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Il y a quarante-trois ans
Valéry Giscard d’Estaing : « L’agriculture doit être notre pétrole »

Mercredi 2 décembre, Valéry Giscard d’Estaing, président de la République de 1974 à 1981, est décédé à l’âge de 94 ans de la Covid-19. En Basse-Normandie, VGE a notamment marqué le monde agricole et rural par sa visite à Vassy, le 16 décembre 1977. Il y a presque, jour pour jour, quarante-trois ans.

DISPARITION VALERY GISCARD D'ESTAING
La Une de L’Agriculteur normand du 22 décembre 1977.
© ARCHIVE

16 décembre 1977, Valéry Giscard d’Estaing vient en visite présidentielle dans le Calvados. Il fait un premier arrêt à Cambremer pour rencontrer les responsables locaux. Là, une centaine de jeunes agriculteurs l’attend. « On avait été à Cambremer, nous les jeunes perturbateurs, se souvient, amusé, Régis Chevallier. On n’a pas pu accéder à la mairie. C’était cocasse, mais ça s’est correctement passé. » Côté invités officiels, Jean Mouchel, président de la Chambre régionale d’agriculture et conseiller agricole de Jacques Chirac, est placé à la table du ministre de l’Agriculture, Pierre Méhaignerie. Pas question de réunir le chiraquien et le giscardien Michel d’Ornano à la table du Président. D’ailleurs, Jean Mouchel pique aujourd’hui un rappel : « Si VGE est venu dans le Calvados, c’est parce qu’un an avant Chirac était à Caen. Il fallait que Giscard vienne aussi ». C’est donc à Vassy, entre Vire et Tinchebray, que le président de la République parle au monde agricole et rural.

« C’était un événement »

Daniel Hatteville, maire de la commune voisine, est invité, « comme tous les maires du canton. J’avais l’écharpe depuis six mois. Tous les gens du coin étaient là ». L’Agriculteur normand du 22 décembre 1977 rapporte une foule de 35 000 à 50 000 personnes, une trentaine de kilomètres de bouchons. Éric Hatteville, fils de maire, 12 ans : « on était dans le carré VIP, à deux cent mètres du collège. L’armée était là depuis un mois. C’était impressionnant. C’était rare. C’était un événement ». Avant le Président, Serge Lama, Danièle Gilbert, Michel Drucker. Giscard arrive dans l’après-midi et prononce son discours, resté dans les annales. Entre deux chocs pétroliers, le chef de l’État fait de l’agriculture le « pétrole » de la France. « Ni l’Hexagone, ni même l’Europe ne sont à la dimension de nos capacités. La vocation de notre agriculture, c’est l’expansion. Il n’est pas acceptable qu’un pays comme la France dépende encore largement de l’étranger pour son alimentation », retiendra la presse. Rémy Bailhache, alors président du CRJA, voit dans ses propos une préparation « à la mise en œuvre de la PAC ». Michel Cottebrune, président de la FRSEA, se rappelle que le chef de l’État est venu « présenter sa politique agricole ».

Les femmes et les agricultrices

L’Agriculteur normand du 22 décembre 1977 rapporte aussi les propos d’Yvette Cruard, présidente de la section de la commission des agricultrices de l’Orne : « entendre parler le président de la République de la participation des femmes en agriculture et du statut juridique signifie que les travaux du syndicalisme en ce domaine ont fait leur chemin. Ce sujet a été abordé à Vassy d’une façon assez favorable. Le discours de Valéry Giscard d’Estaing permet un certain espoir ». Dans les années qui suivent, Yvette Cruard rencontre deux fois Françoise Giroud, secrétaire d’État, chargée de la condition féminine : « elle était très à l’écoute. On a fait bouger les choses, notamment sur le congé maternité des exploitantes. On a vécu une période d’avancée extrême ». En 1980, le statut de co-exploitant reconnaît le rôle des femmes sur les exploitations, jusqu’alors considérées comme sans profession. Les femmes doivent aussi à VGE le droit à l’avortement, voté en 1975, loi portée par Simone Veil, alors ministre de la Santé. Le JA de l’époque Rémy Bailhache garde de VGE « le droit de vote à 18 ans. Il était un président jeune ». Michel Hamel, ancien secrétaire général de la FDSEA 50, glisse toutefois qu’entre 1974 et 1981, « ce n’était pas une période pénible pour l’agriculture. Il y avait des hauts et des bas mais on vivait de bonnes années. On avait un revenu. La PAC arrivait. Si on était réaliste, on voyait que c’était une chance. Je salue VGE l’Européen et l’économiste. Il était un homme intelligent ».

 

Grandes ambitions pour l’agriculture
C’est sous son septennat que furent lancées les grandes interprofessions que l’on connaît aujourd’hui.
Une première étape avait été franchie, l’année précédant son arrivée en 1973 avec la création du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel). S’il ne cultivait pas la même proximité avec les agriculteurs que son grand rival, Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing a toujours affiché de grandes ambitions pour l’agriculture. Ainsi qu’en témoigne la création d’un secrétariat d’Etat à l’industrie agricole et alimentaire qui fut confié à Michel Debatisse, l’ancien président de la FNSEA, sous le gouvernement de Raymond Barre.
Un discours que l’on aimerait entendre encore aujourd’hui de la part de celui qui voyait dans l’agriculture « une chance pour la France » à condition « qu’elle soit aussi une chance pour les agriculteurs français ».
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