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International
Une soif de formation chez les paysans Cambodgiens

C’est vendredi dernier, à la veille du nouvel an Khmer (l’année du cochon), qu’AFDI (Agriculteurs Français et Développement International) a tenu son assemblée générale à Sées (61). Le Cambodge et le développement de son agriculture étaient au menu. Retour de mission pour une délégation française.

Du 1er au 11 avril, Marie-Odile Tavernier (présidente d’AFDI Basse-Normandie), Brigitte Fèvre et Jacques Picard, respectivement directrice et trésorier de l’IFOCAP (Institut de Formation des Cadres Paysans) ont sillonné le Cambodge à la découverte d’une agriculture en quête de son propre modèle de développement. Jacques Picard, acteur il y a quelques années du développement agricole bas-normand, nous apporte sa vision.Jacques Picard, peut-on faire un parallèle entre le développement agricole au Cambodge aujourd’hui et ce que vous avez encouragé il y a quelques dizaines d’années en Normandie et en France ? Globalement oui. Le Cambodge est au stade où il y a une part de population agricole et rurale très forte : environ 80 % des habitants vivent à la campagne. Un système de développement a été mis en place par le CEDAC(1) que l’on peut rapprocher des centres de vulgarisation que nous avons connus autrefois. Il repose sur la mise en place d’expérimentations techniques qu’il s’agit ensuite de démultiplier auprès d’un plus grand nombre d’agriculteurs. Ils éprouvent le besoin de s’organiser pour évoluer sur le plan technique mais aussi pour acheter et vendre. Ils ont réalisé que, groupés, on est plus fort. Les analogies avec l’époque où nous avons mis en place nos premières coopératives et nos première mutuelles ou caisses de crédits sont donc bien réelles. Quels sont les besoins prioritaires de ces agriculteurs Cambodgiens ? Ceux qu’ils ont exprimés auprès de cette mission spécifique tournent beaucoup autour de la formation. Ils souhaitent développer leur capacité à animer toutes les structures qu’ils mettent en place. Il existe au Cambodge 1 300 associations villageoises sans parler des structures intermédiaires au niveau des districts, des régions... Tout cela nécessite des cadres,qu’il faut aujourd’hui former, pour l’animation. Quels sont les freins à leur développement ? On sent poindre par exemple une difficulté foncière. Ils vivent, plus particulièrement dans le sud, sur de petites parcelles . Et quand ils transmettent à leurs enfants, ils divisent à nouveau leur outil de production. Ce qui génère une grosse inquiétude structurelle. Autre frein, j’évoquais l’insuffisance de formation mais elle ne concerne pas que les cadres. Les enfants sont scolarisés à mi-temps mais il y a encore une proportion d’illétrés assez forte parmi les agriculteurs. Enfin, la formation agricole n’existe quasiment pas à part l’Université Royale d’Agriculture et un ou deux lycées. Un de vos objectifs est donc de contribuer à la mise en place d’instituts de formation agricole ? Absolument. Nous allons les appuyer dans ce sens. A savoir la création d’un institut national mais aussi délocalisable. Ils ont d’ailleurs pris les devants en acquérant un terrain pour ce faire. Concrètement, quel sera l’apport de l’IFOCAP ? Comme AFDI suit régulièrement les activités du CEDAC et du FNN(2) , l’instance politique qui vient de se mettre en place depuis 18 mois, nous aurons des échanges plus réguliers avec eux. Nous allons désigner de part et d’autres des personnes qui vont rester en relation. Nous avons suggéré aussi la mise en place d’une commission formation au sein de la FNN qui porterait le projet des paysans. La mondialisation est un thème récurrent en France. Quelle est leur approche sur ce plan? Il y a plusieurs discours, celui des politiques et de l’administration, fiers d’être entrés dans l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce). Mais je pense que ce n’est pas la panacée universelle. Sur le plan agroalimentaire, mis à part un peu de riz (2 Mt sur 6 Mt de production), ils n’ont rien à exporter. Par ailleurs, ils ne sont pas compétitifs à cause de prix de revient élevés et ne sont pas au top au plan qualité. Je n’ai donc pas le sentiment, dans un premier temps, que leur admission à l’OMC va leur apporter beaucoup même s’il s’agit d’une forme de reconnaissance. Globalement, vous êtes plutôt optimiste quant à leur avenir ? Je suis confiant en leurs capacités. Cependant, le Cambodge n’est pas un état de droit. Attention donc ! Si leur organisation, bien structurée, apparaissait comme représentant un risque pour le pouvoir ou le parti majoritaire, ils s’exposeraient. Ils sont à un stade où ils sont reconnus. Pour la seconde années consécutive, le Ministre de l’Agriculture a participé à leur assemblée générale. C’est pourquoi nous les avons invité à rester très vigilants sur la question du rapport avec les autorités. >b>Propos recueillis par Th. Guillemot (1) : Centre de Développement Agricole Cambodgien. (2) : Farmer and Nature Net, un réseau de paysans biologiques qui regroupe 1 017 associations villageoises pour 2 500 famillesContact AFDI Basse-Normandie : 2 Avenue du Pays de Caen - Normandial 14914 Caen cedex 9 Tél. 02 31 70 88 98. Fax. 02 3170 88 92. Mail. afdi-bn@wanadoo.frParoles de paysans Canbodgiens Pêle-mêle, quelques une des réflexions de paysans responsables au sein de la FNN sur leur situation et leurs besoins en termes de formation. "- On n’a pas l’expérience de la formation des leaders... - On ne se sent pas vraiment des paysans cadres. - On manque de connaissances en raison de notre faible niveau de formation notamment en calcul et comptabilité. - Nous rencontrons des problèmes dans l’achat et la vente collective. - Nous manquons de moyens de travail, de pratique et d’innovations. - Les autorités ne sont pas très intéressées par l’agriculture. Nous avons par conséquent besoin de mieux nous faire entendre - Comme responsables, nous avons des difficultés à nous libérer du temps. - Il n’est pas facile de changer les anciennes habitudes. - Nous ne gardons pas forcément un bon souvenir du système collectiviste...
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