Rencontre avec la section des agricultrices de la FDSEA du Calvados
Être agricultrice en 2026, c'est être partout à la fois
La section des agricultrices du Calvados (FDSEA) a organisé son 1er événement "Viens me raconter ça au déjeuner", mardi 16 juin 2026 à l'antenne de Vire de la Chambre d'agriculture. Un temps convivial rappelant le difficile équilibre à trouver entre sphère professionnelle & familiale.
La section des agricultrices du Calvados (FDSEA) a organisé son 1er événement "Viens me raconter ça au déjeuner", mardi 16 juin 2026 à l'antenne de Vire de la Chambre d'agriculture. Un temps convivial rappelant le difficile équilibre à trouver entre sphère professionnelle & familiale.
Toutes avaient le sourire aux lèvres, malgré des quotidiens bien chargés. Et toutes ont en commun un point essentiel - et souvent partagé au sein du milieu agricole - : l'engagement. Mardi 16 juin, une quinzaine de femmes agricultrices s'est retrouvée à l'antenne de Vire de la Chambre d'agriculture du Calvados, à l'initiative de la section des agricultrices de la FDSEA du Calvados.
Sa présidente, Nathalie Lepelletier (exploitante dans le Bessin), explique : "Nous avons déjà organisé plusieurs réunions thématiques (formation extincteurs, rencontre avec la MSA, marche solidaire pour octobre rose), mais l'idée cette fois était de réunir sans thème précis, juste pour échanger en proximité."
Lire aussi : Section des agricultrices : "Viens me raconter ça au déjeuner !"
"Pas d'homme, pas de bière ?"
"Les groupes d'hommes sont trop techniques", déplore Florence. "On ne va pas faire que papoter, mais ça va être plus cool", concède Nathalie. "Pas d'homme, pas de bière ?", rétorque Clémentine.
C'est la première fois que la section engage des déjeuners multi-secteurs. Le premier rendez-vous s'ouvre dans le Bocage virois, mais l'envie est départementale. "Nous allons faire pareil dans toutes les régions naturelles du Calvados", commente Nathalie Lepelletier.
Dès septembre 2026, les échanges se poursuivront tour à tour dans le Bessin, le Pays d'Auge, la plaine et la plaine sud du territoire.
"Le fait de pouvoir parler à d'autres femmes agricultrices, c'est un défouloir. On se comprend tout de suite", remarque Karine Hellouin.
Cuisinières ou pas
Parmi les sujets les plus discutés ce jour-là, la charge mentale est en haut de la pile. Entre les plus jeunes et les moins jeunes, le manque de temps et la nécessité d'être polyvalente sont au cœur des échanges.
Comment conjuguer son emploi du temps de jeune entrepreneuse et de jeune maman avec des enfants en bas âge ? Comment faire face au quotidien lorsqu'il faut faire la cuisine à son mari et aux enfants tandis qu'un commercial passe par là à 11 h 30 et ce, tous les jours de l'année ?
Lire aussi : Les agricultrices du Calvados échangent avec le national le temps d'une soirée
Des sujets en apparence peu techniques pour certains et pourtant si connectés avec la réalité du métier et à ne pas occulter. Pour Karine Hellouin, installée depuis deux ans avec son frère, la limite a été posée d'entrée de jeu : "On a installé une salle de repos et cuisine aménagée sur site pour nos salariés. Il était hors de question que je fasse à manger à tout le monde sous prétexte que j'étais la femme sur l'exploitation".
Patronnes
Nombreuses sont celles qui se sont reconverties : ancienne comptable, cheffe de projet en collectivité locale, ancienne salariée de l'industrie agroalimentaire... Et, face à une nouvelle génération et une main-d'œuvre moins évidente à recruter, toutes cherchent le meilleur compromis.
Pour Clémentine Mouchel, céréalière et trentenaire, difficile de "prendre sa place en tant que patronne. J'ai la sensation de devoir me justifier pour tout". "L'adaptation, c'est dans les deux sens", rétorque Delphine Bisson, agricultrice dans la plaine de Falaise.
Lire aussi : Clémentine Mouchel mise sur les pains fermiers dans le Calvados
Pour Sophie Leconte, éleveuse dans le secteur, c'est la perspective d'accueillir son fils dans le Gaec et de faire la part des choses entre son rôle de maman et de patronne qui interroge. "Il faut poser des limites", lui entonnent-elles.
Citoyennes
L'hypersollicitation s'exerce aussi dans le cadre administratif et de gestion. "J'ai parfois l'impression d'être le pompier de service. [...] On a le syndrome de la superwoman. On est vraiment l'intendante et tout passe par nous. C'est tellement ancré qu'on finit par en être victime", résume Delphine Bisson.
Une sensation accentuée par leurs engagements multiples, car toutes sont déléguées MSA ou investies dans leur municipalité, coopérative... "Certes, on a un travail flexible, mais les journées ne font que 24 heures. C'est parfois difficile de tout gérer", accorde Sophie Leconte.
Ce partage d'expérience a été jugé bénéfique pour les membres du groupe. "Cela permet de créer du lien et de rencontrer du monde", remercie Clémentine Mouchel. "Il ne faut pas se retrouver seule face à ces problèmes", acquiesce Nathalie Lepelletier qui espère voir le groupe grandir au fil des déjeuners.
Lire aussi : [EN IMAGES] Renouvellement de générations : " On aura besoin des femmes"