement l’agriculture. C’est difficile de se reconvertir quand on est une agricultrice passionnée et motivée. Mais je n’ai pas eu le choix. Je ne pouvais plus travailler à plein temps sur mon exploitation, et il faut bien gagner sa vie. A 50 ans, il est important d’avoir encore des projets », explique Josiane Hertault. Cette dernière, après mûre réflexion, s’est tournée vers le métier d’assistante familiale. « J’ai toujours aimé le contact humain et aider les autres. Et je voulais aussi rester sur ma ferme, car il était impossible pour moi d’arrêter complètement mon premier travail. Le métier d’assistante familiale est compatible avec cela, alors je me suis orientée vers cette voie », déclare l’exploitante agricole.

Compatible avec l’agriculture
Devenir assistante familiale ne se fait pas du jour au lendemain. Josiane Hertault a suivi une formation de 300 heures sur deux ans. « C’était très enrichissant. Aujourd’hui, je travaille avec le Conseil départemental de l’Orne. C’est eux qui me confient des jeunes. Ce que j’aime dans ce nouveau métier c’est l’indépendance et l’autonomie que j’ai. Évidemment je dois tout de même respecter des consignes et rendre des comptes, mais j’apprécie le fait de pouvoir toujours travailler chez moi », affirme Josiane Hertault.

Aider les jeunes en souffrance
L’agricultrice accueille désormais des jeunes en difficultés chez elle. « Je peux héberger jusqu’à trois jeunes. Je m’occupe le plus souvent d’adolescents. Il est indispensable d’avoir un comportement exemplaire avec eux. Je reçois des enfants abîmés, qui n’ont plus de repères. Mon rôle est de leur redonner un cadre, les faire grandir, les rendre autonomes, les faire sortir de ce milieu défavorable,  et qu’ils retrouvent confiance en eux. Je dois toujours garder à l’esprit, et eux aussi, que je ne suis pas leur maman. Je leur donne de l’affection, mais je ne m’attache pas, sinon ça serait trop dur à chaque départ », insiste Josiane Hertault. Cette dernière reçoit également des jeunes de multiples nationalités : afghans, maliens, nigérians avec des religions différentes. « Nous jetons trop souvent la pierre aux personnes qui arrivent sur notre territoire. Il ne faut pas oublier que ces derniers subissent une guerre terrible dans leur pays », rappelle
l’assistante familiale.

Être solide psychologiquement
Comme dans l’agriculture, le métier d’assistante familiale a ses difficultés.  « A certains moments, ça peut être difficile psychologiquement. Quand les parents viennent rendre visite à leur enfant, il arrive que la rencontre soit très compliquée. Les parents peuvent avoir l’impression qu’on leur a « volé » leur enfant. Il faut avoir beaucoup de diplomatie. Et puis je ne peux parler à personne, il y a le secret professionnel, même pour mon entourage. Ma famille sait que je m’occupe d’enfants en souffrance, mais personne ne connaît leurs histoires », déclare Josiane Hertault. Être assistante familiale c’est du 24h/24 et du 7jours/7. Heureusement, quand l’agricultrice a un petit coup de mou, son exploitation n’est jamais bien loin.
« Quand on travaille avec des humains, il est important de se ressourcer auprès de la nature. Être avec mes animaux permet de me donner une bouffée d’air », assure l’agricultrice. Elle conclut : « Personne n’est à l’abri de la reconversion. Un accident peut arriver vite et bêtement, le plus souvent. Il ne faut pas en avoir honte ».

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