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Un semis direct bien couvert !

Sur sa petite exploitation à Saint-Marie-la-Robert (61), Claude Coupry soigne ses pratiques culturales. L’éleveur a opté pour des semis directs depuis 2005. Mais son raisonnement “progressif” a débuté dès 1999 avec l’implantation de couverts végétaux.

Claude Coupry élève 30 vaches pour une production de 130 000 litres de lait. “Je suis sur une petite ferme pour cultiver du vivant. J’élève mes bêtes et leur suite sous mes pieds. Les vers de terre et autres bestioles sont trop nombreux pour que je puisse les compter”, témoigne l’éleveur.

Les couverts, encore les couverts, toujours les couverts
L’agriculteur a lu et observé la nature. Son raisonnement s’appuie sur une base : “les couverts, les couverts et les couverts”. Dès 1999 et en dehors de toute notion réglementaire, il a implanté des couverts végétaux. “J’ai mis de l’avoine avant un maïs. J’ai ainsi eu un beau plateau de tallage”. Aujourd’hui, Claude Coupry soigne toujours ses couverts végétaux. “J’y investis 45 à 50 € par hectare. Et je m’y retrouve. Cette année, j’ai mis 80 unités d’azote. J’aurais été plus près des 120 unités si j’avais préféré une simple moutarde”.
L’agriculteur s’est orienté progressivement vers les techniques sans labour. L’observation de plusieurs profils de sol l’a convaincu. En 2002, il retire la rasette de sa charrue. “J’ai déjà senti les premiers effets”. Avec des profils de sol réalisé sur la même parcelle à deux années d’intervalles, Claude Coupry constate quelques bénéfices. “La terre s’avère plus facile à travailler, plus souple. La compaction est limitée”.

Investissement dans un semoir
En 2004, l’agriculteur range sa charrue. Parmi ses objectifs à ne pas oublier : limiter l’érosion. Pour ses débuts sans charrue, il travaille le sol avec un cultivateur. Les semis de céréales et de maïs sont ensuite réalisés avec un combiné pneumatique. En 2005, le passage au semis direct est acté. Et en 2005, Claude Coupry investit dans un semoir SEMEATO.

Une conduite allégée
Après quelques années d’expérience, sa conduite culturale est désormais bien rodée. “Après la récolte d’avoine, je sème le couvert végétal le plus rapidement possible. Le but : avoir un bon développement. Si je pouvais, je sèmerais avant de battre !” En octobre, le semis de blé est réalisé dans le couvert végétal avec une demi-dose de glyphosate. “Pour réussir, j’utilise des couverts gélifs”, précise-t-il. Ses pratiques se ressentent économiquement. Claude Coupry a supprimé le premier fongicide et le régulateur. Le second fongicide est réduit de 60 à 80 %. “Je n’utilise pas de raccourcisseur. J’ai aussi diminué les insecticides, l’engrais azoté de 10 à 15 % et donc les heures de tracteurs”. Tous ces “moins” lui donnent un “plus” économique et environnemental. “Quand l’eau est marron, elle s’en va avec la terre et les produits qui sont dedans. Dans mes parcelles, l’eau reste claire, et j’en suis fier”. La morale de cette histoire rime également : “je ne fais aucune poussière. Au maximum, je fais du vert”. A méditer…

Dans le cadre du programme d’action sur les TSL piloté par la Fédération des cuma de Basse Normandie *, une enquête est en cours de réalisation auprès d’un échantillon de 17 agriculteurs Bas-Normands afin d’évaluer l’impact des techniques sans labour en Basse-Normandie. La majorité des agriculteurs enquêtés a au moins 15 ans de recul en TSL, et un de leurs premiers conseils est de maîtriser les techniques de désherbage avec l’arrêt du labour. Les premières observations font ressortir une gestion plus difficile des adventices, comme les graminées ainsi que les plantes vivace comme le rumex. Cependant, même si le désherbage est plus difficile à gérer en non labour, plus de la moitié d’entre eux (52 %) ne constatent pas de salissement plus important.

“Pour moi, le désherbage est un frein essentiel pour passer au 100 % non labour” témoignage un agriculteur du bocage Ornais. Comme lui, la plupart des agriculteurs enquêtés qui pratiquent le non labour sur la culture de céréales observent un désherbage plus difficile sur les parcelles. Pourtant, dans notre échantillon on retrouve près de 60 % des agriculteurs dont l’ensemble de la surface agricole n’est pas labouré et deux tiers d’entre eux n’ont pas eu besoin de labourer depuis leur conversion. Les avantages des TSL restent supérieurs aux inconvénients mais cela demande plus de surveillance des adventices, d’être plus vigilant sur le salissement des parcelles.

Pour limiter la propagation des adventices, la moitié des agriculteurs de l’échantillon utilisent leur rotation, comme un agriculteur situé dans le bocage calvadosien : “Si j’ai un problème d’adventice récurrent dans une parcelle, je fais trois ans de prairie temporaire”. Aussi, en limitant le travail du sol, un agriculteur de l’avranchin constate la diminution d’une vivace : le chiendent “En structure lamellaire, c’est le chiendent qui s’installe parce qu’il profite d’un sol compacté en surface… et nous le chiendent on s’en est débarrassé”. Et enfin, un agriculteur du bocage ornais déconseille les rotations avec beaucoup de céréales pour limiter la propagation du brome. Un tiers de l’échantillon constate une diminution progressive du stock semencier d’adventice, et pensent faire évoluer leurs techniques de désherbage en fonction de l’évolution de ce stock. Un autre tiers de l’échantillon souhaite développer le désherbage mécanique notamment avec un binage dans les cultures de maïs. Une étude des IFT (Indice de Fréquence de Traitement) a été réalisée sur les cultures de maïs, colza et blé chez les agriculteurs enquêtés. Les premiers éléments d’analyse nous montrent des systèmes en TSL plutôt économes en traitements par rapport à la moyenne bas-normande. Par contre, comme en labour on observe des disparités d’une exploitation à l’autre. Tous ces sujets seront abordés lors du Mécasol le 9 septembre à Briouze.

Florian Frémont et Myriam Sachot

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