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Cocotte&Co
Clémence et Mathieu, éleveurs dans le Calvados, ne mettent pas tous leurs œufs dans le même panier

C’est lors d’une visite officielle de la Région Normandie, mardi 30 août 2022, que Clémence et Mathieu Cannevière, éleveurs à Osmanville (14), ont présenté leur tout nouveau projet : un atelier de fabrication de pâtes à la ferme. Une idée, parmi tant d’autres, partagée par le couple. Rencontre avec ces deux enthousiastes par nature.

Cocotte&Co - Osmanville
Mathieu et Clémence, reconvertis il y a trois ans, ont créé Cocotte&Co à Osmanville (14).
© LM

Souvenez-vous. Nous les avions rencontrés il y a un an tout juste, en août 2021, après qu’ils aient remporté le prix du grand public lors de la finale du concours national Graines d’agriculteurs : Clémence (34 ans) et Mathieu Cannevière (36 ans) se sont lancés dans l’élevage de poules pondeuses bio en 2019, après être tombés sous le charme d’une bâtisse à Osmanville et son 1,8 ha de terrain.

Alors qu’ils ne connaissaient rien à l’agriculture, l’ancienne psychologue et l’ex professeur d’économie, sociologie et sciences politiques, ont tout appris par eux-mêmes sur le terrain. Depuis trois ans, le couple n’a alors eu de cesse de mettre en place de nouveaux projets pour chouchouter leurs 1 000 pensionnaires et ce, malgré les crises à répétition. Ils sont revenus sur le chemin parcouru par Cocotte&Co et ont présenté les projets à venir lors d’une visite de la Région Normandie, mardi 30 août 2022.

Diversifier sinon rien

Après l’auto construction des trois poulaillers de la ferme (d’une centaine de mètres carrés chacun), la mise en place d’un centre d’emballage des œufs sur place et la conquête des marchés locaux - à Valognes, Bayeux et Caen -, les deux Normands ne pouvaient pas s’arrêter là. Boulimiques de travail et foisonnant d’idées, les jeunes gens ont soif de nouveautés afin de pérenniser leur exploitation encore fragile. C’est pourquoi, ils ont choisi de construire un laboratoire de fabrication de pâtes à la ferme. L’idée : se diversifier, assurer un nouveau revenu et surtout utiliser « les œufs qu’on ne peut pas commercialiser », explique Clémence.

Donner de soi

Pour la construction de ce bâtiment, Mathieu est une fois de plus à la manœuvre et s’improvise carreleur, plombier, couvreur, etc. Polyvalence oblige. Les éleveurs espèrent proposer des pâtes composées de blé dur bio et d’œufs frais (à hauteur de 30 %), d’ici la fin de l’année 2022. Au total, pas moins de onze formes de pâtes seront à retrouver chez Cocotte&Co. Les tests de recette débuteront à la mi-octobre pour une commercialisation entre 8 et 10 euros le kilo, si tout va bien. Les clients sont d’ores et déjà impatients. « C’est une aventure qui n’appartient pas qu’à nous », confie Clémence avec fierté.

Bien s’entourer et innover

Pour mener à bien le projet de laboratoire à la ferme, les éleveurs de volailles ont été accompagnés par le conseil départemental et la Région Normandie à hauteur de 10 000 euros sur les 65 000 euros d’investissement. « A aucun moment, nous avons eu l’impression de ne pas être écoutés même si l’on est tout petit […] on tient parce qu’on est très entouré », remarque l’agricultrice.

Et Cédric Nouvelot, conseiller régional, de rétorquer : « votre approche est nouvelle, vous apportez une richesse à la filière, vous participez à son évolution. » « Il y a une vraie dynamique et beaucoup d’idées. Ça fourmille », reconnaît Jean-Yves Heurtin, président de la Chambre d’agriculture du Calvados.

Cocotte&Co

Des convictions éthiques

Pour Mathieu et Clémence, la qualité prime même si pour cela, des sacrifices sont nécessaires. Ils estiment travailler 14 à 18 heures par jour, sept jours sur sept. « On voulait une vie extrêmement intense, nous ne sommes pas déçus », clame la jeune femme avec dérision. Ici, pas question de calibrage. Les exploitants privilégient le bien-être de leurs poules en préférant une densité plus faible : 400 poulettes dans chaque bâtiment, en deçà des normes AB. « On trouve que sur les taux de ponte, ça a eu un gros impact », affirme Clémence. Et Mathieu de compléter : « sur la mortalité aussi ». Ils préfèrent la variété Isa brown (race de poule rousse), même si moins rentable, mais moins agressive.

Autre volonté : « nous ne donnons que des aliments 100% français à nos poules, voire même à 80% régionaux quand on le peut. C’est du très haut de gamme », relate Clémence. Une exigence qui a un coût : « nous sommes environ à 750 €/t contre 380 €/t en conventionnel ». Une hausse récente du coût des aliments qui inquiète ces jeunes installés et posent la question de l’avenir de la filière bio.

Demain…

Une problématique qu’ils ont tenu à rappeler aux élus présents, les alertant sur la précarité de la profession et la nécessité de mettre en place une aide collective : « il faut une valorisation économique qui puisse faire tenir les modèles agricoles […] On est à un vrai tournant », martèle Mathieu. En attendant, Cocotte&Co entend continuer de diversifier ses sources de vente, recruter un salarié (aussi en reconversion) mais également lancer un potager et planter 1 000 arbres - haies brise vent pour les parcs, mais aussi des pruniers, poiriers et pommiers. « Et pourquoi pas un jour des logements sur la partie boisée ? », rêve Mathieu. « La diversification est au cœur de notre ferme, pour que ce soit viable », conclut Clémence. 

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