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A Villons-les-Buissons (14) : une bonne conjoncture linicole à cultiver pour faire durer

llll L’assemblée générale de la Coopérative Linière du Nord de Caen se tient demain vendredi 25 janvier, à 15 h, à la salle de réception de Villons-les-Buissons. Entretien préalable avec son président, Henri Pomikal.

Henri Pomikal : « attention à ne pas trop faire envie. Les pays de l’Est sont subventionnés pour mettre en place des linières et des teillages. Pour l’instant, c’est la nature qui régule le marché à notre place».
Henri Pomikal : « attention à ne pas trop faire envie. Les pays de l’Est sont subventionnés pour mettre en place des linières et des teillages. Pour l’instant, c’est la nature qui régule le marché à notre place».
© TG

>> Malgré une parité euro/dollar en défaveur de la Ferme France, les prix mondiaux du lin poursuivent leur lancée. Comment l’expliquez-vous ?
Pour comprendre ce phénomène, il faut regarder ce qui se passe sur la scène internationale.
Premièrement, l’outil mondial de filature ne fonctionne qu’à 60 % de sa capacité tirant ainsi les cours mondiaux vers le haut d’autant plus que les stocks de matière première dans les outils sont quasi inexistants.
Second facteur, l’arrivée d’un nouvel acteur, en l’occurrence l’Inde, qui vient marcher dans le pré carré des Chinois. Je soupçonne ainsi la Chine de surenchérir les cours mondiaux pour essayer de tuer dans l’œuf cette concurrence naissante même s’il faut y laisser quelques plumes au passage. Dernier élément, et même si la part du lin dans la fibre naturelle est passée de 1 à 0,4 %, la consommation de fibre augmente plus vite que la production.  C’est particulièrement vrai à cause de la Chine où l’on est passé en une décennie de zéro à 20 % de la consommation mondiale de produit fini.

>> Quid des récoltes 2017 et 2018 ?
Des volumes hétérogènes en 2017 et surtout des lins très difficiles à teiller se traduisant par une baisse mensuelle de mise sur le marché en volume de 15 à 20 %, phénomène national.
Pour 2018 : moins de tonnage, mais une fibre sans doute de meilleure qualité avec une surface nationale plus importante. Nous allons ainsi peut-être retrouver un équilibre entre l’offre et la demande.

>> A quelques semaines des premiers semis,  quelles sont vos consignes techniques?
Bien choisir la parcelle qui accueillera la culture en respectant la rotation tant en lin de printemps qu’en lin d’hiver.
Tout mettre en œuvre pour réussir sa récolte en adaptant son matériel de récolte (retourneuse, souleveuse et round-baller) à la surface emblavée. Rappelons que l’investissement en matériel de récolte du lin est facile à rentabiliser puisque cette culture peut représenter presque 50 % du résultat pour moins de 15 % de la sole.

>> Où en est la coopérative dans ses investissements ?
On peut dire que l’on a fait les bons choix au bon moment. Notre outil est désormais totalement opérationnel et très performant.
L’ambiance de travail est excellente et il s’est créé, autour de cet investissement, une nouvelle dynamique, un véritable esprit d’entreprise. C’est rassurant pour l’avenir et c’est dans ce contexte que le conseil d’administration a validé la création d’un troisième poste.
Nous allons donc embaucher 8 nouveaux collaborateurs avec nous l’espérons quelques femmes L’appel est lancé dans les campagnes.

>> Quels seront les points forts de votre assemblée générale ?
Au-delà du statutaire et de la remise des résultats, nous allons partager une vidéo sur la filière lin en Egypte que j’ai découverte il y a quelque temps.
Autre témoignage vidéo : celui de Céline Imart, une jeune agricultrice tarnaise de 30 ans. Après Science Po Paris, l’Essec et avoir travaillé au Chili, elle a repris la ferme familiale. Vice-présidente de JA, cela me ramène 30 ans en arrière quand j’étais au CNJA. Elle a croisé le fer sur France 2 avec Melenchon et Hulot. Son discours, que je voudrai faire passer, est décapant comme était le nôtre à l’époque avec des problématiques parfois différentes, parfois quasi identiques. Elle se dit pro-OGM et anti-ONG. On peut ne pas être d’accord avec elle, mais elle pousse au débat.

>> Dans quelle direction souhaitez-vous orienter ce débat ?
Vers les moyens à mettre en place pour une meilleure considération de notre profession. Je suis liniculteur et ce secteur va bien, mais, avant cela, je suis agriculteur. Un agriculteur passionné par mon métier mais aujourd’hui mal dans ma peau et plus particulièrement en pensant à la génération qui va nous succéder.
A ce titre, nous sommes tous victimes d’un agribashing de moins en moins supportable.
Le céréalier avec son pulvé qui empoisonne la terre, le producteur de lait avec sa vache qui troue la couche d’ozone, le producteur de porcs avec sa tonne à lisier qui pollue la nappe phréatique, le producteur de viande blanche ou rouge qui se fout du bien-être animal selon les végans... On nous pointe du doigt a tout bout de champs ou coin de rue. Je trouve que nos responsables politiques sont frileux à monter au créneau pour nous défendre et accompagner le syndicalisme agricole dans ce combat. .

>> Et par la coopération aussi ?
Nous y travaillons puisque le 16 juin prochain, nous proposerons la randonnée du lin, en VTT ou à pied, avec départ et arrivée à la coopérative. Chacun pourra admirer les parcelles en fleur et visiter l’outil de teillage.  Appréhender aussi le volet écologique de cette plante et son poids économique en France et dans notre département. Une équipe d’administrateurs, conduite par Sébastien Debieu, a accepté de relever le défi d’organiser ce rendez-vous festif et pédagogique, point de rencontre entre les urbains, les rurbains et les agriculteurs.  Notre contribution dans la lutte contre l’agribashing.

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