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ZNT : des agriculteurs zadistes malgré eux dans le Calvados ?

Le projet d’arrêté du ministère de l’Environnement peut inquiéter les agriculteurs. L’extension des ZNT (Zones Non Traitées) à 20 mètres représenterait une perte de milliers d’hectares cultivables. La FDSEA du Calvados et les Jeunes Agriculteurs ont invité des élus et des responsables de la DDTM pour une démonstration de terrain. Histoire de visualiser les conséquences sur certaines parcelles.

© VM

Lundi après-midi, des drapeaux FNSEA ont poussé dans les parcelles de Thierry Bossuyt. Placés à 20 mètres du bord des cours d’eau, des maisons d’habitation, des forêts, des fossés ou des haies (de plus de 5 mètres de large), ils délimitent une potentielle nouvelle « zone non traitée » de 20 mètres. L’agriculteur de Louvigny s’est prêté à cette petite simulation. En cause un projet d’arrêté du ministère de l’Environnement qui durcit les conditions d’utilisation des produits phytosanitaires.

Tour de champ pour un même refrain sur la productivité

Les élus locaux et les responsables de la DDTM ont effectué un petit tour de champs. Tous les agriculteurs reprennent le même refrain : attention à la perte de productivité des exploitations. La partition du ministère de l’Environnement n’est pas définitive. La FDSEA se contente de «si» et veut casser le rythme législatif et administratif. Thierry Bossuyt a donc joué de sa calculette. La première étape de ce rallye pédagogique s’effectue dans un champ qui borde l’Orne. À l’origine, l’îlot affiche une superficie de 1,89 hectare. L’agriculteur y a déjà installé une bande enherbée de 5 mètres. Le futur arrêté lui imposerait de l’étendre à 20 mètres. « On perdrait alors 11,5 % de la surface », souligne l’agriculteur. Le cas de cette parcelle n’est pas isolé. Seconde étape dans un champ de 3,88 hectares, Thierry Bossuyt y perd 40 ares. « Cela représente 10 % de la surface. Cette fois-ci, c’est à cause d’une maison d’habitation ». Le périple s’achève dans une parcelle de 3,03 ha. Là, la nouvelle ZNT ampute le potentiel de production de 48 ares, ou 16 % de la surface. « J’ai pris en compte l’Orne et un fossé », explique l’agriculteur. Ce calcul peut apparaître optimiste. Thierry Bossuyt n’a pas placé de ZNT le long d’un bassin de décantation qui jouxte le périphérique, ni près d’une haie qui semble dépasser les 5 mètres de largeur.

 

4 à 5 millions d’hectares concernés en France

L’exemple de Thierry Bossuyt n’a rien d’anecdotique. Xavier Hay, secrétaire général de la FDSEA 14, a réalisé la même étude. Le céréalier a pris le temps d’observer l’impact du potentiel arrêté sur l’ensemble de son exploitation. « Je perds 4,3 % de ma surface agricole. Chez mon voisin, c’est 3 % », indique le responsable de l’environnement de la FDSEA. L’élevage est également concerné. « Nous avons besoin de fourrages. Et les largeurs des ZNT sont inexploitables, même pour y mettre des animaux », rappelle Philippe Marie, responsable lait.  Au plan national, la FNSEA estime que ces terres remises en herbe pourraient atteindre 4 à 5 millions d’hectares. Cette surface représente 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires. L’économie française a-t-elle les moyens de cette non-production ?

Des conséquences sur l’emploi

« Nous ne sommes pas dans une logique de menace. Cependant, nos décideurs doivent comprendre les conséquences sur le tissu économique et social », fustige Patrice Lepainteur, président de la FDSEA 14. Les voisins européens ne s’embarrassent pas de règles aussi restrictives. Yves Julien, président de la coopérative de Creully, pointe les distorsions de concurrence sociales et environnementales. « Nous avions un marché de féveroles destinées à l’alimentation humaine en Égypte. Avec l’arrêt d’un produit insecticide en France, atteindre la qualité suffisante devient très difficile. Les Égyptiens continuent d’acheter leurs féveroles ailleurs ». Par exemple en Angleterre...

Aux élus : « mesurez les conséquences »

Si les agriculteurs comprennent la justification des bandes enherbées, ils rejettent vivement le projet de ZNT étendue. « Nous ne voulons pas maintenir des méthodes que nous saurions dangereuses. Nous sommes d’ailleurs rassurés de n’utiliser des produits dont la mise en marché a été validée par l’ANSES*, un organisme indépendant. Là,aucune étude ne justifie une nouvelle réglementation. Je dis donc aux élus : mesurez les conséquences ». La Chambre d’agriculture, par l’intermédiaire de Robert de Formigny, suit la démarche de la FDSEA. Pour être entendu, le syndicat a joué la carte du dialogue. « Même si cet arrêté pourrait engendrer des réactions épidermiques, je pense que notre pays a besoin de relations apaisées », souligne Patrice Lepainteur.   *Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

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