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Quel prix du blé demain ?

Deux études récentes proposent une prévision de prix mondial du blé. Elles s’accordent sur un cours mondial en dollars en légère hausse, mais divergent radicalement sur la future parité €/$.

Prévoir le prix mondial du blé à 10 ans : une gageure ! L’exercice est tenté régulièrement par les institutions internationales : les dernières parutions datent du second semestre 2015. Elles émanent de la Commission européenne(1) d’une part, et du tandem FAO-OCDE(2) d’autre part. La presse spécialisée s’en fait l’écho régulièrement.Au-delà des problèmes de prévision, sous la responsabilité des auteurs, ces publications exigent aussi une interprétation correcte par le lecteur, et, surtout si l’on veut comparer ces différentes projections, le diable se cache dans les détails.Démonstration.


Consensus en $, divergence en €

Les prix mondiaux(3) s’expriment en dollars : sur ce point, la comparaison des deux études montre une certaine convergence : au-delà du creux actuel, d’après les deux prévisions, le prix devrait repasser la barre des 250 $ par tonne d’ici 2 à 3 ans, puis augmenter lentement pour dépasser les 270 $ en 2024. La Commission européenne est plus optimiste avec une dynamique plus haussière à moyen terme : elle débouche sur un prix supérieur d’environ 20 $/T en fin de période.Par contre les courbes exprimées en euros s’écartent davantage et surtout, elles sont inversées ! La prévision FAO-OCDE est toujours au-dessus, elle dépasse les 235 € en 2024. La Commission européenne voit un horizon à 210 €/T pour le prix mondial, tout juste 20 € au-dessus du maigre niveau retenu pour le début de période (2016-2018).Dans ce chiffrage en € les dynamiques diffèrent également : la prévision de la Commission européenne est très atone, avec +20 € sur 7 ans. Au contraire celle de la FAO affiche une belle progression à moyen terme (+ 40 €).

Un pari opposé sur la parité euro-dollar

Que se passe-t-il dans les ordinateurs des deux institutions ? Simplement leurs prévisions sur la parité euro-dollar sont totalement opposées.La Commission européenne parie sur une restauration progressive de la parité autour de 1,35 dollar pour un euro. C’est le niveau que nous avons connu jusqu’en 2014, mais dès le début de l’année 2015 l’euro a chuté à moins de 1,10 dollar. La moyenne sur l’année 2015 et le premier semestre 2016 est de 1,11 dollar pour un euro.Dès lors, les prix projetés en euros par la Commission sont relativement faibles… mais avec des euros qui représentent davantage de valeur ! L’étude FAO-OCDE voit au contraire l’euro continuer à faiblir (à noter que leur point de départ est plus haut, avec une estimation 2015 de la parité à 1.24 - l’étude est parue en milieu d‘année). D’où des prix libellés en euros élevés… mais ces euros-là sont relativement dévalorisés, du moins par rapport à l’étude précédente (graphique 1).

Zones d’incertitude

Pour corser l’affaire, ces projections n’ont (heureusement) pas la prétention d’être des prévisions exactes, tout juste de donner une orientation de moyen terme, en fonction des fondamentaux des marchés. Depuis quelques années, leur publication est assortie d’une zone d’incertitude, évaluée (pour le prix mondial du blé) à +/- 30 à 40 € dans les deux études (graphiques 2 et 3).Le caractère aléatoire voire chaotique des multiples possibilités représentées peut prêter à sourire et conduit souvent à rejeter en bloc ce type d’étude. Pourtant, la raison profonde des incertitudes est ailleurs : plus que l’incapacité à prévoir, elles reflètent l’instabilité fondamentale des marchés agricoles.L’approche à travers une fourchette de variation constitue donc un progrès car elle vaut mieux qu’une lecture trop simpliste de la projection moyenne.

€ : euro - $ : dollar

(1) “Prospects for EU agricultural markets and income 2015-2025, European Commission, DG Agriculture and Rural Development, December 2015”.

(2) FAO : organisation des Nations Unies pour l’alimentation ; OCDE : Organisation pour la Coopération et le Développement Economique. Ces deux institutions internationales publient conjointement une analyse prévisionnelle des marchés agricoles : “OCDE/Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (2015), Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2015, Editions OCDE, Paris - juillet 2015”.

(3) Les prix étudiés sont des prix internationaux courants, rendus aux ports. Les prix intra-européens de gros sont inférieurs de 10 à 30 € selon les années. Enfin, les prix payés aux producteurs sont encore inférieurs de 20 à 30 € du fait des coûts de transports et des marges des organismes de collecte.

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