"La protection des sols ne se fera pas sans les agriculteurs"
Les 47e rencontres nationales des Agences d'urbanisme ont mis à l'honneur la consommation des sols du 7 au 9 octobre à Caen. Le rendez-vous a réuni plus de 500 professionnels.
L'évidence a été martelée durant trois jours : "la question des sols est intrinsèquement liée au devenir des territoires", clame Sonia de La Provôté. La sénatrice du Calvados est présidente de l'Agence d'urbanisme de Caen Normandie métropole (Aucame) et de la Fédération nationale des agences d'urbanisme (FNAU), à la manœuvre des rencontres nationales des Agences d'urbanisme, tenues du 7 au 9 octobre à Caen.
"La question des sols est liée aux futurs des territoires"
Pourquoi en faire la thématique centrale de la 47e édition ? "Nous sommes à un moment particulier. Il y a eu beaucoup de bêtises de faites - regardons les choses avec objectivité. Le devenir des sols impacte notre avenir au sens large. Tout le monde doit s'emparer de ce sujet, même si chacun a sa vision du rôle et de l'utilité des sols", déclare-t-elle. "L'enjeu capital, c'est de préserver les sols en surface, en qualité et en quantité", martèle Jérôme Mousset, directeur bioéconomie et énergies renouvelables de l'Ademe.
Pour le monde agricole, nul doute que le premier sujet demeure la consommation du foncier. "En Seine-Maritime, d'où je suis originaire, la consommation est plus de 1 000 ha par an, souligne Sébastien Windsor, président des Chambres d'agriculture de Normandie et France. Zéro hectare, c'est bien sûr inatteignable, mais de là à repousser l'objectif de zéro artificialisation nette à 2050, ce n'est pas très engageant". Face à ce qu'il qualifie "d'effondrement économique de l'élevage en France avec une balance déficitaire depuis quatre ans", Sébastien Windsor appelle à réfléchir "au modèle agricole que l'on veut, au risque d'avoir des territoires qui se désertifient à l'avenir".
Les entraves aux agriculteurs
Et l'agriculteur de citer les entraves subies par ceux qui vivent du foncier agricole : par exemple la filière avicole où "95 % des agriculteurs sont mis au tribunal après la construction d'un poulailler". Il y aussi les problématiques des mitages avec ces constructions isolées en zones rurales : "C'est un drame pour les exploitants qui sont contraints de ne pas épandre d'effluents organiques sur une certaine zone." En résumé, "si on veut faire dialoguer le monde agricole avec ces enjeux économiques autour des sols, nous avons besoin d'être considérés comme un acteur à part entière et pas seulement comme la variable d'ajustement".
L'espoir des PAT
Pour Sonia de La Provôté, les "outils des collectivités doivent permettre de trouver des objectifs convergents pour un écosystème qui vit. Les Projets alimentaires territoriaux (PAT) en font partie". Les PAT ont pour objectifs de relocaliser l'agriculture et l'alimentation à l'échelle locale en jetant des ponts entre producteurs, transformateurs, distributeurs, collectivités locales et consommateurs. D'après l'Ademe, il existe 449 PAT en France. Ils devraient couvrir 80 % du territoire d'ici 2030. "Les PAT peuvent mener à une vraie transformation des régimes alimentaires, en accompagnement de l'économie locale. Ce sont d'excellents lieux de débat et de décloisonnement, indique Jérôme Mousset. L'ampleur des changements ne pourra pas se faire sans les citoyens. Il faut les faire adhérer plutôt que les faire accepter."
À ce titre, la piste des énergies renouvelables est à creuser selon les Chambres. "Nous déplorons que les agriculteurs posant des panneaux solaires n'aient plus de propositions de contrats avec des tarifs de rachat. L'autoconsommation nous sert peu, alors que produire de l'énergie renouvelable est bien plus bénéfique et génère de l'acceptabilité", évoque Sébastien Windsor. Un parallèle a également été émis avec la gestion de l'eau. Après la gouvernance de l'eau, la gouvernance des sols ? "On ne peut pas traiter, l'eau, le sol et l'air séparément", conduit Sonia de La Provôté.