Horticulture
À Mathieu, Lisa mise sur les fleurs locales et de saison
À Mathieu, aux portes de Caen, Lisa Bignaux, 34 ans, finalise son installation avec la Chambre d'agriculture de Normandie. La future horticultrice veut produire des fleurs coupées locales et de saison, le tout cultivé en agriculture biologique, pour les fleuristes comme pour les particuliers.
À Mathieu, aux portes de Caen, Lisa Bignaux, 34 ans, finalise son installation avec la Chambre d'agriculture de Normandie. La future horticultrice veut produire des fleurs coupées locales et de saison, le tout cultivé en agriculture biologique, pour les fleuristes comme pour les particuliers.
Fille d'un céréalier - désormais retraité - et d'une éleveuse de moutons allaitants dans la plaine nord de Caen, Lisa Bignaux n'avait initialement pas prévu de travailler dans le domaine agricole. Son projet s'est dessiné au fil des voyages et des personnes que la jeune femme a croisé sur sa route. Après quelques années de vadrouille, elle constate non sans une pointe d'humour : "Il m'aura fallu trente ans pour comprendre à quel point j'étais attachée à la terre et au monde agricole que mes parents m'ont transmis. Je marche un peu dans leurs pas mais à ma façon", résume-t-elle.
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Un autre chemin
Une licence d'archéologie à l'université de Caen en poche, suivi d'un master en médiation culturelle à Toulouse, de la création d'une entreprise en communication, puis de deux années de voyage en Asie du sud-est et en Inde : le parcours de Lisa Bignaux n'a rien de linéaire. Mais, c'est bien forte de ses expériences que, de retour en France, s'opère "le déclic". C'est à Nantes, après sa rencontre avec un passionné de maraîchage qu'elle appelle aujourd'hui son "mentor", qu'elle décide de suivre un BPREA (Brevet professionnel responsable d'entreprise agricole) maraîchage bio, au cours duquel elle effectue plusieurs stages dans des structures en maraîchage bio intensif dont certaines s'inspirent du canadien Jean-Martin Fortier. Après un an de travail dans le secteur, l'activité lui plaît mais lui paraît "très exigeante physiquement en comparaison à la rentabilité", estime-t-elle. Consciente du manque d'offres en fleurs coupées locales en France et appréciant l'art et l'esthétique, cette filière s'impose donc à elle comme une évidence.
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Penser stratégique
Le projet de Lisa Bignaux doit prendre place juste derrière les bâtiments de la ferme de ses parents. Elle prévoit environ 2 000 m2 de planches en extérieur, complétés par quatre tunnels couvrant près de 500 m2. L'objectif est "d'éviter les gelées et de faire gagner un mois à un mois et demi sur le cycle de production", précise la future horticultrice. Elle envisage d'y cultiver une cinquantaine d'espèces de fleurs. "Les annuelles, comme les Cosmos ou les Zinnias, vont représenter 60 à 70 % de la production tandis que le reste sera composé de vivaces et de fleurs ou feuillages pérennes tels que les Pivoines, Dahlias, fleurs à bulbes, les pommiers, les cerisiers ou encore les eucalyptus car il faut savoir que 30 à 40 % des bouquets que l'on achète en sont constitués", détaille-t-elle.
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Sans référentiel
Comme d'autres porteurs de projets dans la culture de fleurs coupées locales, Lisa Bignaux avance dans une filière encore peu documentée. "C'est encore trop niche pour avoir des résultats solides sur lesquels on peut s'appuyer sereinement", constate-t-elle. Les seules références techniques correspondent aux essais que chacun mène sur sa parcelle. "Mais, les résultats ne circulent pas toujours aisément...", déplore la jeune femme. Elle assume donc une part d'expérimentation, basée sur un principe simple central : produire ce qu'elle aime avant tout, mais sans pour autant délaisser la demande des clients ou les contraintes environnementales et climatiques locales. Un parti pris qu'elle assume pleinement en ne cultivant pas de roses par exemple. Pour les dahlias en revanche, c'est un grand "oui. Elles sont tellement diversifiées, elles ont un bon rendement et sont généralement bien appréciées par les clients", affirme Lisa Bignaux.
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Avec convictions
Son installation, au-delà de son attrait personnel pour la production, répond aussi à un enjeu de filière. "Une grande partie des fleurs vendues en France est importée, parfois de pays où les normes environnementales et sociales sont sans comparaison avec l'Hexagone. Je souhaite donc produire différemment ce que l'on consomme aujourd'hui très banalement mais qui a des conséquences environnementales et sur la santé catastrophiques", explique Lisa Bignaux. Son mantra : respecter la saisonnalité. "Les légumes comme les fleurs ont des saisons. On ne peut pas les consommer à n'importe quel moment de l'année. Les roses pendant 365 jours, ce n'est pas possible, et à la Saint-Valentin, c'est tout simplement un scandale écologique. C'est comme les tomates en plein hiver", s'indigne-t-elle.
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Ancrage territorial
Côté commercialisation, la future productrice va pouvoir profiter du partenariat que l'antenne Normandie du collectif de la fleur française - dont elle fait partie - a noué avec Agora. Les producteurs disposeront ainsi d'un espace de 25 m2 à Carpiquet à destination des fleuristes professionnels. Mais le B2B (Business to business) ne sera pas son seul débouché. Lisa veut garder le contact avec les particuliers qu'elle souhaite sensibiliser aux enjeux qui l'animent, notamment à travers un marché à la ferme qu'elle espère lancer à l'été 2027 avec d'autres producteurs locaux. À Mathieu, elle veut faire de la ferme familiale un lieu ouvert et donner racine à une autre façon de consommer les fleurs.