Aller au contenu principal
Font Size

Vitrai-sous-L’Aigle et Aube (Orne) : francs-tireurs aux pays de l’Aigle

François Carbonell et Jean-Marie Vercruysse sont amis et maires dans l’Orne. Leurs communes font partie de la Communauté de communes (CDC) des pays de l’Aigle. François Carbonell est un confrère qui a œuvré pour l’hebdomadaire L’Eure agricole en tant que rédacteur en chef. Jean-Marie Vercruysse est gérant d’exploitation dans sa commune d’Aube. Ces deux francs-tireurs, comme ils le disent, ne mâchent pas leurs mots et partagent une vision humaniste de leur mission de maire. Rencontre croisée.

© DB

> Pourriez-vous présenter vos communes ?
François Carbonell : Vitrai-sous-L’Aigle est un village de 237 habitants à 10 km de L’Aigle, qui a longtemps vécu au seul rythme de son agriculture. Aujourd’hui, il reste six sièges d’exploitation. Les habitants ont une vision plutôt résidentielle, ils ont choisi la tranquillité et un cadre de vie naturel.
Jean-Marie Vercruysse : Ancien bassin industriel, le territoire connaît les problèmes relevés lors du grand débat : éloignement des services publics, des services médicaux, moins d’enfants dans les écoles, etc. finalement, le quotidien de beaucoup d’élus. Aube, 1 300 habitants, a une quinzaine d’associations, encore neuf classes, une médiathèque, etc. Nous avons tout d’une grande commune, mais les moyens d’une petite !

>> Comment considérez-vous votre rôle de maire ?
FC : Ce n’est pas un temps plein, mais on s’y approche vraiment. Par contre, notre disponibilité est H 24. La succursale de la mairie, c’est chez moi (rires). J’aime les relations humaines, c’est pour ça que j’y suis depuis 1994. La vie d’un maire est aussi faite de nombreuses réunions, à l’échelon au-dessus, la CDC notamment, où le maire doit être présent afin d’être un acteur à part entière de la communauté.
JMV : Il faut être disponible 25h/24 pour tout le monde. C’est ça qui use. Mais c’est aussi une expérience humaine sans précédent. Depuis 2001, la mairie a façonné ma personnalité, changé, sans doute, mon regard sur les autres. Le côté humain gomme la lourdeur administrative. Il faut être à l’écoute en gardant à l’esprit cette morale : servir et non pas se servir.

>> Vous représentez-vous en mars?
FC : Oui, ce sera mon dernier mandat. Si tout va bien, l’équipe sera renouvelée pratiquement à 50 % avec des personnes déjà très impliquées et j’en suis heureux pour l’avenir de notre commune.
JMV : Je ne me représente pas, pour des raisons de santé. Je me suis rendu à l’évidence, je ne suis plus à 100%.

>> Vous siégez à la communauté de communes des pays de L’Aigle. Jean-Marie Vercruysse, vous êtes président de la commission Aménagement et territoires dans laquelle est actuellement discuté le PLUI*. Quelles orientations y apportez-vous ?
JMV : Notre logique est d’éviter la concurrence entre les communes, d’avoir une vraie démarche de groupe sans consommer de terres agricoles. Nous avons une prévision de hausse de la population pour les années à venir, mais il ne faut pas qu’elle soit captée par quelques communes seulement. En évitant la concentration, le PLUI est là pour réguler. Le risque sinon est de créer des super pôles d’un côté et des territoires vides de l’autre.
FC : La CDC a un rôle de solidarité à tous les niveaux pour que chaque habitant ait un traitement équitable sur le territoire. C’est ce que vise la future loi de non-consommation des terres agricoles. C’est un peu dommage que tout se finisse par une loi. Il aurait mieux valu anticiper et décider des règles nous-mêmes, sinon on nous les impose, comme à chaque fois.

>> Quel est votre regard sur le monde agricole ?
FC : Je suis né dans une exploitation, j’ai toujours été bercé dans l’ambiance agricole avec ses difficultés, ses espoirs. Je fais souvent  valoir autour de la table du conseil municipal que ce métier est un beau métier et qu’il faut le soutenir. À Vitrai-sous-L’Aigle, il reste six sièges d’exploitation. Je suis heureux qu’une nouvelle génération d’agriculteurs ait pris la relève. Ils sont performants et travaillent avec intelligence. Cela ne suffit pas malheureusement à rassurer la population néo rurale qui fait de l’écologie une priorité. Mais quelle écologie ? Celle qui se promène sur les réseaux sociaux et véhicule n’importe quoi ? Je crois que nous avons tous une responsabilité sur ce qui arrive aujourd’hui en matière d’environnement. Fustiger les seuls agriculteurs est simpliste et... destructeur. Par contre, je regrette que la profession agricole, dans son ensemble, n’ait pas su anticiper cette évolution. C’était pourtant à elle de le faire.
JMV : Je suis gérant d’exploitation à Aube en élevage laitier et allaitant. Nous ne sommes plus que deux dans la commune. Une liste municipale, c’est une somme d’hommes et de femmes avec des compétences, les agriculteurs en font partie. Je suis aussi président du PETR* dans lequel nous avons créé le schéma de cohérence territoriale (Scot) de 2015 à 2019. Il comprend, en plus de notre CDC, celles des vallées d’Auge-le Merlerault et d’Argentan. Il est en action depuis un an. Nous y avons inscrit, entre autres, l’objectif de favoriser le commerce local de proximité et de préserver le monde agricole pour répondre aux nouvelles attentes.

>> À titre de bilan, de quoi êtes-vous le plus fier ?
JMV : Après dix-neuf ans de mandat, je suis fier d’avoir rassemblé des gens sur un projet. J’ai l’intime conviction d’avoir, avec mes coéquipiers, respecté mes engagements.
FC : Je suis fier d’avoir participé à insuffler un état d’esprit : l’écoute, le dialogue, le partage et la bienveillance entre nous.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Agriculteur Normand.

Les plus lus

Moisson 2020 : Et si les blés redonnaient un peu d’espoir ?
Toutes les semaines, nous vous proposons de faire le point sur l’avancement des récoltes dans le Calvados, la Manche et l’Orne.…
Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture, curieux du contexte local
Julien Denormandie est venu visiter la ferme de François Rihouet à Périers (50) et écouter les demandes liées à plusieurs…
Un pick-up lin conçu par la SAMA voit le jour
L’agriculture devra se passer du glyphosate d’ici quelques années. Les producteurs de lin anticipent l’arrêt de l’herbicide,…
Requiem pour l’abattoir de Saint-Hilaire
Vendredi 10 juillet, Manuel Pringault, président du groupe Teba et patron de la société d’abattage saint-hilairien, ASH (gérante…
Julie Bléron, gendarme référente agricole cultivée sur le milieu
Julie Bléron est référente agricole de gendarmerie depuis le mois de janvier. Sa mission est de recréer du lien entre les deux…
L’hétérogénéité des orges se confirme
Toutes les semaines, nous vous proposons de faire le point sur l’avancement des récoltes dans le Calvados, la Manche et l’Orne.…
Publicité