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Granville Terre et Mer : « Se doter d’un vrai projet alimentaire »

Depuis le 15 juillet 2020, Stéphane Sorre, maire d’Yquelon a été élu à la tête de Granville Terre et Mer (GTM). Il livre sa vision de l’agriculture sur un territoire tourné vers la mer et où la pression foncière sur le littoral est prégnante.  Rencontre.

Stéphane Sorre, président de Granville Terre et Mer (à droite) et Jérémy Durier, conseiller délégué aux soutiens des filières agricoles et équines
Stéphane Sorre, président de Granville Terre et Mer (à droite) travaille entre autres sur le PAT avec Jérémy Durier, conseiller délégué aux soutiens des filières agricoles et équines. DR
© DR

La dimension agricole sur GTM

« On ne peut pas ignorer la dimension agricole. Si le territoire se caractérise par une bande littorale, il y a également une partie rurale où différentes formes d’agricultures y sont développées. Sur les 32 communes, toutes ont des terres agricoles y compris à Granville. A Yquelon, il n’y a plus de siège d’exploitation. C’est la seule. On a un territoire qui ne peut pas être regardé comme exclusivement urbain, ou industriel, ou commercial.  C’est un territoire pleinement agricole », débute Stéphane Sorre. « Et c’est ici qu’il y a le plus de créations de petites exploitations en bio, de transformation dans la Manche. Il y a une réelle attractivité. On peut s’y installer sur des petites parcelles. Reste la difficulté de trouver des terres », ajoute Jérémy Durier, conseiller délégué aux soutiens des filières agricoles et équines.

La pression foncière, une réalité  

La pression foncière existe sur le Granvillais, et notamment au sud de Granville. C’est moins le cas dans les campagnes. Pour autant, la consommation de terres agricoles doit être respectueuse et adaptée aux besoins réels. « Il manque de la place pour les entreprises », avance Jérémy Durier. Alors, Stéphane Sorre ne s’interdit pas aujourd’hui de reconvertir des espaces réservés aux activités artisanales à une destination agricole quand les ZA peinent à trouver preneur. C’est le cas de la ZA de La Haye-Pesnel. Et au contraire, des zones devront être développées comme le Theil sur Saint-Planchers, « en regardant de près les compensations accordées aux exploitants », prévient le président. D’ailleurs, la Safer et la Chambre d’agriculture avaient travaillé avec la collectivité sur le sujet des compensations. Un sujet qui reste très difficile à répondre et à résoudre, et qui présente « un véritable enjeu sociétal ». L’aménagement de la 2 x 2 voies ou plutôt la suspension du projet en est l’illustration. Le conseiller délégué y voit un espoir. « Cela va libérer les pressions sur le territoire », espère-t-il.  
Désormais, la collectivité planche sur le PLUI (plan local d’urbanisme intercommunal), mais qui devra être compatible au Scot (schéma de cohérence territorial) réalisé à l’échelle du sud Manche. Ce dernier devrait être révisé pour 2023, suivra le PLUI pour 2024/2025. Un document qui devra porter « une vision globale sur les 32 communes ». Ce qui signifiera que chacune d’entre elles ne pourra pas avoir son lotissement, sa zone d’activités… Ce qui fait référence au PLUI de Saint-Hilaire-du-Harcouët, retoqué en février en raison de la consommation d’espaces.« C’est bien dans les esprits », assure Stéphane Sorre.

L’espace « test » agricole, une réponse aux porteurs de projets

C’est l’exemple à La Lucerne-d’Outremer, où un jeune, Alexandre Gorguet venu du Nord, peut débuter son activité de maraichage sur 4,5 ha. Il sera accompagné pendant trois ans avant de prendre son envol. Si le bail rural est signé avec la commune, GTM a fait l’acquisition du matériel. Pour le président, il s’agit de « participer à l’installation de jeunes de manière progressive et au renouvellement des générations. » Cet espace test « a toute sa raison d’être. Il est sécurisant et motivant. Il offre un délai suffisant pour tester son activité ». Et pour la collectivité qui consacre 118 000 €HT, « ce n’est pas un investissement à fonds perdus », ajoute-t-il. Certaines communes ont acheté du terrain et sont à l’écoute de porteurs de projets, insuffisante pour une installation de polyculture élevage, mais pas pour des activités de maraichage, horticole… « Les jeunes qui ont des projets peuvent s’adresser aux collectivités », note Jérémy Durier.

PAT : un projet majeur du mandat

« Ce mandat doit permettre au territoire de se doter d’un vrai projet alimentaire », prévient Stéphane Sorre, pour qui le PAT reste « un projet majeur de la mandature ». Si la réflexion a été lancée par l’ancienne mandature, le diagnostic est en cours d’achèvement. Pas moins de 350 habitants y ont répondu. Une première réunion a eu lieu le 10 mars. Le comité de pilotage réunira une quinzaine de personnes (élus et socioprofessionnels). S’engagera une « véritable concertation » au travers de sept ateliers thématiques (économie alimentaire, éducation alimentaire, accessibilité sociale et santé, foncier agricole, culture et gastronomie, environnement et restauration collective et scolaire), adossés à des visites de terrain et des vidéos. « On ne veut pas le faire tout seul dans notre coin. Cela n’aurait pas de sens », assure le président. « Nourrir a du sens. C’est une valeur essentielle et certainement un atout de cette crise sanitaire », poursuit-il. A l’issue de ces ateliers, il y aura une restitution à l’automne. Suivra le plan d’actions. Mais d’ores et déjà des projets émergent comme une légumerie, une conserverie. Avec ce PAT, « on n’est pas dans le slogan, mais dans la réalité des circuits courts », conclut-il.

Des échanges avec la profession agricole

Avec la Chambre d’agriculture, le lien existe. Des opérations ont été conduites en partenariat notamment pour la plantation d’arbres. Plus de 18 445 plants ont été remis depuis le début de l’opération. Mais ce n’est pas le seul sujet. « Le volet agricole reste un pilier des activités économiques du territoire. Que nous soyons associés est important pour nous, surtout sur un territoire où des pressions sont importantes, des compensations sont nécessaires, il faut des échanges », souligne le président. Avec la FDSEA, la rencontre n’a pas encore eu lieu en raison notamment de la crise sanitaire. Mais « j’ai été avisé de la nouvelle organisation syndicale calquée aux EPCI. Si j’ai été surpris au départ, cela permet d’avoir un interlocuteur, et facilite les échanges », conclut-il.

 

Les élus de Granville Terre et Mer
Alain Navarret : 6e vice-président à l’environnement, l’eau et assainissement (maire de La Haye-Pesnel)
Hervé Bougon : 8e vice-président à l’aménagement du territoire et à la planification et urbanisme (maire de Bricqueville-sur-Mer)
Didier Leguélinel : 12e vice-président à la transition écologique et au PCAET, Gemapi (conseiller municipal de Granville)
Sophie Julien-Farcis : 2e conseillère déléguée à la transition écologique, au projet alimentaire territorial (maire de Champeaux)
Jérémy Durier : 3e conseiller délégué au développement économique, au soutien aux filières agricole/pêche/équine, projet alimentaire territorial (conseiller municipal de Saint-Pair-sur-Mer)
En chiffres
32 communes, 46340 habitants
60 élus communautaires dont 3 élus agriculteurs, 4 retraités agricoles
26 700 ha de superficie et 42 km de littoral préservé
17 411 hectares de surfaces agricoles utilisés, soit 65 % du territoire de GTM
300 exploitations agricoles
50 exploitations agricoles engagées dans une démarche de circuits courts
27 exploitations agricoles en agriculture bio et 2 en conversion.
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