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A voir vendredi 5 juin sur Arte à 23 h 20 : "La terre en morceaux"

Stéphane Eudier, producteur de lait et de céréales à La Hoguette (14), est l'un des témoins du documentaire de 55 minutes "La terre en morceaux" réalisé par Ariane Doublet. Une émission diffusée, demain vendredi 5 juin à 23 h 20, sur Arte.

Stéphane Eudier (à droite) en compagnie d'un collègue agriculture resté au pays : "on a quitté le boulot, on a quitté la famille, on a quitté les copains..."
Stéphane Eudier (à droite) en compagnie d'un collègue agriculture resté au pays : "on a quitté le boulot, on a quitté la famille, on a quitté les copains..."
© Capture ecran

Il était céréalier à Epouville, dans la banlieue du Havre (76), et heureux comme un paysan sur sa ferme familiale. Il est aujourd'hui producteur de lait aux portes de Falaise (14). Installé en 1997, Stéphane Eudier a été évincé de ses terres seinomarines en 2013. Le projet d'urbanisation, qui impactait 28  des 64 ha qu'il exploitait, l'a emporté.

Marqués mais pas abattus
Usés par une bataille juridique qui oppose le pot de terre au pot de fer, marqués par le traumatisme d'un déracinement à la fois géographique et social, Stéphane et Virginie ne sont cependant pas abattus. Ils ont plié mais n'ont pas rompu en rebondissant à Vesqueville, un fond de vallée de la commune de La Hoguette. Leur foi retrouvée en l'avenir s'explique peut-être par la vocation agricole exprimée par leurs enfants.
Virginie, qui travaillait à l'extérieur (elle était commerciale) et sentant le boulet de l'expulsion se rapprocher, a anticipé en posant la première ses valises en Basse-Normandie. Pendant ce temps, là-haut, en Haute, Stéphane son mari a livré bataille. "Ils voulaient négocier à l'amiable mais je ne voulais pas, ça s'est terminé au tribunal. On n'a pas été gagnant".
"Ils" ? Vous le découvrirez au cours de l'émission. "Ils" avec un "s" tout simplement parce que la spéculation foncière a de multiples visages. "On a contesté l'expulsion mais trop tard. Trois semaines hors délais mais on n'est pas des juristes. Eux, ils disposent de services spécialisés et ont accumulé beaucoup d'expérience dans le domaine", explique Virginie. Le projet de départ était surdimensionné. "Volontairement, pensent nos agriculteurs. 130 ha pour finir à 70". Histoire de dire que l'on a coupé la poire en deux et que l'on fait un pas vers l'autre. Une poignée de dizaines d'hectares qui va rejoindre des centaines d'hectares artificialisés où des lampadaires éclairent la nuit une repousse de jachère sauvage que nul n'entretient. Dans bien des cas, ces zones attendent désespérément leur première entreprise.

Pour les enfants
"On a quitté le boulot, on a quitté la famille, on a quitté les copains", lâche Virginie. Stéphane, depuis, n'est jamais retourné à Epouville, "ça me ferait trop mal". Dans leur quête d'un nouvel avenir, et donc leurs choix de vie, ils ont regardé loin devant, pensant aux générations futures. "On avait des enfants en bas âges. Nous voulions leur donner la chance de pouvoir continuer le métier". Ils ont jeté leur dévolu sur une exploitation "un peu loin de la ville mais pas trop quand même tout en veillant à ce que les terres ne soient pas mangées trop vite", s'amusent-ils. Au moment où certains commençaient à arrêter le lait, Stéphane et Virginie s'y sont mis. Sans robot et en montant en puissance progressivement. Malgré la fin des quotas, ils ne pensent pas augmenter en volume "à moins que l'on me garantisse un volume et un prix". La contractualisation rassure. Stéphane retrouve peu à peu la "patate" mais il ne cultive plus la pomme de terre comme en Seine-Matitime. Département où, dans le documentaire, les "patatiers" sont quelque peu brocardés mais, depuis, le prix de la tonne de pommes de terre s'est effondré. Il a aussi abandonné la betterave sucrière faute de quota mais a conservé le lin "dans un autre terroir".
De la Haute à la Basse-Normandie où il perd à la goulotte une quinzaine de qt/ha de blé en rendement moyen, Stéphane n'a pas changé ses méthodes culturales. Il reconnait cependant au Pays de Falaise plus de souplesse dans les fenêtres de travail du sol et de battage. Un peu moins de stress au final et des terres moins battantes. Enfin tant qu'il en restera à cultiver.

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