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La repousse des broutards : une opportunité pour les naisseurs mais pas à n’importe quelles conditions

La production de broutards alourdis, classique dans les zones allaitantes habituées à produire des animaux lourds pour les engraisseurs notamment italiens, tend à se développer en Normandie.

L’idée est de produire des broutards de 400 kg et plus, âgés de 9 ou 10 mois, pour les engraisseurs qui souhaitent des animaux mieux préparés à l’engraissement et veulent limiter le temps de présence des taurillons dans leur atelier. Pour les naisseurs, alourdir les broutards permet d’augmenter la valeur ajoutée. Si le naisseur dispose de places, de fourrage de qualité, de trésorerie et d’un bon potentiel de croissance, la question mérite d’être étudiée.

D’abord de bonnes performances des veaux sous la mère
Les kilos les moins coûteux à produire sont ceux que prennent les veaux sous leur mère. La conduite alimentaire des mères et le potentiel génétique de celles-ci : potentiel laitier et de croissance, sont les deux premiers leviers pour produire lourds au sevrage tout en limitant les coûts alimentaires. Une bonne gestion du pâturage, et plus globalement du système fourrager permet de sevrer des veaux pour la vente de 300 à 350 kg, avec peu de concentré dans les nourrisseurs. Il faut pour cela que l’herbe disponible soit de qualité et limiter la consommation de concentré : prairies à flore riche, pâturage tournant, séparation des veaux mâles des veaux femelles pour lesquelles la complémentation n’est pas nécessaire si vêlage 33-36 mois... Une consommation excessive de concentré par les broutards (supérieure à 1kg d’aliment par jour pour 100 kg de poids vif) traduit un manque d’herbe de qualité. Si la consommation de concentré par les broutards est supérieure à 1,5 kg pour 100 kg de poids vif, il est préférable d’opter pour des concentrés à forte teneur en fibre et cellulose et d’anticiper le sevrage.
Pour produire plus lourd en vue d’éventuellement retarder la vente de 2 ou 3 mois, il est nécessaire, une fois le veau sevré, d’envisager une ration riche en énergie pour assurer des croissances de l’ordre de 1 300 à 1 500 g par jour. 1 500 g/j est un objectif maximum, au-delà duquel les croissances en atelier d’engraissement pourraient être pénalisées.

Des rations énergétiques qui nécessitent un niveau élevé de complémentation
A l’herbe, une fois le veau sevré, il est nécessaire de maintenir une complémentation rationnée. Selon la pousse de l’herbe et le poids du veau, 2 à 5 kg de concentré sont nécessaires pour atteindre les croissances souhaitées. Si le concentré est distribué à volonté, il est recommandé que celui-ci soit riche en cellulose (12 % minimum) avec une valeur alimentaire ne dépassant pas 0,85 à 0,90 UFV au kg et une valeur protéique de l’ordre de 16% MAT pour 100 à 110 g de PDI par UFV. Cela nécessite d’utiliser par exemple de la pulpe de betterave déshydratée, de la luzerne déshydratée ou du tourteau de tournesol en substitution d’une partie des céréales et tourteaux classiquement utilisés.
En dehors de la période de pâturage, la ration devra couvrir les besoins de croissance du broutard. Pour 1 400 g de croissance par jour, une ration à base de foin de qualité sera complémentée de 4 à 5 kg de concentré. Dans les systèmes intégrant du maïs, 9 à 10 kg brut de maïs fourrage pourront être quotidiennement distribués et complémentés par 3 kg de concentré. Ces exemples de ration conduisent à un coût alimentaire de l’ordre de 1,30 à 1,40 € par jour en bâtiment et moindre en pâture.
Si l’objectif de l’alourdissement est de gagner 50 kg de poids vifs en 40 jours, la valeur ajoutée récupérée doit, pour rémunérer le travail supplémentaire, plus que compenser les coûts alimentaires et autres coûts inhérents au maintien des broutards sur plusieurs semaines supplémentaires : frais d’élevage, risques sanitaires, trésorerie...

Plutôt recommandé pour des vêlages fin d’été, début d’automne
Pour s’en assurer, il est possible de regarder l’évolution moyenne des cotations des broutards selon le poids et la période de vente. Plus les broutards sont lourds moins ils sont chers au kg, mais quelques soit le poids, les variations saisonnières des prix sont comparables. (voir graphique)
Le prix des broutards, toutes catégories confondues, a plutôt tendance à monter sur le premier semestre, le point culminant se situant entre mai et juillet, et à baisser sur le second semestre pour atteindre le point le plus bas en novembre ou décembre. En théorie il est donc préférable de « repousser » les broutards pour une vente au plus cher, cela correspond à des broutards nés en fin d’été ou automne et vendus printemps/début d’été. La plus-value pour 50 kg vif supplémentaires peut être alors de 100 à 150 € selon les variations de prix sur la période de repousse. Cet alourdissement peut aussi se faire en partie à l’herbe et donc à moindre coût. A contrario, alourdir des broutards nés en début d’année, conduit à retarder la vente sur la toute fin d’année et donc à les garder sur une période où les cours sont tendanciellement à la baisse et les rations parfois plus coûteuses si les conditions de pâture sont dégradées. Le risque est alors que la plus-value recherchée soit en partie entamée par l’orientation défavorable des prix et le coût de la ration. Effectivement, la plus-value attendue est peut être de  60 à 100 € pour 50 kg de croît et donc de l’ordre du surcoût de la repousse.
Enfin, pour vendre au mieux ces broutards, il est nécessaire d’apporter toutes les garanties sanitaires demandées par le marché français ou d’export. Cela nécessite de mettre en place sur l’élevage naisseur, un protocole de vaccination et déparasitage visant à faciliter l’adaptation des broutards à un régime d’engraissement et à prévenir les problèmes sanitaires chez l’engraisseur.

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