Aller au contenu principal

Une étude pour évaluer l’intérêt économique direct d’une haie

Présente dans la plupart des paysages de la région, la haie accompagne en particulier l’élevage sur 123 000 km avec 22,8 millions de m3 de bois (soit la moitié du volume forestier de Basse-Normandie).

De plus en plus souvent valorisée par la filière bois énergie, cette “ressource” de biomasse est mise en avant dans le cadre d’études récentes. Celles-ci permettent de mieux évaluer les coûts de production et les prix de vente du bois. Les avis des agriculteurs restent cependant partagés : pour certains, la production de bois est rentable et l’entretien de la haie est facilité, pour d’autres le prix du bois n’est pas suffisant.

Des recettes pour l’atelier de production de bois

Dans l’étude “Entretien de la haie” de la Chambre d’agriculture de la Manche, le revenu économique de la haie sur une exploitation agricole s’appuie sur sa valorisation en bois énergie. Les filières bois énergie locales alimentent des chaufferies de petite et moyenne puissance. La création de structures locales de commercialisation a été déterminante pour le prix du bois, basé sur les coûts de production et la rémunération du bois. Pour valoriser les haies, des démarches de reconnaissance de la gestion durable ont été entreprises. Il s’agit du plan de gestion des haies. La gestion durable de la haie permet d’obtenir des offres de prix parmi les plus intéressantes. De plus, les filières courtes permettent de dégager des recettes pour l’atelier “production de bois”. Les recettes en tonne verte livrée de 489 € à 612 €/100 mètres.

Evaluer le coût d’entretien

Le coût d’entretien de la haie dépend des et des itinéraires techniques. Chaque exploitation agricole à ses habitudes : matériels utilisés... D’une manière générale, les itinéraires intensifs sont les plus onéreux. Moins il y a d’espace pour la haie, plus elle coûte cher. Les itinéraires les moins coûteux optimisent les outils d’entretien. En 2014 l’évaluation des itinéraires d’entretien retenus dans l’étude pour 100 ml et sur 12 ans se situait entre 61 € (entretien annuel du pied de haie et lamier à 7 ans sur 2 cotés) et 140 € (entretien annuel sur 3 hauteurs). Ensuite, concernant l’exploitation du bois, que la coupe soit mécanisée ou manuelle, les coûts sont assez proches : 150 €/100 ml/12 ans. Par contre, pour le déchiquetage il faut ajouter un coût supplémentaire de 200 € si l’alimentation est manuelle. Selon les scenarios retenus pour l’étude, actuellement le plus économique combine une exploitation manuelle du bois avec une transformation mécanisée. L’estimation du coût d’exploitation est de l’ordre 355 €/1 00ml/12 ans.

Des projets à penser sur le long terme

Les bilans économiques des scénarios envisagés sont positifs sur les scénarios haies existantes et lorsque l’agriculteur stocke lui-même le bois ou valorise le bois énergie sur l’exploitation. Pour les créations de haies, un amortissement sur au moins deux rotations doit être envisagé.  Dans l’étude, la haie réalise un résultat positif, grâce au prix de la vente de bois circuit court, avec du bois sec, pour l’ensemble des itinéraires étudiés : + 24 à + 60 € pour 100 ml, (sauf pour l’itinéraire avec des fréquences rapprochées d’entretien). Les scénarios des entretiens dits “soutenus” sont déficitaires à la première récolte, (- 2 € à - 80 €). Ces résultats pourraient devenir positifs en améliorant légèrement le rendement des haies c’est-à-dire augmenter de 1 m3 de plaquette/100 ml/12 ans. Les déficits les plus importants montrent l’incompatibilité entre “tailles soutenues de la haie” et “production de bois”. Les itinéraires étudiés se voulaient réalistes et n’ont pas été optimisés. La haie doit répondre à des enjeux importants avec ses multiples rôles. A long terme, ses qualités environnementales contribuent aux enjeux mondiaux de biodiversité, de protection des sols, de lutte contre les changements climatiques. A moyen terme, sur des aspects plus sociaux, elle est appréciée par la collectivité pour ses repères dans le “paysage” et son appartenance à “culture locale” qu’elle engendre ainsi que pour la protection de la ressource en eau. Pour se développer elle doit répondre à court terme aux besoins de l’exploitation agricole. Elle constitue souvent un aménagement qui sert de limite de parcelles, de protection des bâtiments et des cultures. La haie protège aussi les animaux du vent et du soleil et permet de faire des économies. Dans ce domaine il reste beaucoup à faire pour mieux la connaitre. Nous avons peu de données récentes permettant de chiffrer l’impact de la haie sur le revenu des exploitations (amélioration des productions végétales et animales...). Nous avons choisi d’étudier l’entretien de la haie et la production de plaquette de bois. Les premiers indicateurs devront être vérifiés et précisés car le revenu est très sensible à l’intensité de l’entretien et au rendement de la production du bois. Compte tenu du rôle important de la haie pour l’environnement et notre cadre de vie il serait aussi souhaitable que les valeurs non marchandes puissent être mieux prises en compte.


Note : le cas de la valorisation du bois en autoconsommation a été étudié dans le cadre des plans de gestion de haie.
La valorisation du bois des hauts jets (long terme pour la propriété), n’a pas été intégrée dans l’étude.

Références

- Etude “Amélioration de la compétitivité de la filière bois énergie d’origine bocagère” Etude ADEN - Léon Letenneur - 2014

-Stage d’étude sur le développement de la filière bois énergie d’origine bocagère dans la Manche-Enzo Duboscq-Chambre d’agriculture de la Manche - 2014

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Agriculteur Normand.

Les plus lus

AUTORISATION CHASSE 61
Feu vert à la chasse dans l’Orne
Jeudi 5 novembre, la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage était en réunion extraordinaire. Malgré le…
SOJA NORMAND MOISSON
Le potentiel du soja prend racine
Au printemps, des éleveurs adhérents à l’OP des 3 Vallées (Danone) et des cultivateurs ont semé 29 ha de soja, en partenariat…
SCoT Caen métropole
Le futur visage de la métropole de Caen
Le nouveau SCoT de Caen métropole réduit la possibilité d’urbaniser les terres agricoles et naturelles. Une enveloppe foncière…
Pascal Desvages et Stéphane Carel Président et directeur de la coopérative de Creully (14).
Coopérative de Creully (14) : " Nos choix stratégiques sont confortés "
Malgré la crise sanitaire et autre perturbateur conjoncturel et structurel, la coopérative de Creully (14), qui tient son…
LIN ET COVID
Le lin : une filière d’excellence à l’épreuve de la Covid
80% de la production mondiale de fibre de lin teillé est d’origine européenne et la France en est le leader mondial. Outre leur…
pressoir lycée agricole Sées
Au lycée de Sées, on presse beaucoup pour le plaisir
Le pressoir de Patrick Yvard s’installe chaque année durant deux mois et demie dans la cour de la cidrerie du lycée de Sées. Les…
Publicité