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Viande bovine
Il suffirait de quelques dizaines de centimes par kg de carcasse

La filière viande bovine est en plein marasme. Témoignage sous la stabulation de Fabienne et Bertrand, à St-Gervais-du-Perron dans l’Orne, qui souhaitaient réagir suite à la parution d’une note de conjoncture officielle (source ministère de l’Agriculture) dans nos colonnes.

Gaec de la Fosse Louvière 61
Fabienne, Bertrand, Kevin et leur petite fille : 3 générations de Lurson qui aimeraient encore croire à l’avenir de l’élevage en particulier et à celui de l’agriculture en général.
© TG

« 4 euros il y a 2 ans. 3,80 euros l’an dernier. 3,60 euros cette année. Calculez : 40 cts de moins sur un taurillon Charolais de 450 kg. C’est plus que la marge et, en face, les charges augmentent. On tape dans la trésorerie ». Au Gaec de la Fosse Louvière à St-Gervais-du-Perron (61), Fabienne et Bertrand Lurson font leurs mauvais comptes.
Alors, quand ils lisent dans l’Agriculteur Normand (page 4 du 26 novembre dernier-source Agreste) que « les cours de la viande marquent une stabilité pour les vaches viande et lait et une légère diminution pour les autres. Ils demeurent au-dessus de ceux de 2019, excepté pour les jeunes bovins. Les cours se maintiennent à un bon niveau sous l’effet d’une consommation de viande bovine dynamique », ils prennent leur téléphone et appellent la rédaction pour expliquer que, sous la stabulation ou dans les herbages, le ressenti n’est pas tout à fait le même. Alors rendez-vous est pris.


Du lait à la viande

Fabienne et Bertrand se sont installés le 1er janvier 1993 sur 40 ha avec un quota laitier de 205 000 litres. En 2001, un troisième associé vient se greffer au Gaec. Il y restera 10 ans. A son départ et suite à la crise laitière, le couple décide de changer son fusil d’épaule. Au revoir le lait et bonjour la viande bovine. L’exploitation comptabilise aujourd’hui 110 vaches allaitantes Charolaises et 200 taurillons sur 270 ha dont 150 ha de cultures (colza, maïs, blé et orge). « Ce ne sont pas les mêmes contraintes en terme de charge de travail avec l’arrêt de la traite par exemple, apprécie Fabienne, mais ce ne sont pas non plus les mêmes rentrées d’argent ».
Et Bertrand d’aligner ses chiffres en toute transparence : « l’achat du broutard à 950 euros plus 600 euros de nourriture. En face : 450 kg x 3,60 euros soit 1 620 euros. Ça nous fait moins de 100 euros de marge par animal. L’agriculture est sacrifiée », lâche-t-il.
« Et encore, le broutard, on le paye 150 euros de moins que l’an dernier mais à ce rythme, il n’y aura bientôt plus de naisseurs », craint-il.

L’alimentation prix d’appel

Alors à qui la faute ? Fabienne et Bertrand ne tapent pas sur la coopération puisqu’ils ne travaillent qu’avec des privés. « Trois marchands qui ne se battent pas pour avoir des animaux ». Mais de pointer du doigt la grande distribution qui se sert de l’alimentation comme prix d’appel. « 8,50 euros le rôti de bœuf, ce n’est pas sérieux. A côté, ils vendent des téléphones portables sur lesquels il se refont la cerise ».
Et pourtant, il ne manque pas forcément énormément. « 40 cts pour assurer le coup mais il ne faut surtout pas perdre un broutard dans le lot », estime Bertrand. « A l’heure actuelle, nous peinons à sortir un salaire à Kevin (ndrl : leur fils qui aimerait s’installer). Pas étonnant que beaucoup de femmes d’agriculteurs travaillent à l’extérieur », enchaine Fabienne. « Quand les vaches laitières sont parties, j’ai pleuré, avoue notre éleveur. Aujourd’hui, on travaille plus pour gagner moins.»
Et pourtant, pas de folie à la Fosse Louvière, seulement 3 tracteurs dont un affiche plus de 10 000 heures et l’autre plus de 5 000. Mais au fait, demain c’est Noël. Alors, au pied du sapin, quelques dizaines de centimes supplémentaires par kg de carcasse ?

Le broutard en pleine crise : la FNB en colère
« L’ambition partagée entre les éleveurs et le Gouvernement de mettre le “collectif” de la filière au service de la recherche de valeur pour les éleveurs n’a pas été concrétisée », a déclaré la Fédération nationale bovine, le 11 décembre. Elle dénonce un déséquilibre du marché au sein même de l’Union européenne. En effet, depuis la mi-juillet, « le prix du broutard a perdu 42 centimes, ce qui représente environ 150 euros par broutard... soit une perte de 30 % de leur revenu annuel, déjà extrêmement bas », s’inquiète la FNSEA. Or c’est vers le marché italien, assez dynamique, que ces animaux sont exportés. Là-bas, le prix du jeune bovin (JB) italien produit à partir du broutard français a augmenté de huit centimes entre juillet et novembre. Dans le même temps, « le JB français est vendu à un prix situé un euro du kilogramme en-dessous du coût de production des éleveurs, soit un manque à gagner de 450 euros par animal », s’insurgent les représentants des éleveurs qui constatent que « toute la voie mâle française est aujourd’hui à l’agonie ».
C’est pourquoi la FNB a décidé «d’encourager les éleveurs à reprendre la main sur la commercialisation de leurs animaux, en contournant ainsi les opérateurs qui n’ont pas encore pris conscience que sans producteurs ils étaient, eux aussi, destinés à disparaître ».
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