Sanitaire
Les cas de tuberculose bovine se multiplient en Normandie
Alors que la campagne de prophylaxie bat son plein en Normandie, la découverte de cas de tuberculose bovine s'enchaîne dans le Calvados et l'Orne, au grand désarroi des éleveurs et autorités sanitaires.
Alors que la campagne de prophylaxie bat son plein en Normandie, la découverte de cas de tuberculose bovine s'enchaîne dans le Calvados et l'Orne, au grand désarroi des éleveurs et autorités sanitaires.
Au 30 mars dans l'Orne, 66,21 % des bovins ont été testés, sur les 69 715 animaux soumis à la prophylaxie, répartis sur 869 exploitations. La DDPP du Calvados totalise de son côté 59 % de réalisation en nombre d'ateliers sur les 1 061 ateliers programmés pour la campagne, soit 62 % en nombre de bovins.
Malheureusement, onze foyers de la maladie sont à déplorer avec sept cheptels confirmés dans l'Orne et quatre dans le Calvados. Une situation sanitaire qui n'est pas sans inquiéter le monde agricole. On fait le point.
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Suisse Normande
Les nouveaux cas de tuberculose bovine décelés dans l'Orne sont situés vers Athis-Val-de-Rouvre. "C'est le cœur de zone autour de Pont d'Ouilly qui est touché", affirme Arnaud Triomphe, président du GTV Normandie, présent fin mars à l'occasion de l'assemblée générale du syndicat de race Charolais du Calvados. Tandis que dans le Calvados, ils surviennent principalement dans la zone de la souche historique normande, près de Cesny-les-Sources et de la Suisse Normande.
"Nous avons des suspicions très sérieuses : c'est une année terrible ! [...] Ce sont vraiment des malheurs dans les exploitations", déclare Étienne Gavart.
Dans le Calvados, quatre foyers ont été décelés successivement dans un élevage allaitant à Combray (entre Thury-Harcourt et Clécy) "sur deux bovins âgés de 4 et 10 ans", puis dans un élevage laitier à Saint-Rémy "sur un bovin de 5 ans". S'en est suivi un nouveau foyer à Combray (allaitant) "avec quatorze bovins allaitants âgés entre 17 mois et 10 ans", confirme la DDPP. Le quatrième foyer est situé à Cesny-les-Sources dans un élevage laitier et allaitant, où un bovin entre 2 et 4 ans a réagi positivement à l'Intradermo-tuberculination comparative (IDC), confirme la Préfecture du Calvados. En cause vraisemblablement : la souche normande GB35.
"La campagne avance. Nous avons beaucoup de résultats actuellement à traiter, ainsi que des suspicions qui doivent faire l'objet d'analyses définitives", précise Raphaël Fayaz-Pour, directeur de la DDPP 14. En 2023-24, 3 cas ont été détectés au total dans le Calvados et 5 dans l'Orne. Alors qu'en 2024-25, un seul cas était à noter dans le Calvados, et un également dans l'Orne.
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Immunodépression
"On est en droit de se demander pourquoi il y a eu moins de cas les autres années ? La FCO a sûrement été un accélérateur", juge Arnaud Triomphe."Le passage de la FCO a fait monter la température chez beaucoup d'animaux. On en a tous eu, même ceux qui avaient vacciné. [...] C'est une hypothèse", reconnaît Daniel Courval, président de la section viande bovine de la FRSEA de Normandie.
"Nous avons l'impression de ne pas avoir du tout les outils nécessaires pour rechercher la tuberculose. C'est une loterie d'années en années", déplore Daniel Courval.
"On est sur une très mauvaise année en France sur les expressions de maladies de façon générale. On pense que le troupeau français est immunodéprimé en ce moment, c'est vrai en IBR, en BVD, en paratuberculose et en tuberculose", constate Étienne Gavart, directeur du GDS 14.
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Les blaireaux pour responsables ?
Et toujours cette éternelle question : que peut-on faire pour enrayer le phénomène ? "Dans le cœur de la zone, la situation n'est vraiment pas drôle. Ils vont se battre longtemps. Le boulot de tout le monde est bien fait", reconnaît Arnaud Triomphe. Les regards se tournent vers la densité de blaireautières.
"Nous avions trouvé des blaireaux positifs dans des zones où l'on n'avait jamais trouvé de cas de tuberculose. Or dans l'Orne, ils ont des cas autour de ces blaireaux positifs. Ce n'est sans doute pas les blaireaux qui ont contaminé les bovins, mais ils ont été des marqueurs plus précoces que les bovins", relève Étienne Gavart. "En Normandie, on compte 3-4 % de blaireaux contaminés, contre 20-25 % en Dordogne", mesure Arnaud Triomphe.
L'application de l'arrêté préfectoral concernant la chasse des blaireaux dans un rayon de 2 km autour de chaque foyer est en vigueur. Au plus long cours, une application des Chambres d'agriculture a aussi été développée pour les signaler en temps réel. "Cela permet de cartographier en ligne, c'est plus facile", atteste Clément Lebrun, vice-président de la Chambre d'agriculture 14.
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Et les cervidés ?
Dans l'Orne, les cervidés sont aussi pointés du doigt par la profession agricole. "Les efforts pour réguler le gibier ne sont pas suffisants", constate Sylvain Delye, président de la FDSEA 61. De son côté, Hervé Tourmente, préfet de l'Orne, a essayé de tempérer la situation lors de l'assemblée générale de la FDSEA, mardi 24 mars, tout en demeurant conscient des enjeux. "A titre d'exemple, il y a un an, on comptait 1 500 cervidés dans le massif cynégétique de Saint-Evroult-Notre-Dame-du-Bois [forêt où un cerf a été achevé sur la propriété de Luc Besson en 2025, ndlr], aujourd'hui on estime que la population a été réduite à 500 individus environ. [...] D'autres massifs ornais sont également concernés par la présence de ces grands gibiers. Nous surveillons la situation de près", souligne-t-il. Mais, pour Sylvain Delye et la FDSEA : "la chasse est un loisir qui ne doit pas primer sur l'activité économique du territoire... Cette situation n'est plus tenable. Les cervidés sont un réservoir important pour la maladie. Il ne faudrait pas qu'ils arrivent du côté d'Athis..." s'inquiète-t-il.
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Solidaires
"La tuberculose bovine inquiète dans les campagnes. On a besoin de réponses", réclame Armand Prod'homme, président des Jeunes agriculteurs de l'Orne. La solidarité doit être de mise et c'est précisément pour cette raison que "la pression du gibier ne peut plus être ignorée. Il faut renforcer sa régulation avec l'aide des chasseurs. [...] Nous avons besoin de solutions concrètes et que tout le monde soit solidaire et engagé avec nous", martèle le président des JA61. "Nous devons trouver ensemble un moyen pour continuer à valoriser correctement les laits en APMS avec une collecte et un débouché qui permettent cette valorisation, réduire les délais de notifications des sommes à percevoir et leur déblocage pour les abattages totaux et assurer la collecte du lait et le dédommagement de la perte d'exploitation pour les abattages sélectifs, insiste le président de la FDSEA 61. La profession agricole porte la douleur de devoir sacrifier une partie de son troupeau pour éradiquer une maladie qui touche nos élevages et peut se transmettre à l'homme. En contrepartie, simplifions la vie des éleveurs !" conclut-il.