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Brexit
Bye bye England et à tantôt

Depuis le 1er janvier 2021, la rupture entre le Royaume-Uni et l’Union européenne est prononcée. Retenant leur souffle depuis quatre ans, les acteurs économiques ont accueilli avec soulagement l’accord signé le 24 décembre. Deux ministres se sont déplacés en Normandie début janvier pour appréhender la réalité de cette nouvelle situation sur le terrain. 4 920 entreprises normandes commercent avec les Britanniques. 18% des exportations normandes vers le Royaume-Uni sont des produits agroalimentaires. Le pays est dans le top 3 des clients de la région Normandie et son septième fournisseur. A Granville, 110 bateaux pêchent dans les eaux anglo-normandes. Enfin, 9 000 Britanniques vivent en Normandie. La rédaction a pris le pouls des secteurs concernés par ces changements.

Sur le port de Ouistreham, contrôle d’un camion par la douane début janvier 2021. Quatre aubettes et de nouveaux parkings ont été aménagés par la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), gestionnaire du port, pour assurer les contrôles.
© DB

LAIT : un divorce déjà bien entamé

« On restera ». Pour Daniel Delahaye, directeur de la coopérative Isigny-Sainte Mère,c’est une évidence, malgré les pertes sur le marché britannique (- 40%) depuis trois ans. Le Royaume-Uni représente 8% de ses exportations en frais. Face au ministre de l’Agriculture Julien Denormandie, mardi 5 janvier 2021, le directeur explique cette baisse : « la forte dévaluation de la Livre sterling,la hausse des prix de vente et un déréférencement par les enseignes outre-Manche qui ont tendance à remplacer par des produits autochtones ». Pour les entreprises qui commercent avec l’Angleterre, « le divorce est déjà consommé depuis quelques temps », ironise Daniel Delahaye,mais « aujourd’hui,on sait où on va ». La coopérative a évalué le coût des nouvelles règles de transit,« côté français,entre 20 et 40 cts, côté anglais, 60 à 80 cts», un euro voire plus sur le produit.« Sur les petits clients avec des petits volumes,ça représente 10%, soit une hausse de 15% prix consommateur ». Sans compter la perte de temps occasionnée par ces nouvelles formalités, « une heure de chaque côté », estime le directeur.

POMMES : one apple a day pour garder le moral

Une semaine après le rétablissement de la frontière, Jean-Luc Duval, responsable de la branche cidre d’Agrial, souffle : « je suis content qu’il y ait un accord. Le no deal aurait été la pire situation ». Agrial exporte vers le Royaume-Uni 2 000 à 3 000 tonnes de concentrés de pommes, pour la production du cider. « Nous n’avons pas de taxes à l’entrée du territoire anglais. Le concentré n’est pas un produit frais, il peut passer deux jours à la douane », relativise Jean-Luc Duval. Mais force est quand même de constater que « les relations se compliquent ». Ajoutez à cela la pandémie de la Covid-19 et sa nouvelle variante qui sévissent outre- Manche et « c’est le flou. Le moral et l’économie britanniques sont bons, la population consomme. Mais le reconfinement total n’est pas une bonne chose. Si l’économie et la situation sanitaire sont sinistrées, cela deviendra problématique. Dans les affaires, l’incertitude n’est jamais bonne ». Didier Bédu,directeur général du Château du Breuil, où est produit du calvados Pays d’Auge, « ne panique pas. Nous exportons dans le monde entier, nous savons remplir les formulaires et les déclarations. » L’entreprise craint en revanche une « dévaluation de la Livre sterling, car nous facturons en euros. Mais le commerce vers le Royaume-Uni pèse pour 50 000 euros sur 4 millions d’euros de chiffre d’affaires. Si l’export vers l’Angleterre baisse, ce ne sera pas la catastrophe ».

LEGUMES : go salades

Bernard Guillard, président de l’OP de légumes Agrial, fait le point sur le marché : « nous exportons principalement deux espèces de salades via Florette. La première, la chicorée frisée, d’avril à novembre, pour un volume de 2 000 t. La seconde, la trévise, part en sachets pour un volume compris entre 2 et 3 000 t ». Bernard Guillard anticipe, avec le retour de la frontière, des passages de camions contraints par des temps d’attente plus longs. « S’il faut compter deux journées de transport au lieu d’une, le coût va augmenter. Mais, entre le coût réel, celui accepté par le client et celui facturé, je ne peux pas dire pour le moment de combien sera le surcoût. L’organisation des pas-sages aux frontières sera la clef. On observe et on espère que les Anglais n’arrêteront pas de manger de la salade. Florette est aussi bien établie en Angleterre et produit là- bas. » Si Bernard Guillard apprécie pouvoir « y voir plus clair » grâce à l’accord conclu entre Londres et Bruxelles, il constate surtout que la « grande dif culté reste la Covid-19, la fermeture de la restauration hors domicile. Nous sommes sortis du flou pour le Brexit, mais nous restons vigilants pour maintenir nos affaires avec le Royaume-Uni ».

BOVINS VIVANTS : statu quo

Le Royaume-Uni est le 22e pays vers lequel la France exporte des bovins vivants. Ce commerce représente « 0,01 % des parts de marchés nationales en 2019, soit 114 bovins », chiffre Chloé Serre, directrice d’Interbev Normandie. Le rétablissement de la frontière avec les Britanniques ne devrait pas changer grand-chose. Patrick Herman,marchand de bestiaux à Condé-sur-Vire (50), reconnaît ne pas vendre d’animaux en Angleterre. En revanche, il achète près de 500 laitières allemandes qu’il exporte au Royaume-Uni. À date du 7 janvier, il constate que « c’est surtout le virus » qui bloque les échanges. « Nous ne sommes pas sûrs que les chauffeurs puissent entrer en Angleterre.

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