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Calvados
viande bovine : faire durer cette période favorable

Les cours de la viande bovine ont retrouvé des couleurs. Tout ne semble pas réglé pour autant dans cette filière. Entretien avec Daniel Courval, président de la section viande bovine de la FDSEA du Calvados.

“La FNB a bien ciblé ses revendications. Si nous n’avions pas poussé en faveur de l’exportation, vous croyez vraiment que le ministre se serait mobilisé sur ce sujet ? Seuls les naïfs le croient”.
“La FNB a bien ciblé ses revendications. Si nous n’avions pas poussé en faveur de l’exportation, vous croyez vraiment que le ministre se serait mobilisé sur ce sujet ? Seuls les naïfs le croient”.
© DR
Les cours de la viande bovine flambent. Que se passe-t-il ?
Restons mesurés sur les mots. Les cours ont augmenté, c’est vrai. Les jeunes bovins se vendent aujourd’hui 60 centimes plus cher qu’il y a un an. Cela couvre enfin nos coûts de production. Mais cela peut bien durer car depuis quatre ans que nos revenus sont au plus bas, nous avons besoin d’une longue période de cours élevés pour reconstituer nos trésoreries.

Que se passe-t-il ? Il n’y a plus de viande ?
C’est un peu cela. La consommation se tient mais la production est en baisse. Ce n’est pas étonnant, cela fait des années que nous disons aux abattoirs qu’à ne pas vouloir payer le produit, on va décourager la production. C’est le cas aujourd’hui. C’est amplifié par la hausse des cours des céréales. Depuis deux ans, un certain nombre d’éleveurs ont troqué la charrue contre la stabu et cultivé des céréales plutôt qu’engraissé des animaux.

On risque la pénurie de viande ?
On n’en est pas là. Mais j’ai eu des contacts récemment avec quelques responsables de rayon boucherie et la situation est assez surprenante. On voit des rayons peu fournis. On leur demande des délais de livraisons plus longs m’ont-ils dit. Et puis, les pays émergents consomment de plus en plus. Tout cela confirme les propos de la FNB en août dernier dans le Calvados : le monde manque de viande.

L’exportation joue-t-elle un rôle ?
Bien entendu. Là aussi, nous avons eu bien raison de demander de mettre en place des outils pour doper notre exportation. Cela ne plaît pas à ceux qui tirent toujours les prix vers le bas. Ce n’est pas surprenant. On nous accuse d’assécher l’approvisionnement des abattoirs français. Mais ce n’est pas l’export qui assèche l’approvisionnement des abattoirs, c’est l’absence de rentabilité de la production. Nous l’avons dit depuis très longtemps, ces messieurs ne nous ont pas écoutés. De voir aujourd’hui le premier abatteur se trouver des convergences avec une association d’assistance aux bêtes d’abattoirs, il faut se pincer pour le croire. Cela montre à quel point nos abatteurs sont prêts à tout pour éviter de payer la viande à son prix. 

L’export de bovins vivants n’est peut-être pas la solution idéale, non ?
Ce n’est pas moi qui fixe les droits de douane à l’entrée en Turquie. S’ils sont plus élevés pour les carcasses que pour les bovins vivants, ce n’est pas de notre fait. Mais il y a un moyen simple de faire abattre ces animaux chez nous : c’est de payer la viande aux éleveurs.

Le Ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire, a donc fait du bon travail ?
C’est surtout la FNB qui a bien ciblé ses revendications. Si nous n’avions pas poussé en faveur de l’exportation, vous croyez vraiment que le ministre se serait mobilisé sur ce sujet ? Seuls les naïfs le croient.

Cela a pris beaucoup de temps…
Le syndicalisme, ce n’est pas seulement pousser un coup de gueule et rentrer chez soi, c’est un travail quotidien. Je rappelle seulement qu’il y a un an nous étions devant les abattoirs. Beaucoup étaient déçus de ce que nous avions obtenu et c’était compréhensible. D’autres nous ont regardés et se sont moqués. Aujourd’hui, tout le monde encaisse : l’export tire le marché, les jeunes bovins ont gagné plus de 60 centimes, les vaches entre 40 et 50. Tant mieux. Nos revendications ont été en grande parie satisfaites. Reste à faire durer cette bonne période.

Les problèmes sont donc résolus ?
Sur un plan conjoncturel, on pourrait le penser. Mais il ne faut pas en rester là. C’est dans ces moments de répit qu’il faut construire l’avenir. Nous savons que cet avenir passe par une meilleure organisation des producteurs et un regroupement de l’offre. Nous avons lancé une piste de réflexion pour contractualiser une partie de la production. Il s’agit de faire coup double : assurer une rentabilité à l’élevage et assurer l’approvisionnement des abattoirs. C’est une piste. Aux membres de l’interprofession de l’explorer dans l’intérêt de tous.
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