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Lait
L’Irlande, une filière laitière qui a le sourire

C’est une image rafraichissante qu’un groupe de responsables bas-normands a rapporté d’un récent déplacement en Irlande. La petite île britannique témoigne d’un optimisme qui tranche avec les craintes maintes fois exprimées de ce côté du Channel

Dans l’Irlande sinistrée de la crise financière, l’éclatement de la bulle immobilière a fait fleurir les écriteaux “for sale (1)”. Si la morosité frappe l’île qui se prépare à une nouvelle vague d’émigration, l’agriculture apparaît comme un îlot de prospérité : “Le prix de la terre est passé de 50 000 à 25 000 €/ha, mais la terre reste une valeur refuge. Quant à la traite, c’est un boulot sûr pour les jeunes” note Paul Hyland, éleveur du centre de l’Irlande pour expliquer la facilité à recruter un vacher. Si l’on a coutume de prétendre que l’herbe est toujours plus verte ailleurs, force est de constater qu’elle peut difficilement l’être plus qu’en Irlande. Elle est devenue l’essentiel des assolements, la base de l’alimentation des bovins, l’objet de toutes les attentions.

Tout pour l’herbe
Nous produisons toute l’année à base d’herbe. Cette année, les vaches sont rentrées le 21 novembre et elles sont ressorties le 20 janvier” raconte Tim O’Leary, près de Cork. De l’herbe à perte de vue, mais de l’herbe cultivée. Ici, l’herbe est une ressource qu’on optimise. Du coup, présent il y a encore quelques années, le maïs a disparu de l’assolement de Tim O’Leary. Revers de la médaille, la production n’est pas régulière. Cela oblige les laiteries à adapter leurs capacités de transformation à la courbe de production, laquelle est calquée sur la pousse de l’herbe : “Nous groupons les chaleurs avec pour objectif des vêlages entre février et mars pour atteindre le pic de lactation  au moment où la pousse d’herbe est la plus forte” explique Paul Hyland. Adaptation confirmée à Moorepark par Pondraig French, directeur des recherches laitières : “la transformation est destinée principalement aux produits industriels : beurre et poudre de lait”. Le stockage permet de lisser les disponibilités en assurant un approvisionnement minimum toute l’année.

Produits industriels
Bizarre, cette orientation délibérée sur les produits industriels réputés peu valorisants. “Pourquoi aller vers les fromages alors que nous ne pouvons pas produire toute l’année ?” interroge Paul Hyland. Et la volatilité des prix mondiaux des produits industriels ? Pondraig French sort une courbe sur laquelle il apparaît que, même en 2009, les éleveurs laitiers irlandais n’ont pas perdu d’argent. La recette ? “Nous produisons low-cost” expliquent tous les éleveurs rencontrés. De fait, les installations sont sommaires. Les tracteurs à forte puissance sont absents et les travaux de récolte confiés aux entreprises de travaux agricoles.

“On est les meilleurs”
Mais comment font-ils pour être aussi optimistes ? “Les quotas ont échoué, tranche Tim O’Leary, ils n’ont pas réussi à stabiliser les prix”. Et la sortie des quotas n’est pas redoutée mais espérée parce que Tim O’Leary, à l’image de ses collègues à la foi en  son pays, en son agriculture, en son système : “la production ne peut se développer que chez nous. Nous sommes sous la bonne latitude pour produire du lait. Au sud, il manque d’eau, au nord, cela revient trop cher. Seul le nord de la France, l’Allemagne et le Danemark sont aussi bien lotis que nous”. En somme, l’Irlande laitière est un peu la Nouvelle-Zélande européenne.
Joël Rébillard

(1) : à vendre

2015 : + 20, 2020 : + 50

Ces quatre chiffres résument les prévisions de production laitière. Ils sont énoncés par Padraig French. Ils sont confirmés par tous les éleveurs rencontrés. “Nous allons enfin sortir des quotas” jubile Paul Hyland, à la tête de 330 vaches laitières avec son frère, sa mère et un salarié. Même enthousiasme chez Tim O’Leary qui prépare l’installation prochaine de son fils. Vice-président de la coopérative Dairygold, il témoigne : “Nous avons interrogé les producteurs quant à leurs intentions de productions et il en ressort ces chiffres : + 20 % en 2015, et + 50 % à l’horizon 2020”. La contractualisation permettra-t-elle de gérer les marchés ? Réponse de Tim O’Leary : “nous sommes en coopérative. La coopérative collecte tout le lait. A charge pour le producteur d’annoncer deux ans à l’avance ses intentions de production et de les respecter sous peines de pénalités pour sous-production ou pour dépassement”.

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