Questions à Guillaume Férey, secrétaire général de la FDSEA du Calvados
[INTERVIEW] FDSEA : "Nous contestons le classement du Bassin versant de la Touques en zones vulnérables"
L'arrêté préfectoral a été rendu : le bassin versant de la Touques vient d'être classé en zones vulnérables nitrates. Le Pays d'Auge est soumis aux programmes d'actions régionaux de protection des eaux contre la pollution par les nitrates. La FDSEA et le monde agricole réagissent.
Quelle est votre réaction face à cet arrêté ?
C'est une décision injuste et nous la contestons. L'État a signé le 31 août l'arrêté qui désigne les nouvelles zones vulnérables du bassin Seine-Normandie, avec application depuis le 1er septembre. Il classe ce territoire malgré nos alertes et malgré une opposition qui n'a jamais faibli.
Pourquoi ce classement est-il injustifié selon vous ?
Un seul chiffre a suffi. Un dépassement ponctuel, sur une seule campagne de mesure, sans qu'aucune évolution de fond ne soit constatée par rapport à la précédente période. Les points de contrôle du bassin versant de la Touques n'ont montré aucune dégradation structurelle. On classe un territoire sur un pic isolé, pas sur une pollution avérée et durable.
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La Commission régionale de l'économie agricole et du monde rural (COREAMR) avait émis un avis favorable en mai dernier déjà. La profession a-t-elle été consultée ?
Attention à ne pas déformer les choses : le COREAMR est une instance qui réunit plusieurs collèges, pas seulement la profession agricole. Que cette commission ait rendu un avis sur le projet ne signifie en aucun cas que les agriculteurs étaient d'accord. Nos représentants n'ont jamais donné leur feu vert, c'est même tout l'inverse : la motion votée à l'unanimité en Chambre d'agriculture le 19 juin 2026 exprimait déjà notre opposition formelle, réitérée en session le 24 septembre [une motion a été votée, sur proposition de la FDSEA et des JA du Calvados N.D.L.R].
Quelles sont les obligations imposées aux exploitants par ce classement ?
Depuis le 1er septembre, le programme d'actions nitrates s'applique de plein droit : plafonds d'azote, calendriers d'épandage imposés, couverture hivernale obligatoire des sols, bandes tampons le long des cours d'eau, mise aux normes des capacités de stockage des effluents... Des charges lourdes, immédiates, sur la base d'un dossier mal fondé.
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La décision est signée. Quels sont les recours possibles ?
Cela ne change rien à notre détermination. Un arrêté préfectoral peut être attaqué. On étudie un recours gracieux auprès du préfet coordonnateur de bassin pour demander le retrait de l'extension du classement en zones vulnérables du bassin versant de la Touques, et un recours contentieux devant le tribunal administratif, si nécessaire.
On ne laisse pas passer une décision bâtie sur un dossier aussi fragile, imposée sans l'accord de la profession.
Un message pour les exploitants concernés ?
On n'abandonne pas le dossier parce qu'il est signé. Le combat continue, sur le terrain juridique. Et on continuera de rappeler que cette décision a été prise contre l'avis de la profession agricole, sans elle.