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Mise au point
Requiem pour l’abattoir de Saint-Hilaire

Vendredi 10 juillet, Manuel Pringault, président du groupe Teba et patron de la société d’abattage saint-hilairien, ASH (gérante de l’abattoir public de Saint-Hilaire-du-Harcouët), est sorti de trois mois de silence. Accompagné de son avocat et de l’ancien comptable de l’abattoir, il a convoqué la presse pour donner sa version des faits. 

De gauche à droite : Eric Granger, ancien président de la commission économie du conseil de développement du pays de la baie et du Mont Saint-Michel ; Emmanuel Lebar, avocat ; Manuel Pringault, gérant ASH et du groupe Teba ; Sandrine Rousset, assistante de Manuel Pringault pour Teba.
© JP

« Tout ce que nous disons aujourd’hui, nous le justifions. Pendant la période de redressement judiciaire, Manuel Pringault n’a pas pris la parole pour éviter la polémique, en accord avec l’administrateur judiciaire. Maintenant, nous sortons du silence. » C’est par ces mots que Me Emmanuel Lebar, avocat de Manuel Pringault et de la société Teba, a démarré la conférence de presse organisée vendredi 10 juillet, à Villedieu-les-Poêles. Un dossier de presse, d’une centaine de pages, retrace l’histoire de ces cinq dernières années, entre ASH, société gérante de l’abattoir par délégation de service public (DSP) pilotée par Manuel Pringault et la communauté d’agglomération Mont-Saint-Michel-Normandie (MSN), présidée par David Nicolas, et propriétaire de l’abattoir. La relation est consommée, l’entente enterrée.

Tuer ASH

Emmanuel Lebar dénonce la mise en place d’une « stratégie pour tuer ASH » et tend à la démontrer. Il remonte pour cela au 26 janvier 2015, date à laquelle Manuel Pringault avertit, par courrier, les élus de Basse-Normandie sur la situation de l’abattoir : -25 % de tonnage en cinq ans à mettre en perspective avec l’ouverture d’un nouvel outil à Carentan ; statu quo des tarifs de droits d’usage. Manuel Pringault souligne la « difficulté de gérer une entreprise sans avoir la main sur les prix qu’elle pratique ». En novembre 2017, une note de présentation, établie par Manuel Pringault et Éric Granger, alors président de la commission économie du conseil de développement du pays de la baie et du mont Saint-Michel, revient sur la situation de l’abattoir et propose des pistes de diversification pour augmenter les volumes d’abattage.

Un projet sur la table

Le 9 mai 2018, un nouveau courrier de Manuel Pringault est adressé aux élus. La lettre s’intitule « ASH, une fin annoncée ». On y lit : « je considère ne plus être en mesure d’assurer une exploitation pérenne de cet outil ». Il liste de nouveaux problèmes comme « l’effondrement constaté des prix des cuirs et l’annonce d’une nouvelle baisse pour le second semestre 2018 de 20 à 25 %. Idem pour les suifs et autres graisses avec une valorisation de ces sous-produits en baisse de plus 51 % » par rapport à l’année précédente. Il prévient s’être « fixé une date butoir, à savoir le 30 juin 2018 » à laquelle il devra soit avoir obtenu l’assurance de subventions d’équilibre par l’agglo ; soit il déclarera la cessation de paiements d’ASH. Pour ne pas en arriver au dépôt de bilan, MSN autorise, de manière informelle,  le non-versement de la taxe d’usage et octroie 60 000 € de subventions. Manuel Pringault planche alors sur la création d’un nouvel outil, mieux adapté au territoire, moins énergivore. En février 2019, la société In Extenso (expertise comptable) et un cabinet d’architecture spécialisé présentent le projet. « L’enveloppe de 8 M€ englobe la construction d’un abattoir public et d’un bâtiment pour Teba, financée, elle, par ses fonds privés », souligne Eric Granger. Il estime un coût réel de 5,3 M€ à charge de l’agglo, contrairement à ce qu’elle annonce par communiqué de presse daté du 8 avril 2020. MSN rappelle avoir demandé au « délégataire de produire une étude complémentaire pour démontrer la viabilité économique du projet à long terme » et assure n’avoir « obtenu aucune réponse de la part du délégataire ». Le 12 avril 2019, un nouvel état des lieux de l’abattoir est présenté, nouvelle baisse de 6% des tonnages. ASH redemande une subvention d’équilibre. Manuel Pringault fixe au 15 mai la date butoir de réponse sans laquelle il procédera à la déclaration de cessation de paiement d’ASH.

Plan de sauvegarde

Le 4 juin 2019, Manuel Pringault demande un plan de sauvegarde de l’abattoir auprès du tribunal de commerce de Coutances. L’outil, « arrivé au bout », cumule 120 000 € de dettes. « La collectivité a produit sa créance », constate, amer, Manuel Pringault. MSN s’étonne de la procédure dans un courrier du 12 juin et dit l’apprendre par voie de presse. Le 30 juin 2019, l’outil est autorisé à poursuivre son activité par le tribunal. Me Eller est mandatée en tant qu’administratrice judiciaire. Le 1er juillet, Manuel 
Pringault rappelle à MSN les nombreux signaux d’alerte envoyés depuis alors quatre ans. Le 3 juillet, Me Eller réunit les acteurs. L’espoir renaît, une deuxième réunion est envisagée pour bâtir une nouvelle feuille de route. « Nous étions tous réunis à l’agglo. Il y avait moyen de sauver l’abattoir. Mais après, ça a été le néant », regrette le gérant d’ASH. En septembre, MSN affirme vouloir sauvegarder l’outil et émet l’idée d’une reprise en régie. Celle-ci demandant néanmoins un temps d’étude. Le 29 novembre, MSN demande alors de connaître « les intentions de Manuel Pringault quant à la poursuite de son activité délégataire ». Les élus communautaires délibèrent en décembre en faveur de maintien de l’abattoir et le confirment officiellement à l’administrateur judiciaire en mars.

La dangerosité de l’outil

Le 17 octobre, Manuel Pringault informe l’agglo de la dangerosité d’exploiter l’outil : affaissement d’un poteau porteur, pannes de l’arrache cuir et des pinces à anesthésier les porcs (animaux gardés en vie, achat de fourrages). Il demande de l’aide dans le recrutement d’un agent de maintenance et dans l’investissement de pièces. Dans les mois qui suivent, la situation se dégrade. L’abattoir est placé en liquidation judiciaire le 31 mars, avec poursuite d’activité jusqu’au 30 juin. Le jugement indique, concernant le projet de reprise, que « l’administrateur judiciaire n’a pas constaté d’avance notable de la part de la communauté d’agglomération depuis le 29 novembre ». Puis arrivent d’abord la fermeture de Cherbourg et ensuite la crise sanitaire du 
Covid-19. « J’étais bloqué aux États-Unis mais j’ai l’habitude de travailler à distance. Me Eller m’a demandé de laisser la main à Hélène Frechon. D’une trentaine de salariés, on tombe à 13, décompte Manuel Pringault. Quand je suis rentré, il y avait des problèmes de froid, l’abattoir était dans le rouge. » Le 7 juin, le préfet prend un arrêté pour fermer la structure. Qui rouvre une semaine plus trad. MSN communique à nouveau sur sa volonté de reprendre en régie l’outil grâce à 25 000 € de subventions d’équilibre par mois, pendant trois ans. Le temps qu’un nouvel outil sorte de terre.

Et après ?

La prochaine échéance tombe le 17 juillet, date à laquelle le conseil communautaire se réunit pour élire son président. Manuel Pringault envisage alors deux options : « soit une nouvelle personne est élue, avec la vraie volonté de renouer le dialogue et de me faire confiance ; soit les choses restent telles quelles et je pars ». La DSP se terminant le 
31 décembre 2022. Manuel Pringault demande : « en attendant qu’on ne salisse pas Teba, qu’on me laisse travailler ». n Julie Pertriaux

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