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Race Brune, une décennie d'élevage et aucun regret

Loin des éternels clichés noir et blanc ou tricolores des Prim’Holstein et Normandes, Sylvain Leménorel a pris, voici dix ans, une autre option, la Brune. Une race alors quasiment inconnue dans les élevages normands. « Le cheptel se composait de PH avec des résultats qui n’étaient pas à la hauteur de nos attentes. La première option pour les Brunes, c’était de remonter les taux ». En septembre 2004, deux animaux arrivent à l’EARL, situé au Mesnil-Gilbert, petite commune du Mortainais située entre Sourdeval et Brécey.

Plutôt sympa

« Au-delà de l’aspect technique, je trouvais cette race plutôt sympa, calme et sans problème notable ». Chez Sylvain Leménorel qui gère l’exploitation avec son épouse Nadège, pas question cependant d’être dans l’à-peu-près. « Pendant 10 ans, j’ai cherché les meilleures souches, bossé sur les stratégies d’accouplement. Si aujourd’hui ma moyenne laitière en Brune dépasse celle des PH qui me reste, c’est le résultat d’un travail au quotidien ». Crissement de pneus dans la cour, le vétérinaire local arrive, « il vient juste pour faire les prises de sang des six Brunes arrivées d’Allemagne récemment. Grâce à la rusticité de ces laitières, les frais « véto » sont quasiment inconnus ici ». Et de sortir les derniers chiffres, « 9400 kilos pour les PH ; 8200 pour les Brunes mais avec des taux largement supérieurs (38 TP et 44 de TB), ce qui en données corrigées est payant. Avec un prix de base à 344€ les 1000 litres, j’ai touché 402€ toutes primes de qualité confondues le mois dernier ».


Alors la Brune, une race « miracle » pour les éleveurs normands ? « Cela dépend avant tout du producteur. Ici, la terre n’est pas facile. J’ai peu de SAU et seulement 4 ha de prairies naturelles. Du coup, je fais pas mal de cultures (maïs et diverses céréales). Pour la ration de mes 60 VL, je joue aussi la carte des fourrages grossiers bien valorisés ». Du coup la ration est équilibrée : maïs, ensilage d’herbe et compléments.

Vêlages sereins

Côté vêlages, même sérénité. « J’en ai aidé deux en 10 ans. Les brunes vêlent en une demi-heure maximum ». L’âge au premier veau s’établit à 27 mois. « J’ai tout de même un souci. Les négociants ne veulent pas des veaux mâles ou difficilement; donc je les vends sevrés ». Autre changement par rapport aux PH, « plus de DAC . De toute façon, il était assez vieux et demandait une rénovation complète. Comme je n’ai plus à « booster » mes laitières en début de lactation, cela ne valait pas la peine. Elles démarrent  franchement à 30 l et surtout ne maigrissent pas en cours de lactation. Aux troisième et quatrième veau elles sont encore à  45 l ; en tarissement les Brunes sortent encore 24 l ». A la clé, des sujets qui vont jusqu’à 6 lactations et un intervalle vêlage-vêlage de 380 jours contre 420 pour les PH de l’EARL. Toutes les femelles sont donc gardées et le travail génétique a payé. « J’ai eu la meilleure vache française du taureau « Brookings ». Les postes travaillés sont les fonctionnels car je suis en logettes. Les trayons ne sont jamais croisés, idéal pour travailler avec un robot… que je n’ai pas encore ». Notre couple d’exploitants a aussi exploré une autre voie, la transplantation embryonnaire. « Nous avions de bonne souches, autant essayer tout comme la génomie. Au dernier SPACE, nous avons vendu une « génomique » 3400€ ». Idem pour la semence sexée, une technique qui ne marche pas dans tous les élevages. « Le taux de réussite avoisine les 65%. Autre point et non des moindres, « malgré sa spécialisation laitière, elle offre de bonnes vitesses de croissance associées à un bon développement musculaire, très intéressants pour la production de taurillons. En outre, les vaches de réforme sont bien valorisées avec un bon rendement. Ses aptitudes bouchères sont intermédiaires entre celles de la Prim’Holstein et des races mixtes ».

Dans la Manche, 200 Brunes pointent au contrôle de performance. « Les effectifs montent doucement mais sûrement. En France, l’effectif est estimé à 20 000 laitières. En fait, le plus dur c’est d’arriver mettre la main sur de bonnes femelles ». Dans quatre ou cinq ans, Sylvain estime que la PH sera du passé. « Avec Nadège, mon épouse, nous avons hésité. En fait, c’est le cheptel qui a décidé. La « noire » disparaît progressivement, c’est tout ».

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