Viande bovine : "4 €/kg de carcasse, c'était abusé. Mais 8 €/kg c'est un peu excessif "
Avant de se rendre au Gaec des Touches, chez la famille Gouin (lire ci-dessus), les éleveurs de la section viande bovine de la FDSEA de la Manche se sont déplacés au sein des Etablissements Béchet pour échanger autour des perspectives de la filière.
Les Établissements Béchet, spécialisés dans le négoce de bétail depuis 60 ans à Saint-Georges-de-Rouelley, aux portes de Barenton, sont l'un des maillons de la filière viande bovine. Alors, les éleveurs de la section bovine de la FDSEA de la Manche sont allés rencontrer Xavier Richard, directeur, et Pierre Milon, l'un des associés. Ils ont parlé de l'avenir de la filière.
" Nous devions organiser une réunion de section à l'automne dernier. Mais en raison de la DNC (dermatose nodulaire contagieuse), il était préférable de ne pas visiter de centre d'allotement ", rappelle Emmanuel Grossin, président de la section, et éleveur à Gonneville-le-Theil, près de Cherbourg. " Nous n'aurions pas eu ce même échange car, depuis, il y a eu un retournement de marché ", déplore le responsable syndical. Effectivement, le kilo de carcasse a perdu 1 euro. Or, "le bruit circulait que le prix aurait pu franchir les 8 €/kg. Cela a ralenti le commerce car les éleveurs attendaient donc pour vendre, engraissant les animaux pour obtenir un meilleur prix", explique Emmanuel Grossin. Au final, la marge s'est réduite.
" 4 €/kg la carcasse, c'était abusé "
Le directeur de l'entreprise de négoce reconnaît que " 4 €/kg de carcasse, c'était abusé. Mais 8 €/kg c'est un peu excessif ", souligne-t-il. " Il faut un prix équilibré qui s'obtient grâce à une adéquation entre la production et la consommation ".
En quelques décennies, la consommation a évolué. " 60 % des abattages nationaux sont transformés en haché contre 38 % il y a 20 ans ", rapporte Xavier Richard. C'est sans compter le budget des ménages consacré à l'alimentation qui a baissé de 33 à 20 % depuis 1960. Les éleveurs adaptent aussi leur production au regard de l'environnement national et international ; l'instabilité n'est jamais un contexte favorable et n'encourage pas à la production. Face à ces constats, les éleveurs veulent continuer à croire en la production y compris pour les jeunes. " Il y a des perspectives au travers de la contractualisation ou encore via du financement d'installation d'ateliers. Le renouvellement en production allaitante est aussi une préoccupation. Il s'ouvre des pistes ", conclut Emmanuel Grossin.