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Méthanisation : échanger pour s’améliorer

Face aux aléas économiques et climatiques auxquels l'agriculture est confrontée, des exploitants cherchent à se diversifier dans le biogaz, dont le prix de vente est garanti par contrat. Mais la réussite d'un tel projet passera par un suivi technique quotidien et un entretien régulier des installations, ainsi qu'une bonne anticipation en termes de préparation des intrants. A ce titre, la formation, les échanges et les retours d'expérience sont incontournables.

La Normandie compte désormais 34 méthaniseurs à la ferme. L'an passé, les Chambres d’agriculture de Normandie organisaient une première rencontre entre agriculteurs-méthaniseurs Normands consacrée à la problématique des tarifs et de la chaleur. Le groupe avait choisi d’organiser des réunions thématiques, pour échanger et ainsi progresser. Une nouvelle rencontre a donc été organisée le 17 novembre sur la maintenance des installations.

Évaluer et confronter ses coûts d'entretien
A partir d'une enquête menée par Christian Savary, conseiller machinisme à la Chambre d'agriculture de la Manche, les exploitants ont pu évaluer les charges de maintenance normales, et éventuellement accidentelles, de leurs unités. Ceci a permis de mettre en lumière différents points de vigilance liés au fonctionnement technique d'un méthaniseur agricole, sur chacun des grands postes qui le compose : réception/incorporation des matières, digestion, valorisation du gaz, gestion du digestat.

Attention à l'incorporation…
Une étude menée au niveau national a mis en avant l'inadéquation du matériel installé sur les premières unités. Les pionniers normands n'échappent pas cette règle. En effet, les premières trémies d'incorporation mises en place, issues du modèle allemand de méthanisation basé sur le maïs ensilage, n'étaient pas adaptées aux déchets plus variés locaux. Les fumiers et la paille (souvent en brins longs), ainsi que les déchets verts, comportent beaucoup d'inertes (pierres, sable), voire des corps étrangers. Tous ces indésirables provoquent des usures prématurées (couteaux, vis sans fin d'alimentation) et des sédimentations excessives. Par ailleurs, les exploitants ont parfois surchargé les trémies, nécessitant des interventions pénibles de débourrage.
Pour préserver le matériel et réduire les consommations d'électricité liées au mélange, les membres du groupe ont ainsi évoqué la nécessité de charger moins, mais plus souvent, et de mieux préparer la matière (par exemple par un prébroyage du fumier). Pour cela, un broyeur avec piège à cailloux peut être installé sur les grosses installations en amont d'une préfosse d'incorporation par voie liquide, ou a minima une trémie démêlante à fond poussant, plutôt qu'un simple « bol » branché sur une vis sans fin.. Il est aussi possible de travailler avec de la paille plus courte, y compris pour la litière, qui permettra un mélange et une incorporation plus aisée, notamment avec les trémies et bols mélangeurs à vis (photo).

… et à l'agitation
La sédimentation des inertes nécessitera une vidange totale du digesteur au bout de 7/8 ans : cet arrêt technique prolongé est normalement prévu et provisionné dans le business-plan. Mais des matières insuffisamment travaillées en amont impacteront aussi le fonctionnement des agitateurs.
A ce niveau, les agriculteurs ont majoritairement remonté des problèmes de fiabilité au niveau des hélices immergées. Très souvent, des casses prématurées de câbles inox de suspension ont été répertoriées dans les premières années : erreurs corrigées depuis par les installateurs. Il est conseillé de prévoir des câbles Nylon et des trappes de visite au droit des agitateurs. Les agitateurs à pales semblent plus fiables, sous couvert du respect des maintenances d'usage (contrôle des paliers) et du maintien d'un caractère « pompable » des intrants (12 à 13 % dans le digesteur et des brins courts). Sinon, il y a risque de surconsommation électrique et d'usure prématurée. Par ailleurs, une matière déjà travaillée facilite l'activité biologique, garante de la performance de production de méthane, donc de la rentabilité.

La cogénération : un suivi continu
Sans surprise, l'entretien du cogénérateur est un point essentiel des charges de maintenance. Fonctionnant 24h/24, 7j/7, soit a priori plus de 8 000 h/an, les vidanges moteur
interviennent en général toutes les 700 heures (1 fois par mois au minimum). Au changement de l'huile s'ajoutent le remplacement des filtres (huile, charbon actif), des bougies pour les moteurs à gaz et le gazole pour les moteurs Dual-fuel.
Par ailleurs, des grosses maintenances sont à prévoir au bout de 5/6 ans (remplacement turbo, soupapes, culasses, chemises…) Celles-ci peuvent être prises en charge par un contrat de maintenance globale à échéance (de 16 000 à 80 000 h moteur), ou provisionnées sur les résultats : compter entre 2.5 et 5 €/h moteur, soit environ 2 c€/kWh.

Bien anticiper
En conclusion, le groupe s'accorde sur le fait que l'entretien courant (graissage, vidanges, traitement du gaz) et le choix de matériels adaptés et fiables, garants d'une bonne performance technico-économique sont essentiels. D’autres rencontres sont prévues pour poursuivre les échanges.


Cette action réalisée avec la contribution financière du CasDar (Compte d’affectation spéciale Développement agricole et rural)

Réunions d’information
La petite méthanisation : quel potentiel sur l’exploitation ? Quelles solutions ? Quelles opportunités ?
Dates prévues : 2 février aux Andelys ; 8 février à Pont-Hébert ;
9 février à La Ferrière-aux-Étangs ; en avril à Villers-Bocage.
Contactez le service formation de votre Chambre d’agriculture.

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